Jean-Marie Roy architecte: regard sur un leader de la modernité

Martin Dubois fait remarquer que c'est Jean-Marie Roy... (Le Soleil, Erick Labbé)

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Martin Dubois fait remarquer que c'est Jean-Marie Roy qu'on voit sur la page couverture de son livre, à un balcon du pavillon Saint-Rédempteur du Séminaire de Saint-Augustin. La photo est de Marc Ellefsen avec qui l'architecte faisait beaucoup affaire.

Le Soleil, Erick Labbé

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(Québec) L'église Saint-Denys dans Sainte-Foy, les campus de Saint-Augustin, le PEPS de l'Université Laval, le Centre médical Berger à Québec, la porte Prescott dans la côte de la Montagne... Vous connaissez son oeuvre sans le savoir.

L'architecte Jean-Marie Roy a posé sa signature un peu partout dans la capitale, mais aussi ailleurs au Québec entre 1953 et 1993. Une griffe moderne, avant-gardiste, qui s'est même fait sentir dans l'un des Palais de glace du Carnaval.

Martin Dubois, consultant en patrimoine et architecture pour la firme Patri-Arch, renoue avec Les Publications du Québec pour présenter la vie, la carrière et les réalisations de ce grand bâtisseur, décédé l'an dernier à l'âge de 86 ans.

Dans son ouvrage, l'auteur retrace le parcours de cet homme né à Saint-Léon-de-Standon, dans Bellechasse, teinté de la Révolution tranquille et des grands mouvements européens.

Q Combien de fois avez-vous rencontré Jean-Marie Roy?

R Plusieurs fois en fait. On a commencé le projet avec lui il y a trois ans. La recherche était pas mal complétée quand il est décédé. Mon plus grand regret est qu'il n'ait pas vu le résultat final.

Q Quel genre d'homme il était?

R C'était un homme assez intéressant. Je n'ai pas travaillé avec lui du temps qu'il était architecte, mais de ce que j'en sais pour avoir parlé à des collègues, c'est qu'il était un homme très droit. Il respectait beaucoup les clients. Dans son architecture, il avait une ligne de pensée assez forte. Quand il rencontrait des clients, s'ils avaient des idées trop préconçues ou qu'ils ne lui laissaient pas de liberté dans la conception, il les mettait de côté en disant : «Je ne suis pas votre architecte.»

Il avait aussi une mémoire phénoménale, même dans les derniers temps. Ç'a été un charme pour écrire un livre comme ça. Parce que, dans la période Gauthier-Guité-Roy (après 10 ans de carrière en solo, il s'est associé à Paul Gauthier et Gilles Guité, avec qui il a eu une longue et fructueuse collaboration), pour quelqu'un de l'extérieur, c'était plus difficile de savoir à qui attribuer les projets. Leur philosophie d'entreprise était de ne pas mettre un architecte de l'avant plus qu'un autre. Ils signaient toujours Gauthier Guité Roy, mais en réalité chacun avait sa charge de projet. Lui était capable de départager les choses.

Q Vous parlez dans le livre de la rue Le Corbusier à l'ouest de Sainte-Foy, sur les hauteurs de la falaise, où il a habité. Un petit lotissement domiciliaire mis en place par un groupe d'intellectuels et géré selon un modèle d'affaires. La rue existe toujours, mais le concept?

R Je ne crois pas. En fait, je ne crois pas que c'était une vraie coopérative dans le sens légal du terme, c'était plus dans l'esprit. Les premiers propriétaires avaient des lots communs, se partageaient certains terrains de jeu. Mais j'imagine qu'avec le temps et le changement de propriétaires, c'est quelque chose qui s'est perdu.

Je savais que cette rue-là avait des maisons intéressantes. Plusieurs architectes connus avaient travaillé là-dessus. Lui, sans être un des initiateurs, s'est inséré là-dedans, il louait une maison d'une connaissance. C'était en début de carrière à la fin des années 50, il a subi l'influence du milieu, il s'est fait des contacts.

Q Parlez-nous de deux choses marquantes que vous avez apprises sur Jean-Marie Roy en écrivant ce livre?

R Son voyage en Europe au milieu des années 50. C'est plus sa femme qui m'en a parlé, je n'avais pas eu le temps de vider la question avant son décès. Ils ont passé un an là-bas. Il a largué [la formation d'étude supérieure pour laquelle il avait obtenu une bourse à Genève] et ils ont visité l'Europe en deux-chevaux. Ils ont vu beaucoup de pays et je pense que ça l'a énormément marqué. Il a vu l'architecture en Scandinavie, les oeuvres du Corbusier bien sûr, très connu à l'époque, c'était la star. L'Europe était en pleine reconstruction, même 10 ans après la guerre. C'était effervescent.

Autre point tournant, il a eu beaucoup de clients religieux et ç'a été vraiment marquant dans sa carrière. Ses premières grandes commandes sont venues de là et ces communautés lui sont restées très fidèles pendant des années. C'est très surprenant de voir la vitesse à laquelle ce milieu très conservateur à la base s'est ouvert sur la modernité dans les années 60, avec des formes nouvelles, expérimentales et qu'on n'a jamais vu. Autant pour les communautés religieuses que les lieux de culte.

Q Comment qualifier son coup de crayon?

R Selon les époques. Si on prend les années 60, il était beaucoup plus dans le style international : lignes pures, blancheur, béton blanc. C'était sa grande période, il y a beaucoup d'exemples. Fin 1960, début 1970, il était plus dans le brutalisme [le PEPS en fait partie]. Il était vraiment dans l'air du temps. C'était l'époque des grandes structures en béton, il était très expressif au niveau des textures. Puis après, à partir des années 80-90, on rentre dans la postmodernité. C'est un peu plus éclaté. C'est là qu'il a fait plus de conservation architecturale, de recyclage de bâtiments, la porte Prescott, les Forges du Saint-Maurice... Des projets qui ont un certain coup de crayon moderne quoique ce soit de la conservation.

Q Justement, bien qu'associé à la modernité, Jean-Marie Roy aimait aussi l'ancien?

R Autant il pouvait être très moderne et flyé dans ses constructions, autant il pouvait s'intéresser au patrimoine [il collectionnait les canards de bois et les moules à sucre] et restaurer de vieux bâtiments. J'ai remarqué cette tendance chez des architectes de la même époque, Jacques de Blois ou André Robitaille. Ç'a l'air paradoxal, mais dans le fond, ils respectaient simplement l'époque. Quand ils construisaient du neuf, ils le faisaient avec une vision contemporaine. Quand ils restauraient des bâtiments d'époque, ils étaient respectueux de l'aspect temporel des choses.

Q Quels matériaux utilisait Jean-Marie Roy?

R Dans ses églises, on note deux grandes tendances. Les églises en béton avec des formes structurales et des voiles minces. Il travaillait beaucoup avec les ingénieurs. Et ses églises en bois lamellé-collé. Il expérimentait des choses de l'époque.

Q Vous écrivez que Jean-Marie Roy trouvait les maisons de béton du Corbusier froides et peu confortables. Pour les résidences qu'il a dessinées, il utilisait des matériaux variés?

R Beaucoup le bois, les matières plus chaudes. Je dirais qu'on sent davantage l'influence des Scandinaves. C'est plus difficile pour ses résidences de trouver une ligne directrice. Il s'ajustait beaucoup au site. Chaque maison est unique en soi parce que le contexte et les clients sont toujours différents.

[...] C'est dommage parce que la maison qu'il s'est fait construire près de l'Aquarium du Québec [avenue du Parc] a été rachetée par l'Aquarium et utilisée à toutes sortes de fins, d'entreposage, de bureau...

J'ai des plans présentés dans le livre, mais aucune photo de l'extérieur. Elle était tellement difficile à photographier, paraît-il, en raison de la végétation et de la dénivellation du terrain. C'était un petit bijou, une maison extraordinaire, tout en paliers. Les enfants m'en ont beaucoup parlé.

Jean-Marie Roy architecte, arrivé en librairie ces jours-ci, pourrait être le premier livre d'une collection consacrée aux grands architectes du Québec.

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