Pour sa nouvelle adresse, Laurent Prémont souhaitait quelque chose de «très distinctif», où les motos pourraient circuler aisément dans une ambiance du Sud.
«Je voulais que les gens se sentent dépaysés quand ils viennent ici. Je leur ai montré [aux architectes] les places que j'aimais en Floride.»
Suivant cette ligne de pensée, l'équipe dirigée par Régis Lechasseur a dessiné un bâtiment à angle qui crée un microclimat dans l'entrée extérieure. Jardin et bassins d'eau avec koï délimitent le stationnement pour motos. Côté revêtements, une brique couleur sable tempère d'autres matériaux plus bruts et foncés. Comme l'écran de métal déployé, sorte de grillage à «l'aspect rough». Quelque chose qui n'a jamais été fait au Québec, précise Stéphane Landry, de DMG architecture.
«On a travaillé sur le développement d'un ancrage qui résisterait à notre climat. Plusieurs sous-traitants ont été impliqués.»
Le consortium n'est pas peu fier du résultat. Selon le moment de la journée, le métal au fini lustré passe du noir au gris.
La façade nord est fenestrée pour attirer le regard des gens qui attendent au feu de circulation, coin Marais et Pierre-Bertrand. La façade sud a aussi une grande baie vitrée en hauteur pour baigner l'intérieur de lumière naturelle.
On entre dans l'immense bâtiment de 10 000 mètres carrés le nez en l'air, intrigué par les entrailles de la fameuse tour, sorte de clin d'oeil à la religion Harley-Davidson. «Ça donne un effet cathédrale», renchérit Stéphane Landry.
Le plafond se sépare ensuite en deux. L'un plat, l'autre en pente se rejoignent au centre. Inutile de tout dégager sur deux étages, ne serait-ce que pour limiter l'effet d'écho.
Optima design
Les architectes ont travaillé de concert avec Optima design, une firme montréalaise approuvée par Harley-Davidson pour la décoration intérieure. Malgré quelques lignes directrices du fabricant de motocyclettes basé à Milwaukee, notamment dans l'accrochage de pièces, Laurent Prémont a voulu sortir des standards, jusque dans les images qu'il n'a pas fini d'afficher. «Plutôt que de piger dans une banque comme tout le monde, j'ai mis des photos du personnel et de clients prises dans nos décors québécois.»
La boutique de vêtements et d'accessoires compte plusieurs cabines d'essayage de luxe qui auront bientôt leur écran de télévision avec vidéos de mode. M. Prémont montre aussi un grand salon d'essayage privé, «pour quand on recevra des nouveautés», recouvert d'un luxueux papier peint, avec draperie épaisse et cossue.
Les architectes ont mis l'accent sur la mezzanine et les garde-corps en verre pour mettre en vedette les motos du musée, dont des pièces antiques des années 1923 à 1978, une collection des quatre motos des Rolling Stones et des motos autographiées par Johnny Hallyday.
Au centre de l'immense salle de démonstration, un ascenseur panoramique glisse sur trois étages, puisque le bâtiment a un sous-sol où se trouve le système de géothermie et un espace d'entreposage.
L'administration a ses bureaux avec vue sur le magasin. On compte encore une salle de conférence, une grande pièce confortable pour les employés, un vaste atelier fini «comme une cuisine» tout en céramique, avec tables en acier inoxydable et rangement aux couleurs Harley-Davidson. Le bâtiment comprend un local de rassemblement pour le Club H.O.G. (Harley Owners Group), créé par Harley-Davidson en 1983.
Petites choses à fignoler
L'ouverture officielle du magasin est prévue le 26 septembre, ce qui explique qu'il reste encore quelques petites choses à ficeler. D'ici la mi-octobre, un restaurant se greffera aussi à l'ensemble, un grill décoré sur le thème de la vieille musique (jazz, rock, blues). Un corridor en cèdre où les gens pourront circuler en moto ou en voiture servira de zone tampon entre les deux commerces indépendants.
Devant le travail de l'architecte Régis Lechasseur, qui planche sur les esquisses depuis 2010, Laurent Prémont est emballé. Le résultat est «sublime», selon le propriétaire, qui a investi 20 millions $ dans ce projet. Un monde depuis 1974, alors qu'il servait ses premiers clients... directement dans son sous-sol de la basse ville de Québec.