«Le septième ciel est au quatrième», se plaît à dire Silvie Delorme depuis l'inauguration l'automne dernier de ce premier étage rénové. La directrice générale de la bibliothèque en donne la preuve: la clientèle de 2500 étudiants par jour a connu depuis des pointes à 5300 étudiants. «Imaginez quand tous les étages seront complétés!»
Vrai que le nouvel environnement a tout pour séduire. Lumineux, confortable, moderne, branché, on respire et, surtout, on a envie de bouquiner. Tout le contraire de ce que l'on trouve encore aux autres niveaux: espace clos, surchargé, sombre, fermé, sans percées...
Si l'on remonte la petite histoire, le pavillon Jean-Charles-Bonenfant a ouvert ses portes en 1968, une époque où la conception des bibliothèques était bien différente. «Le savoir était protégé, il y avait une forme de conservatisme, d'élitisme», explique Silvie Delorme. C'est pourquoi, au départ, les étudiants n'avaient pas accès directement aux rayons de livres. Les employés recevaient les commandes au comptoir de prêts, les livres arrivaient par monte-charge pneumatique. Un véritable entrepôt.
«Mais dès 1970, dans le Carabin, le journal étudiant, on demandait la démocratisation du savoir. On demandait l'ouverture de la bibliothèque. Déjà, elle ne répondait plus aux attentes. Elle était désuète.»
Si l'accès au rayonnage est rapidement devenu possible, les lieux sont restés d'une autre époque. Pour Silvie Delorme, il fallait impérativement faire passer la Bibliothèque des sciences humaines et sociales au XXIe siècle.
Mal-aimé parce que méconnu
Ceci dit, sans dénaturer le bâtiment d'origine. Mal-aimé parce que méconnu, mais tout de même un monument de béton très intéressant. Suffisait de le revaloriser.
C'est ce que défendent les architectes rencontrés. D'abord Anne Carrier, présidente de la firme AC/a et chargée de conception, qui se rappelle avec amusement l'époque où le quatrième de la bibliothèque logeait justement l'École d'architecture. Et Erick Rivard, associé au bureau Bélanger Beauchemin Morency, firme qui a d'ailleurs succédé au groupe St-Gelais Tremblay Tremblay Labbé, à l'origine du concept du Bonenfant dans les années 60.
Que la lumière soit!
Les deux architectes, accompagnés de Mme Delorme, nous font donc découvrir le nouveau monde. Que la lumière soit! Anne Carrier et son équipe ont ouvert aux deux axes, nord-sud, est-ouest. Ils ont dégagé le pourtour en enlevant les cubicules d'étude qui bouchaient la lumière naturelle pour tout l'étage. La place est laissée à un espace de lecture et de travail aéré.
Les salles de classe ou de réunion sont vitrées. L'emplacement des bureaux du personnel de la bibliothèque, plus au centre, avait fait craindre un manque de clarté. Mais à la blague, certains ont même réclamé des stores pour leur mur fenestré, rapporte Mme Delorme.
Pour contrer l'effet de plafond bas, en plus de miser sur la perspective, on a tendu une toile Barrisol claire au-dessus des têtes. Des retraits créés dans le haut de certains murs donnent aussi une impression de dégagement.
Dès l'accueil, une paroi anguleuse nous mène vers le boisé, qui «participe enfin à l'espace», se réjouit Erick Rivard. Les architectes ont aussi joué avec la couleur pour identifier chaque zone: éducation et didactique en vert, géostat en bleu, musique en orange, arts en jaune et cinéma en rouge.
Pour fermer le rayonnage, des panneaux en acrylique (Plastiver) donnent une tout autre allure. Chaises et fauteuils design et colorés ont été réalisés sur mesure par Rouillard. Les tables ont été conçues et adaptées avec MAB Profil (produits Teknion). Ce nouvel environnement permet bien sûr de nombreux branchements électriques pour les portables, une connexion sans fil à Internet, des bulles d'écoute dans la zone musique, des postes de visionnement dans la section cinéma.
L'idée, dit Erick Rivard, est que les gens viennent chercher un livre, s'arrête écouter de la musique, voir un film. «La bibliothèque doit devenir un carrefour culturel animé», renchérit Anne Carrier.
Souvenirs de béton
Pour rendre hommage à l'architecture du lieu, on a volontairement gardé des traces du béton cannelé ici et là à l'intérieur. Ce béton si caractéristique de l'enveloppe du Bonenfant.
Cette métamorphose complète du quatrième étage a déjà reçu le Prix d'architecture 2011 de bibliothèque et centre d'archives du Québec. Dans l'ordre, le deuxième étage, le cinquième, le troisième, le rez-de-chaussée et le premier subiront le même lifting d'ici quatre ans. On compte aussi aménager une annexe au niveau 00, un centre de conservation pour stocker les documents moins consultés, le tout recouvert d'un toit végétal.
Avis aux intéressés, la bibliothèque de l'Université Laval est ouverte gratuitement au grand public. Une carte de membre est obligatoire pour l'emprunt de livres et autres documents.