Immeubles recyclés: rien ne se perd, tout se transforme

L'architecture sobre de La Galerie du Meuble, dont... (Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve)

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L'architecture sobre de La Galerie du Meuble, dont le magasin a été aménagé dans des entrepôts construits fin XIXe siècle, met en valeur le mobilier haut de gamme.

Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve

Sophie Gall
Le Soleil

(Québec) Le recyclage de bâtiment a la cote. Le manque de terrains vacants dans les quartiers centraux de Québec pousse les architectes à être inventifs et à faire du neuf avec du vieux. La conscience éco-environnementale collective n'en est que plus satisfaite : reconvertir plutôt que détruire. Et ces sauvetages architecturaux salutaires donnent souvent lieu à de petits ou de grands joyaux.

Martin Dubois est consultant en patrimoine architectural chez Patri-Arch. Il épaule les municipalités dans la gestion et la protection de leur patrimoine bâti. La conservation et le recyclage, c'est son pain quotidien. «Mon travail, c'est de donner un nouveau souffle aux édifices, de réanimer des lieux.»

Selon Martin Dubois, de tout temps, on a recyclé des bâtiments. À Québec, dans les années 60 et 70, cette pratique s'est répandue. «Il y avait un exode rural important, on avait donc besoin de logements au centre-ville, explique-t-il. Mais il y a aussi eu un élan de recyclage pour les bâtisses qui valaient le coup d'oeil, on voulait garder les édifices qui avaient une valeur patrimoniale.»

Durant ces mêmes années, les comités de citoyens qui ont formé des coopératives d'habitations ont permis à de nombreux édifices de la ville de rester debout.

Aujourd'hui, le recyclage est une tendance en hausse. «Avec la montée du développement durable et de l'écologie, détruire un bâtiment est perçu comme du gaspillage, ça explique qu'on opte plus souvent pour la réhabilitation.»

La revitalisation de certains quartiers de la ville a aussi ouvert la porte à davantage de recyclage de bâtiment. Garder et transformer d'anciens édifices permet de préserver l'âme du quartier; les constructions neuves viennent alors compléter la trame urbaine.

Pour permettre la densification de ces quartiers, il faut bâtir des logements. Selon M. Dubois, «on peut alors penser plus loin que le réaménagement, on peut rehausser et/ou agrandir des bâtiments, c'est aussi du recyclage, même s'il y a du neuf.» Le cachet de ces quartiers et de ces logements qui présentent un heureux mariage d'ancien et de moderne est un attrait recherché.

Nouvelle vocation

Que ce soit pour répondre à des contraintes démographiques, environnementales ou patrimoniales, le recyclage repose sur un principe de base : donner au lieu en question une nouvelle vocation. «Et il faut que cette nouvelle vocation soit le plus possible compatible avec la structure», précise Martin Dubois.

Construire des logements dans une église est très coûteux puisque l'espace existant doit être totalement repensé et transformé, alors que bâtir les mêmes logements dans un couvent ou un édifice industriel s'avère plus simple puisque la structure de base est souvent plus appropriée. Le recyclage n'est donc pas toujours synonyme d'économies financières.

«Le défi est donc de trouver la meilleure adaptation pour le lieu, poursuit M. Dubois. C'est très intéressant parce qu'il faut tenir compte des contraintes techniques, des normes, de la mécanique du bâtiment, mais on peut mettre à profit notre créativité, c'est du bonbon pour les architectes intéressés.» Et l'imagination débridée est souvent bienvenue. «Adapter le bâtiment, c'est une chose, mais il faut aussi adapter l'image que dégage ce bâtiment.»

Martin Dubois prend l'exemple d'une église recyclée en condo dont la façade doit, dès lors, évoquer la nouvelle fonction : construction de balcons, nouvelles entrées, interventions contemporaines... «Il faut oser», lance le consultant, M. Dubois.

Lieux de culte

La question du recyclage des bâtiments religieux revient souvent dans les propos de Martin Dubois. Ces lieux de culte se vident, il faudra de plus en plus faire preuve d'audace pour réhabiliter ces édifices. Leur nombre est un défi additionnel. «Il y a beaucoup de choses à faire avec de telles structures, mais avant tout, il faut les protéger et sensibiliser les promoteurs qui sont davantage intéressés par les terrains que par le patrimoine.»

Les édifices industriels présentent aussi leur lot de défis en termes de recyclage. Et dans les rêves les plus fous de Martin Dubois, si la papetière Daishowa devait fermer, ce serait un fabuleux terrain de jeu pour un architecte à l'imaginaire débordant. «Il se pourrait que d'ici quelques années, cette usine perde sa vocation. Je ne garderais que la vieille partie en brique, qui est très belle, un peu art déco, et j'en ferais un grand musée, un lieu culturel ouvert au public. Cette partie ancienne est un peu perdue au milieu des installations plus modernes, que je supprimerais. Et il faudrait ouvrir des accès au site. Au bord du fleuve, à l'embouchure de la rivière Saint-Charles, l'endroit serait idéal.»

Fraîchement rentré de Londres, M. Dubois se dit inspiré par la Tate Modern Gallery, construite dans une centrale électrique désaffectée, au bord de la Tamise. Une reconversion réussie.

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