Les pieds sur terre

Les planchers de terre répondent bien à la... (Photo fournie par écohabitation)

Agrandir

Les planchers de terre répondent bien à la conscience environnementale des gens choisissant ce mode de construction, la matière étant organique.

Photo fournie par écohabitation

Sophie Gall
Le Soleil

(Québec) L'écohabitation a le vent dans les voiles. Du sol au plafond, la tendance est à l'utilisation de matériaux respectueux de l'environnement. Mais le toit de chaume ne remplace pas encore le bardeau. Par contre, si les sols de béton ou de bois connaissent encore un franc succès, certains optent pour le plancher de terre.

L'installation d'un plancher de terre représente un gros... (Photo fournie pas Écohabitation) - image 1.0

Agrandir

L'installation d'un plancher de terre représente un gros défi. Il faut notamment compter entre un et deux mois pour le séchage.

Photo fournie pas Écohabitation

Ceux fabriqués au Québec sont majoritairement constitués d'argile, de gravier ou de sable et de paille hachée. Le sable et la paille apportent cohésion et solidité au mélange et évitent que l'ensemble ne se fissure lors du séchage.  Le mélange argileux est lié avec de l'eau, il est installé manuellement, avec une truelle. On peut couler une dernière couche plus lisse qui donnera un fini plus agréable au sol.

Une fois sec, le plancher de terre doit être scellé avec de l'huile à base de plantes afin de le durcir. L'application d'une cire est aussi possible. La couche d'huile ou de cire, idéalement appliquée tous les ans, offre une certaine protection contre l'humidité... Il ne faudrait pas qu'en cas de dégât d'eau, vous vous retrouviez dans un champ de boue. Pas d'inquiétude quand un verre d'eau se renverse.«Ça peut pénétrer un peu, mais avec l'apprêt à l'huile, ça protège bien, explique Pascal Morel, d'Écohabitation. Mais en épongeant l'eau rapidement, il n'y aura aucun problème.» Toutefois, l'installation d'un tel type de sol dans une cuisine ou une salle de bain n'est pas recommandée.

Les planchers de terre présentent bien des avantages. Selon Pascal Morel, la matière étant organique, elle répond bien à la conscience écoenvironnementale des gens choisissant ce mode de construction. «Combiné à un système de chauffage au sol, le plancher de terre est idéal car il accumule la chaleur et la restitue. C'est très confortable», ajoute M. Morel. Idem si votre fenestration fait taper le soleil sur votre sol: il y a là des économies de chauffage à faire. Et l'été, une certaine fraîcheur se dégage du sol.

Esthétique

L'esthétique est un argument important pour les gens qui optent pour le plancher de terre. L'aspect naturel et l'ambiance veloutée plaisent beaucoup. Côté couleur, il existe des pigments qu'il faut mélanger à l'argile. «Mais on n'a pas la palette de couleurs de RONA», plaisante M. Bergeron.

Le plancher de terre est facile à entretenir : un coup de balai ou d'aspirateur et le tour est joué. Il est déconseillé d'y traîner un meuble massif, cela risque de rayer et d'endommager le sol. Mais il arrivera la même chose sur un plancher de bois ou un sol de béton. L'avantage toutefois, c'est qu'en cas de rayure majeure ou de fissure, une réparation est tout à fait possible grâce à une sorte de barbotine d'argile, qu'on lustre avec de l'huile ou de la cire.

Beaucoup de gens s'enquièrent de la réaction d'un tel sol au froid québécois. Les réponses des personnes consultées sont similaires : le plancher est à installer à l'intérieur et tant que la maison est chauffée, il n'y aura pas de problème. L'isolation habituelle est recommandée. Selon Pascal Morel, c'est un aspect que surveillent de près les organismes oeuvrant dans l'habitation écoresponsable.

Durabilité

La grande question en suspens, c'est la durabilité. Le peu de recul qu'on a vis-à-vis des planchers existants et la quasi-absence d'experts au Québec n'aident pas la cause. Pascal Morel invite d'ailleurs les gens qui se lancent dans le plancher de terre à partager leur expérience afin que le Québec développe un savoir-faire. Aujourd'hui, même si le plancher de terre est peu courant au Québec, des gens ont expérimenté le matériau et il existe des sites Internet qui offrent des conseils.

Installer un plancher de terre: patience et détermination

Michel Bergeron, designer et architecte écologique, concède que l'installation d'un plancher de terre est un gros défi. «Il y a très peu d'experts dans le domaine au Québec. Il faut le faire soi-même, expérimenter, faire des tests maison pour apprendre à manier la terre, tester le mélange avec plus ou moins d'eau.» Ça peut en décourager plus d'un. Et s'en remettre à la poignée d'experts pourrait bien se conclure par une facture salée, la pose étant longue et très contraignante.

Autre irritant, le temps de séchage. «C'est très long», soupire Michel Bergeron. Il faut compter entre un et deux mois. Pour accélérer le séchage, M. Bergeron suggère de procéder par couches successives.

Un citoyen de la Rive-Sud qui a souhaité garder l'anonymat s'est lancé dans l'aventure du plancher de terre en 1989. À l'époque, le temps d'expérimenter, de poser le plancher, de le laisser sécher, sa maison a été inhabitable pendant un an. «Après, tu rentres, et tu répares les fissures pendant deux ou trois ans», se souvient-il. Il a aussi testé nombre d'huiles et de cires avant de trouver la recette idéale. «Après 10 ans, t'es correct», a-t-il lancé en riant. Dans son cas, il faut nuancer : en 1989, cette pratique de construction était très inusitée et il s'est lancé à l'aveuglette. «Mais je ne regrette rien, c'est un beau produit», ajoute-t-il.

Ciment ajouté

Sylvie Plaire a installé un plancher de terre dans sa maison en Estrie, il y a sept ans. Pour accélérer le séchage de l'ensemble, elle a décidé d'ajouter du ciment à son mélange d'argile, de brique pilée et de sable. Elle a fonctionné par dalles, qu'elle coulait avant de les poser au sol.

Malgré tout, quelques fissures sont apparues. «Et comme j'ai mis du ciment dans mon mélange, je ne peux pas recoller, précise Mme Plaire. Mais quand tu décides de travailler avec un matériau vivant comme la terre, il faut accepter l'inconnu et les aléas. Ça n'aura pas la perfection de la céramique. J'ai beaucoup fonctionné par essais et erreurs, ça a été un apprentissage et beaucoup de travail.»

Sylvie Plaire a installé ces dalles de terre sur tout le sol de son rez-de-chaussée, ce qui lui a pris de deux à trois semaines. Elle non plus ne regrette pas son choix. «C'est très confortable, ça s'entretient bien et c'est solide. J'ai un chien, un golden, et il n'y a jamais eu de massacre.»

Ressources pour les écoconstructions

Au Québec:

Écohabitation:

www.ecohabitation.com

Sylvie Plaire :

www.sylvie-plaire.ca

Archibio: www.archibio.qc.ca

Terrabatir: www.terrabatir.ca

Si vous vous laissez tenter par les planchers de terre, vous pouvez aussi lire l'article de la revue La maison du 21e siècle, automne 2011, www.21esiecle.qc.ca

Partager

publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

publicité

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer