Parole aux architectes: Jacques White

Jacques White est architecte et professeur titulaire à l'Université... (Stéphanie de la Ronde)

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Jacques White est architecte et professeur titulaire à l'Université Laval.

Stéphanie de la Ronde

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(Québec) Les débuts d'année donnent envie de se projeter plus loin. Dans cet esprit, nous avons posé cinq questions à des architectes de tout âge sur notre façon d'habiter au Québec. Cette semaine, nous poursuivons avec Jacques White, architecte et professeur titulaire à l'Université Laval.

PRÉSENTATION

Nom: Jacques White

Titre: Architecte et professeur titulaire à l'École d'architecture de l'Université Laval, dont il a déjà été directeur

Une invitation à l'ouverture et à l'imagination

1. Quelle est la maison type dans la région de Québec en 2017?

Elle ne se limite pas à une seule typologie. Elle prend de nombreuses formes, selon les caractéristiques du milieu où elle s'implante : le lotissement typique du quartier, le modèle de bâtiments qui s'y trouve, sa réalité démographique et sociale, sa vitalité économique, etc. Simplifier cette diversité risque d'être réducteur. Mais puisqu'il faut se plier à l'exercice, on peut se risquer à classer les nouvelles constructions résidentielles de la région de Québec en quatre grandes catégories, auxquelles j'associerais les caractéristiques suivantes:

• La nouvelle maison isolée

Une tendance à construire de plus en plus grand, à la limite - voire au-delà -, de ce que justifient les besoins et de ce que permettrait le budget. Une maison très à l'étroit sur de trop petits terrains (parce que très chers) pour la recevoir, sans remettre en question la pertinence de l'individualité ou de son implantation au centre du lot. Une maison presque toujours d'aspect passéiste, inspirée des modes du siècle dernier, ou prétendument contemporaine, soit décorée «au goût du jour» avec fenêtres noires hybrides, fausses pierres, vrai ou faux bois de couleur saturée, etc., mais sans être vraiment contemporaine. Une maison davantage fenêtrée qu'auparavant, mais souvent sans rapport à l'orientation solaire. Une maison plus aérée et dépouillée à l'intérieur, où l'escalier tient souvent la vedette, mieux construite en général et technologiquement connectée.

• La maison insérée dans un quartier établi 

De plus en plus fréquente, elle remplace souvent un bâtiment en fin de vie, phénomène qu'accélère la forte spéculation foncière. Parfois bien, mais souvent mal intégrée au milieu par son trop fort gabarit, son sous-sol déchaussé, ses murs latéraux massifs trop près des lignes mitoyennes, ses matériaux qui détonnent, son «goût du jour» envahissant... Il y a toutefois plusieurs bons exemples à relever dans les quartiers centraux populaires, avec des nouvelles typologies respectueuses du milieu, mais différentes des anciennes, attirant notamment de nouvelles familles, comportant de plus larges fenêtres, des entrées privatives, des extensions extérieures de meilleure qualité, etc. Par exemple, plusieurs propositions de la firme Quinzhee Architecture, qui fait des projets d'insertion une de ses spécialités. 

• La maison rénovée

Il y a du meilleur et du pire... Heureusement, dans plusieurs quartiers, surtout anciens, le patrimoine est souvent entre bonnes mains, celles de propriétaires soucieux de maintenir en place, au bénéfice de la collectivité, des attributs souvent irremplaçables de bâtiments précieux, individuellement ou pour faire partie d'un ensemble cohérent. Ces propriétaires interviennent dans le respect des formes, des proportions, des matériaux et des détails les plus significatifs. Ils les actualisent avec doigté. Par contre, un excès de «goût du jour» fait des ravages. On le perçoit toutefois moins actuellement : tant que c'est «à la mode», on semble s'en accommoder, ce qui conduit presque invariablement à un effet démodé quand la qualité et la pertinence ne sont pas au rendez-vous. 

• L'habitat collectif

Il s'agit sans doute de la catégorie qui reçoit les plus importantes critiques des professionnels de l'aménagement et de l'architecture, du moins ceux qui sont en mesure de comparer notre production à ce qui se fait de mieux ailleurs. Au-delà du succès de certains promoteurs et de l'apparente satisfaction de nombreux acheteurs qui apprécient vivre dans du neuf à Québec, l'impact sur la collectivité des plus récents immeubles résidentiels locatifs ou en copropriété semble autant méconnu que sous-estimé. En comparaison à bon nombre de pays comparables aux nôtres, notamment européens, où la culture du «vivre ensemble» encourage une recherche typologique et une architecture riche, nos ensembles résidentiels québécois sont d'une pauvreté désarmante. Ils se résument la plupart du temps à l'implantation économiquement profitable, sur un terrain vague acheté à bon prix, de grands blocs massifs dans lesquels s'empilent des unités de logement mal ventilées (séparées par un corridor central), sans extensions extérieures de qualité, entourés de stationnements et de voies d'accès qui produisent des espaces collectifs sans vie et sans attrait. Les bons exemples d'habitats collectifs restent trop rares, mais il en existe bel et bien, comme les Écopropriétés Habitus dans l'écoquartier de la Pointe-aux-Lièvres, actuellement en construction, et dont l'architecture est signée TERGOS.

2. Selon vous, comment sera la maison type en 2037, dans 20 ans?

Voici les caractéristiques que j'entrevois, avec une dose d'optimisme qui convient dans les circonstances:

• Une maison plus petite, mais dont la conception est plus réfléchie, davantage au service des personnes et des modes de vie contemporains, moins pour projeter une image, peu importe qu'elle soit traditionnelle ou prétendument moderne.

• Une maison qui remet en question l'implantation centrale sur un lot privé, pour une meilleure utilisation de l'espace, autant privé que public, mettant à l'avant-plan de nouvelles typologies plus écologiques, moins envahissantes et plus intelligentes.

• L'offre de solutions alternatives, en remplacement de la maison individuelle, de la maison en rangée et du bloc-appartement, avec la création de nouvelles typologies d'échelle moyenne qui favorisent autant le sens de la communauté que la protection du «chez-soi». Suivre avec un certain retard les meilleurs exemples européens serait déjà beaucoup. 

• Des espaces de transition de meilleure qualité entre l'intérieur et l'extérieur, inspirés de ceux d'autrefois comme les tambours et les vérandas, alors que la maison «respirait» avec les saisons. 

• Des pièces intérieures plus caractérisées dans ce qui les différencie. Soit des grandes pièces polyvalentes, munies de dispositifs d'ouverture et de fermeture au gré des besoins, comme dans l'architecture japonaise traditionnelle, soit des pièces plus petites, spécialisées et mieux équipées. 

• Des fenêtres encore plus grandes qu'aujourd'hui pour certaines, orientées et protégées en fonction de l'efficacité bioclimatique et en fonction de l'utilisation des espaces extérieurs.

• Des technologies devenues presque invisibles.

• Plus de maisons préfabriquées, la robotisation en usine jouant un rôle de plus en plus important, sans que le travail de l'artisan soit menacé pour autant.

• Une maison typique du Québec en raison de notre culture et de notre climat distinct, qui devient en même temps un exemple international.

Il y a plusieurs prérequis pour en arriver là:

• Une meilleure connaissance de ce qui se fait de mieux ailleurs et une plus grande ouverture à s'en inspirer;

• Une confiance dans nos possibilités propres;

• Une nouvelle manière de travailler ensemble entre architectes, technologues, développeurs, élus, à l'inverse de la tendance actuelle à compartimenter les marchés et à s'isoler les uns des autres. 

3. Qu'adviendra-t-il de nos quartiers de bungalows?

On réfléchit depuis longtemps à ce problème, mais les actions tardent. Que faire de l'immense stock de bâtiments vieillissants qui s'étendent à perte de vue dans nos banlieues conçues pour la voiture, à une époque où leurs véritables conséquences écologiques et économiques étaient méconnues? À mon avis, leur conversion en maisons bigénérationnelles reste une belle piste à développer, dans la mesure où les politiques sauront s'adapter. La banlieue devra se densifier sur elle-même. L'insertion de projets d'ensemble «copiés-collés» comme on en voit partout, avec des maisons en rangée ou des petits blocs à logement entourés de stationnements, n'est pas une solution viable. Il faudrait être plus imaginatif, y allant de projets plus inventifs et sensibles au milieu, comme on en voit de plus en plus dans certaines régions métropolitaines comme Montréal, où de jeunes firmes d'architectes qui en sont à leurs premières armes produisent parfois de petits projets fort réussis. Je vous invite à voir les Prix d'excellence en architecture de l'Ordre des architectes du Québec, la revue Canadian Architect, Esquisses, le bulletin électronique Kollectif, etc.

4. Que pensez-vous de la mode des mini-maisons?

Cela reste et restera sans doute anecdotique, probablement associé à notre époque, comme un essai singulier réservé à quelques radicaux qui envoient un message que les choses doivent changer, entre autres sur le plan de l'abordabilité de la propriété individuelle. À mon avis, les micromaisons ne constituent pas une réponse viable ou généralisable en regard des enjeux actuels en matière d'habitation. 

5. Qu'est-ce qui vous vient à l'esprit quand vous pensez au projet de tour Le Phare? Quelle serait, selon vous, la limite optimale de hauteur pour permettre la densification à Québec et pourquoi?

J'aurais bien des choses à dire sur ce projet, mais comme je suis membre de la Commission d'urbanisme de Québec, vous me voyez obligé de m'abstenir de tout commentaire sur cette question.

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