Sociofinancement: l'art de construire ses idées autrement

Fin juin, le collectif Le Banc a tenu... (Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve)

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Fin juin, le collectif Le Banc a tenu un pique-nique pour distribuer les récompenses des collaborateurs, dans un espace éphémère aménagé dans Limoilou. Avec les membres Alejandra De La Cruz, Jean-Philippe Simard, Tristan Gagnon et Andrée-Anne Coll

Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve

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<p>Laurie Richard</p>

(Québec) On se sert souvent du sociofinancement en art et en design pour transformer des concepts en réalité. Amasser des fonds par l'intermédiaire d'Internet pour un projet architectural, c'est possible? Bien sûr! Des initiatives du genre prennent leur envol partout sur la planète. On tâte même le terrain à Québec.

Le collectif PLUX.5 a aussi eu recours au... (Photo Alexandre Guilbeault) - image 1.0

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Le collectif PLUX.5 a aussi eu recours au sociofinancement en 2012 pour son installation Tisse Métis Égal à Montréal.

Photo Alexandre Guilbeault

Le collectif Le Banc a aménagé l'an dernier... (Photo fournie par le Collectif Le Banc) - image 1.1

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Le collectif Le Banc a aménagé l'an dernier Le Banc d'église, une placette avec bancs et bacs à fleurs entre le perron et une entrée secondaire de l'église Notre-Dame-de-la-Jacques-Cartier, dans le quartier Saint-Roch.

Photo fournie par le Collectif Le Banc

Jean-Philippe Simard fait partie du collectif Le Banc avec neuf autres passionnés du milieu de l'architecture, de l'urbanisme et de l'aménagement du territoire. Le Banc, qui aménage des espaces publics éphémères, a créé l'an dernier Le Banc d'église, une placette avec bancs et bacs à fleurs entre le perron et une entrée secondaire de l'église Notre-Dame-de-la-Jacques-Cartier, dans le quartier Saint-Roch.

Le collectif, qui «repense les endroits délaissés», veut répéter l'expérience cette année. Pour ce faire, il a eu recours à la plate-forme de sociofinancement locale La Ruche. Le Banc s'était fixé 4000 $ comme objectif... qu'il a dépassé! L'argent servira à aménager trois potagers urbains en basse ville de Québec, affirme Jean-Philippe Simard. L'équipe ficelle actuellement le projet prévu pour Limoilou.

Pourquoi avoir fait appel au sociofinancement? Le Banc a décidé d'opter pour une plus grande liberté d'action, faire fi des demandes de financement au cadre plus rigide. «On fait du design différent», remarque M. Simard, ce qui peut refroidir les instances responsables des programmes gouvernementaux. «On est dans l'expérimentation, on utilise des matériaux avec lesquels la Ville n'est pas habituée de travailler.»

«On s'est donné nous-mêmes une carte blanche, ajoute-t-il. On ne voulait pas se plier à des critères. Le sociofinancement nous a donné un coup de pouce pour conserver de la latitude.»

Une étude de marché

M. Simard indique même qu'une campagne de sociofinancement, c'est comme une étude de marché. «Tu vois si ça fonctionne ou pas.» Il mentionne notamment le projet de marché public dans Limoilou qui a décollé en flèche sur La Ruche. Le message est clair, croit-il; il y avait un besoin, les gens en veulent un!

Le collectif PLUX.5, formé par cinq diplômés en architecture de l'Université Laval, a aussi eu recours au sociofinancement pour son installation Tisse Métis Égal en 2012. Ils ont pour leur part utilisé Indiegogo pour récolter 2500 $ qui leur a servi à boucler leur budget pour présenter leur création dans le cadre de l'événement Métis-sur-Montréal, qui marquait les 50 ans des Jardins de Métis.

Cinquante-six contributeurs leur ont permis de dépasser leur objectif. «Ça a surtout été une occasion de donner un deuxième souffle à l'installation, de répandre la nouvelle parmi nos proches», affirme Étienne Bernier, membre de PLUX.5. «Ça nous a donné la confiance qu'il faut pour mener le projet à terme.»

Ce ne sont toutefois pas toutes les campagnes de sociofinancement qui aboutissent. M. Simard et M. Bernier estiment que leur activité constante sur les réseaux sociaux a été un apport-clé pour la réussite de leur campagne.

Jean-Philippe Simard pense aussi que les gens sont de plus en plus conscients des enjeux en urbanisme : ils aiment «requestionner l'espace public». Le Banc a d'ailleurs été surpris que les dons proviennent de gens de toutes parts, non pas seulement de leur milieu. Des citoyens qu'ils ne connaissent pas du tout les ont encouragés à coups de 5 $, 15 $, 30 $...

En échange, les plus généreux envers Le Banc recevront une chaise pliante ou leur propre banc en bois recyclé. M. Simard croit aussi que cet «échange» leur permet de garder une flexibilité encore plus grande. Par exemple, le collectif a réduit le nombre de petits espaces publics qu'ils souhaitent aménager cet été. «Le système de récompense est pour pallier à ça.» Difficile d'être déçu!

Le pont piétonnier Luchtsingel de Rotterdam... (Photo Ossip van Duivenbode, fournie par Zones Urbaines Sensibles) - image 2.0

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Le pont piétonnier Luchtsingel de Rotterdam

Photo Ossip van Duivenbode, fournie par Zones Urbaines Sensibles

Des exemples qui prennent vie

Le plus haut gratte-ciel de Colombie

Si tout se déroule comme prévu, le sociofinancement permettra d'ériger la plus haute tour de Colombie. C'est aussi le premier gratte-ciel qui sera construit en Colombie depuis 30 ans.

Avec ses 66 étages, BD Bacatá, construit à Bogotá, a attiré quelque 4000 investisseurs du pays et de partout dans le monde. Ensemble, ils ont fourni plus des trois quarts des 239 millions $US nécessaires à sa construction. Avec ce projet, la société Prodigy Network a fait entrer le financement participatif dans le marché immobilier.

Comme «récompense», les donateurs recevront une partie des revenus de location et de l'appréciation de la valeur de la propriété. BD Bacatá abritera un hôtel, des bureaux, des commerces et des logements. En avril, l'administration indiquait avoir terminé 45 % du projet.

Pont piétonnier à Rotterdam

Le pont piétonnier Luchtsingel de Rotterdam devrait être terminé d'ici la fin de l'été grâce au financement participatif. La structure de 390 mètres servira à connecter, par la voie des airs, pour éviter le trafic en dessous, le centre de la ville néerlandaise avec le nord, question de revitaliser ce quartier oublié.

L'idée avait déjà été lancée par la ville elle-même, mais on ne planifiait pas pouvoir terminer sa construction avant 30 ans. Les citoyens ne voulaient pas attendre. La firme Zones Urbaines Sensibles a décidé d'éviter les moyens traditionnels et de réaliser la structure grâce au sociofinancement. Plus de 1300 personnes ont participé à la campagne. Les citoyens qui souhaitent «investir» peuvent acheter une planche du pont pour 32,50 $US ou un segment complet du pont pour 162,50 $US.

Les noms des collaborateurs seront inscrits sur chaque morceau commandité. Une fois la construction commencée, le projet intitulé I Make Rotterdam, a gagné une subvention gouvernementale de 4 millions $ qui sera investie dans l'infrastructure.

Glissade de rue géante à Bristol

L'artiste britannique Luke Jerram (connu pour ses «pianos de rue») a voulu transformer temporairement une rue de Bristol en une gigantesque glissade d'eau.

Et la population aussi était emballée par l'idée! Plus de 530 supporteurs lui ont offert 5503 euros (7950 $CAN) grâce à la plate-forme de sociofinancement Spacehive - qui est consacrée uniquement aux actions civiques - pour mettre sur pied la glissade éphémère de 95 mètres de long.

L'installation Park and Slide, réalisée début mai, a été pensée pour permettre aux gens de parcourir les rues de leur ville d'une façon différente, soutient Jerram.

Trois cent soixante personnes chanceuses ont pu dévaler la pente. Jerram a même refusé des commanditaires de grosses corporations en faveur du soutien local. 

Autres sources : www.laruchequebec.com www.luchtsingel.org www.bdbacata.com en.prodigynetwork.com Office québécois de la langue française www.makearchitecturehappen.com spacehive.com/parkandslide www.lukejerram.com

Sociofinancement › Le sociofinancement - aussi appelé financement participatif ou collectif - est connu en anglais sous le nom de crowdfunding. Il s'agit d'un mode de financement par lequel l'initiateur d'un projet sollicite l'appui financier de contributeurs par l'entremise de plateformes en ligne et des médias sociaux. Les dons amassés, si petits soient-ils, permettront de mettre le projet en oeuvre ou de soutenir son développement. Le porteur du projet fixe un objectif financier à atteindre et offre habituellement des «récompenses» aux donateurs à la hauteur de leur participation. Toute personne voulant mettre un projet en branle peut y avoir recours. Parmi les plateformes les plus connues, notons Kickstarter et Indiegogo à l'échelle internationale ou La Ruche, à Québec.

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