Au-delà des murs - l'architecture durable: les générations futures en tête

Louis-Martin Guénette, Marie-Ève Sirois et la petite Claire,... (Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve)

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Louis-Martin Guénette, Marie-Ève Sirois et la petite Claire, trois mois, devant leur maison de ville bordant la piste cyclable et la rivière Saint-Charles.

Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve

Alexandra Perron
Le Soleil

(Québec) «L'architecture verte, c'est une architecture qui tient compte de son milieu, de la consommation énergétique, de la consommation d'eau, du site dans lequel le bâtiment va être, de l'utilisation que les humains vont en faire et de la versatilité du bâtiment dans le temps.»

Marie-Ève Sirois est la première intervenante dans l'émission Au-delà des murs consacrée à l'architecture durable, diffusée ce soir à Radio-Canada. Elle est cofondatrice et directrice d'Écobâtiment, un organisme à but non lucratif qui fait la promotion du bâtiment durable au Québec.

Sur le toit végétal du Centre Frédéric Back, avenue De Salaberry, où loge l'organisme, on la voit traverser les herbes hautes. Puis elle remonte le temps, pour dresser un portrait de la situation.

Nos ancêtres construisaient des bâtiments à l'abri du vent, des bâtiments orientés pour avoir des gains solaires passifs. Ils utilisaient paille, sciures de bois, tous les détritus ou rejets de certains processus de fabrication, comme la coupe de bois pour bâtir, énumère-t-elle.

Avec l'industrialisation, elle dépeint l'autre bout du spectre : des édifices pétés, superperformants. Mais on a oublié l'impact qu'ils pouvaient avoir sur l'environnement... et les générations futures.

«Dans les années 60, il y avait des gens visionnaires qui ont levé le drapeau rouge.» Elle cite Richard Buckminster Fuller, qui décriait notre problème de dépendance au pétrole. Un discours plus ou moins entendu.

Crise du pétrole dans les années 70. Puis naissance de plein de mouvements écologiques et, plus tard, de systèmes de certification comme LEED (Leadership in Energy and Environmental Design). «Je pense que LEED a amené quelque chose de bien pour le mouvement de l'architecture verte, pour baliser et s'assurer qu'on avait le même discours. Un petit peu plus de critères scientifiques bien mesurables pour dire : "Oui, moi, je construis mon bâtiment de telle façon, il est vert sur tel aspect, voici ma feuille de route."»

Après toute cette évolution dans le bâtiment, on assiste aujourd'hui à un retour du pendule, conclut la jeune femme.

La piqûre par la permaculture

L'émission de ce soir présente également Louis-Martin Guénette, expert en bâtiment durable... et conjoint de Marie-Ève Sirois, avons-nous appris. Tous deux ont étudié en géologie et en génie géologique à l'Université Laval. Comment ont-ils eu la piqûre pour l'architecture verte?

En 2001, lors d'un voyage en Australie, ils faisaient du pouce, sans le sou. Quand quelqu'un les a cueillis et leur a proposé de les conduire à un institut de permaculture. Permaquoi? Pour résumer, la philosophie de la permaculture consiste à travailler avec la nature et non contre elle. Et ça dépasse de beaucoup l'image de l'agriculture bio avec compostage, assure Marie-Ève, qui donne l'exemple de la gestion de personnel en utilisant les forces de chacun.

Durant leur séjour à l'institut (ils y ont fait des petits boulots pour payer leur cour), ils ont eu droit aux enseignements d'un professeur «hyper passionné». Un élève du cofondateur du mouvement Bill Mollison. «On était dans une salle de classe isolée en ballots de paille. Tout ça a complètement illuminé nos vies.»

S'ils sont revenus au pays avec des idéaux très forts, un peu rebelles, contre le système d'exploitation capitaliste des ressources naturelles, ils posent aujourd'hui un regard lucide.

«Rendus à la mi-trentaine, on est relativement conséquents. On a certaines contradictions, comme tout le monde. Mais on a un fond qui nous mène dans l'évolution de notre vie. On n'a plus besoin de faire des gestes d'éclat», dit Louis-Martin. À leur retour, ils ont aidé à construire des maisons en ballots de paille. Ils ont retapé leur espace loft rue des Oblats avec des trucs entièrement écologiques. Leur trip, ils l'ont fait.

Avec la réalité d'une jeune famille (après deux garçons, ils ont eu une petite fille il y a trois mois), ils ont renoncé à se lancer dans des travaux d'agrandissement ou encore dans la construction d'une maison verte sur leur terrain à Sainte-Brigitte-de-Laval - il faut aussi penser au voyagement. Ils ont donc opté pour une maison de ville.

La structure était saine, les matériaux comme les planchers en bois franc vont perdurer (ils accordent une grande importance à la polyvalence des bâtiments). Pour ces urbains, cette maison en ville permettait de profiter d'une piste cyclable et de la rivière Saint-Charles à côté. Il y a bien sûr des compromis à faire. Sept vélos s'entassent dans le minuscule cabanon. Chaque fois qu'ils achètent quelque chose, ils donnent autre chose. Et leur petit bonhomme de cinq ans qui trouve «bizarre que la maison soit collée sur les autres» et qui rêve d'une piscine et d'un trampoline dans la cour. «Nous, on a la chance d'aller à la baie de Beauport en vélo ensemble», lui a simplement fait remarquer son papa.

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