Quand les maisons sont le paysage des autres

GianPiero Moretti est architecte, professeur à l'École d'architecture... (Photo Benoît Camirand)

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GianPiero Moretti est architecte, professeur à l'École d'architecture de l'Université Laval, et membre du GIRBa (Groupe interuniversitaire de recherche sur les banlieues).

Photo Benoît Camirand

Michèle LaFerrière
Le Soleil

(Québec) Quand l'architecte GianPiero Moretti se promène dans les nouveaux quartiers de Boischatel, il observe des comportements contradictoires. «Les gens cherchent des terrains avec une vue sur le fleuve», note-t-il. Mais ils y construisent des maisons monumentales qui «deviennent les paysages des autres».

L'émission Au-delà des murs de ce soir, à Radio-Canada, traite de la ville et de la banlieue. M. Moretti marche dans un quartier qui embrasse le fleuve et le pont de l'île d'Orléans. C'est l'automne. Le Saint-Laurent occupe tout l'espace visuel. Enfin presque... Au bout d'une rue en pente, une maison se prend pour le centre du monde en accaparant la vue pour le seul bénéfice des occupants. Au diable les voisins, les marcheurs et les passants!

Comment un tel développement peut-il être encore possible en 2012, alors que la promenade Samuel-De Champlain a redonné le fleuve aux Québécois et que la rivière Saint-Charles fournit aux citadins leur dose de nature à l'année? Manque de prévision et de planification. Réactions par rapport aux promoteurs. Jeu des taxes foncières. GianPiero Moretti en connaît un bout sur la banlieue puisqu'en plus d'être architecte et professeur à l'École d'architecture de l'Université Laval, il est membre du GIRBa (Groupe interdisciplinaire de recherche sur les banlieues).

Il condamne les «interventions à la pièce, un morceau à la fois». Alléchées par la perception de taxes foncières, les municipalités acceptent des projets qui «remplissent» les endroits les plus intéressants. L'accès aux lacs et les belles vues sur le fleuve deviennent des privilèges pour bien nantis. La Côte-de-Beaupré, le lac Saint-Joseph et Saint-Nicolas sont des exemples de ce type de développements à la petite semaine.

Dans l'émission, GianPiero Moretti s'interroge : «S'installer si loin, est-ce pertinent?» En étudiant la banlieue, le GIRBa a mis le doigt sur l'hyperdépendance à l'auto. Quand le transport en commun est inexistant ou inefficace, les enfants et les adolescents sont en effet soumis à la disponibilité de leurs parents pour leurs déplacements. Les vieux s'isolent.

Noyaux villageois

Inventée dans les années 60 pour des gens en quête de nature, une partie de la banlieue se retrouve aujourd'hui éloignée des services. L'architecte croit pourtant qu'il serait possible d'être proche à la fois d'un bel environnement naturel et des services. Il rappelle qu'à une certaine époque, il existait des «noyaux villageois» dans des anciens centres comme Beauport, Charlesbourg, Sainte-Catherine-de-la-Jacques-Cartier. Il y avait la nature tout près, des commerces et une «densité de bâti» qui rendaient la vie plus riche. Aujourd'hui, ces noyaux se sont plus ou moins dissous. Mal desservis par le transport en commun, ils sont habités par des gens vulnérables à l'isolement social.

GianPiero Moretti observe que la «densification» est dans l'air du temps depuis quelques années. Il nous invite cependant à ne pas confondre densité et immeubles très hauts. «On peut développer plus bas», soutient-il.

Dans un article publié ce printemps dans le magazine Continuité, l'architecte écrivait : «La convivialité et l'animation d'un quartier contribuent à la perception positive de la densité, tout comme la continuité des espaces urbains, la présence de services et d'équipements à distance de marche de son lieu de résidence, ainsi que la possibilité d'utiliser le transport collectif pour se déplacer.» Il fait aussi l'éloge de la «mixité culturelle» : «La concentration de différentes fonctions [marchés, commerces, lieux de travail, services, installations sportives, espaces verts, etc.] et leur contiguïté participent à construire des continuités qui entretiennent l'intérêt du piéton.»

La ville de Québec ne manque pas d'espace pour accueillir de nouveaux ménages. Explorons d'autres modèles dans lesquels il y aura moins de contrastes entre l'environnement naturel et l'insertion de nouveaux quartiers, plaide M. Moretti.

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