Un détail qui vous choque ou non? Êtes-vous plutôt du genre «qui se ressemble s'assemble» ou du type «il faut de tout pour faire un monde»?
Dans le Vieux-Lévis, le complexe résidentiel Espace Saint-Louis loge plutôt à la deuxième enseigne. Le projet déjà en chantier se décline en trois phases, deux immeubles de condominiums haut de gamme et une coopérative de logements, Les Nouveaux espaces. Une formule mixte naissante sur la Rive-Sud.
La coop sera propriétaire de son bout de terrain et de son bâtiment, achetés «clés en main» au promoteur. Elle est financée par le programme AccèsLogis, par la Ville de Lévis et par le loyer des occupants. Parmi les locataires sélectionnés, des membres impliqués qui participeront à la vie en coopérative, on comptera des ménages à revenu modeste et à faible revenu. Il y a déjà une liste d'attente pour les 46 appartements qui seront livrés en 2013.
Évidemment, on ne parle pas ici de la même finition intérieure que les condos d'à côté. Mais de l'extérieur, on n'y verra que du feu. Une seule signature contemporaine.
Bravo! Qui a dit que le logement coopératif (lire subventionné) devait être morne et ennuyeux? Qui veut à tout prix délimiter les classes sociales et entraîner tout ce qui s'en suit?
Retour en arrière. Place Bardy dans le secteur Maizerets. Celui qui m'en glisse un mot est Serge Viau, architecte et urbaniste à la retraite, ancien directeur général et directeur adjoint au développement durable à la Ville de Québec. Il évoque les opérations bulldozer des années 60 et l'aménagement de la colline parlementaire qui a nécessité de déménager des gens dans cet immense ensemble, un HLM «un peu à la française». «Avec tous les troubles que ça a pu causer de concentration, de criminalité, de difficulté d'insertion sociale, d'ostracisme... Des exemples qui ont servi aux décideurs publics pour éliminer ce genre d'intervention.»
En 1996, le gouvernement fédéral a cessé de construire des HLM. Québec a repris le flambeau par l'intermédiaire du programme AccèsLogis. Le logement social est maintenant intégré aux coopératives d'habitation et aux organismes à but non lucratif.
Si 100 % des locataires des HLM étaient des ménages à faible revenu qui recevaient une aide pour payer le loyer, ils occupent aujourd'hui 20 à 50 % des appartements des coopératives.
Selon Alain Marcoux, directeur général du Groupe de ressources techniques Habitation Lévy, avec ce nouveau modèle, les préjugés sont moins tenaces. Les promoteurs privés sont plus enclins à faire une place aux coops, qui ne choisissent pas que des locataires, mais bien des membres impliqués qui participent aux travaux communautaires (on parle d'une moyenne de 8,6 heures par mois), siègent à des comités.
Sandra Turgeon, directrice générale de la Fédération des coopératives d'habitation de Québec, Chaudière-Appalaches, défend bec et ongles que les coops ne sont pas des ghettos de pauvres.
Soyons clair, le revenu brut moyen des ménages de coops n'a rien d'exorbitant. On parle de 28 112 $ par année (d'après une récente recherche de la Société d'habitation du Québec). Certains décrient que des logements subventionnés abritent des personnes dont le salaire a augmenté en cours de route (Agnès Maltais et Ann Bourget ont essuyé ce genre de critiques). «On a beaucoup de représentation à faire auprès du maire [Régis] Labeaume, qui trouve épouvantable que des gens mieux nantis vivent en coop», souligne Sandra Turgeon.
La question se pose, en effet. Mais on parle ici de mentalité et non seulement de portefeuille. On cohabite, on s'entraide, on se respecte, on met nos forces en commun. À la base, une coop est un microcosme qui prône la mixité sociale. Différents groupes d'âge, de culture, de revenus...
Même idéal mis de l'avant par les politiques d'habitation des villes.
Îlot Irving. J'ai été choquée que le projet initial de GM Développement, immeuble de neuf étages comptant 70 condos et 20 unités coopératives, ait été rejeté par référendum. Un projet d'intégration et de densification qui valait bien mieux que cette verrue urbaine, le stationnement voisin de la caserne de la rue Saint-Jean.
Si Serge Viau n'aimait pas la première proposition, qui, selon lui, «aurait allongé les ombres jusque dans Saint-Roch, comme si c'était un pare-soleil», il se dit tout à fait en faveur de l'intégration de coopératives d'habitation dans les nouveaux ensembles résidentiels. Important de mêler les choses. Montréal le fait de plus en plus. En Europe, c'est presque systématique. «Mais il ne faut pas que ce soit un prétexte pour faire de la surdensification.»
Sur une carte, ma collègue Michèle LaFerrière me montre une multitude de points rouges. Il y a autant de coopératives dans la région? Leurs noms sont sympathiques et évocateurs : Le Calembour, Le Chalet de coucous, Les Copains, Les Gens heureux, Grandir en ville, Un Toit à toi...
Ont-elles leur place au centre-ville, sur des terrains souvent enviés, qui pourraient être occupés par des contribuables? Absolument. Pas envie que la ville se condoïse (pour reprendre l'expression de mon collègue Pierre Couture) et s'uniformise en ghetto de riches.
Une coop de personnes âgées en ville? C'est bien, ça les rapproche des services. Une coop d'artistes en ville? C'est logique, pour créer, ils doivent être stimulés par la vie culturelle. Une coop de familles monoparentales en ville? Ça permet de voyager tout le petit monde en transport en commun, de faire prendre l'air aux enfants dans les parcs urbains.
Brasser le monde, c'est comme brasser des idées. C'est sain et profitable.