Des quartiers façonnés sous l'influence des incendies

L'interprète historique Luc Nicole-Labrie souligne qu'avec l'absence d'aqueduc,... (Photothèque Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve)

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L'interprète historique Luc Nicole-Labrie souligne qu'avec l'absence d'aqueduc, le feu était l'un des principaux fléaux à Québec au XIXe siècle.

Photothèque Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve

Michèle LaFerrière
Le Soleil

(Québec) D'importants incendies du XIXe siècle ont contribué à façonner les quartiers Saint-Roch et Saint-Sauveur d'aujourd'hui. On leur doit l'ouverture du boulevard Langelier, une artère coupe-feu entre ces deux faubourgs de Québec, ainsi que l'utilisation généralisée de la brique et de la pierre de taille pour remplacer le bois dans la construction des maisons.

Luc Nicole-Labrie, historien de formation et interprète historique de profession, a accepté de nous parler des incendies de 1845 et 1866 à Québec, pour faire écho à l'émission de Radio-Canada Au-delà des murs, qui aborde l'architecture, ce soir, sous l'angle du feu.

Deux incendies «coup sur coup» ont ravagé Québec en 1845. Le premier a pris naissance dans une tannerie de la rue Arago, le 28 mai, et détruit 1315 maisons du quartier Saint-Roch. Le 28 juin, 1630 habitations et 300 hangars du faubourg Saint-Jean-Baptiste s'envolaient en fumée.

Il n'y avait pas d'aqueduc à cette époque. Des «combattants volontaires» luttaient contre l'ennemi, armés de chaudières d'eau. Mais le premier maire élu de Québec, René-Édouard Caron, avait déjà créé le premier Comité du feu en 1834. «Avec les épidémies, le feu était alors le plus grand fléau», raconte Luc Nicole-Labrie.

Abris de fortune permanents

Il faut reconstruire vite, avant l'hiver. L'armée prête main-forte aux sinistrés. Tout le monde connaît la valeur de la pierre. Mais pour les «abris temporaires», le bois fera l'affaire en attendant. Ces abris de fortune deviennent permanents. Ils sont vulnérables, car le poêle à bois occupe le coeur des petites maisons d'une seule pièce. Il les chauffe en hiver et nourrit leurs habitants à longueur d'année.

Le 14 octobre 1866, ce qui devait arriver arriva: les flammes anéantissent 2500 bâtiments du quartier Saint-Roch, laissant 20 000 sans-abri. Québec compte alors 70 000 habitants. La basse ville ressemble à Hiroshima. Les cheminées encore debout évoquent des pierres tombales. C'est la dévastation.

Entre 1808 et 1812, relate M. Nicole-Labrie, les tours Martello sont érigées à la haute ville, car les autorités estiment encore que «l'ennemi peut arriver du côté des plaines d'Abraham». Québec s'étend donc vers le nord, près du port, où fleurit l'industrie du bois. Saint-Roch est un quartier ouvrier majeur et central. Saint-Sauveur commence à se développer. Limoilou prendra son essor au début de XXe siècle.

Un nouveau visage

«Après l'incendie de 1866, le boulevard Langelier s'inscrit dans le plan de protection des incendies, poursuit l'historien. La Ville modernise son service des incendies et met sur pied son Département de feu de la cité en 1866.» Peu après, le service d'aqueduc gagne en efficacité. Un système de télégraphie d'alarme est mis en place en 1867. La réglementation municipale impose la brique, la pierre de taille et les ouvrages de maçonnerie. Québec change de visage.

Luc Nicole-Labrie rappelle toutefois que 25 incendies ont ravagé la ville entre 1815 et 1906, rasant une dizaine de maisons chaque fois. En 1876, 800 bâtiments avaient été détruits, malgré les mesures de protection instaurées. Même aujourd'hui, alors que chaque niveau de nos résidences est équipé de son détecteur de fumée, la guerre contre le feu n'est pas encore gagnée.

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