Le hasard nous a menées dans une auberge de jeunesse de Bayswater, Queens Cabin, où l'on déboursait 10 livres sterling par nuit. On était un peu tassés dans cette tour de Babel. Dans notre chambre, un couple d'Australiens s'engueulait pour un rien alors qu'un Français qui revenait aux petites heures du matin lançait «putain!» à chaque ronflement du voisin.
En prime, on gelait la nuit. Cet été-là, c'était la poisse. Un vrai temps de canard. J'avais scotché un sac en plastique replié quatre fois pour boucher une fenêtre brisée. La nuit suivante, j'avais déjà mieux dormi.
À nos débuts, nous travaillions comme journalières pour des agences de placement. Serveuses, emballeuses, étiqueteuses, plongeuses... On rentrait parfois tard le soir. Prise d'une fringale, je m'entends encore hurler en ouvrant la lumière de la cuisine pour découvrir une colonie de coquerelles particulièrement dodues. Moi qui n'avais jamais quitté le nid familial...
Peu de temps après, en allant prendre une bière chez O'Neill à deux pas de la station de métro Earl's Court, on voit une petite annonce sur un babillard extérieur. Trois copines s'étaient déjà trouvé un logement. Celui-là serait le nôtre. 537, Barandon Walk, Lancaster West Estate, London. Je ne me rappelle plus très bien notre rencontre avec le proprio, mais nous avons convenu d'y rester deux mois. Avec mon autre copine, on payait chacune 110 $CAN par semaine. Ce fut mon premier appartement.
Aménagé sur deux niveaux, on le partageait avec deux étudiants japonais et un couple de Polonais. En fait, on partageait seulement la cuisine et la salle de bain. Et on les croisait très rarement.
Mon amie et moi avions une chambre qui fermait à clé, avec deux lits à une place, un petit frigo, une télé (je me rappelle les horribles téléromans anglais!), deux commodes et une grande armoire. La pièce était verte avec une frise et des petits rideaux fleuris. J'avais accroché des photos de ma famille au mur. Et sur le bord de la fenêtre, on avait installé un chrysanthème jaune qu'on avait baptisé, si mon souvenir est bon, Joséphine. Devant notre fenêtre du cinquième étage se balançaient de grands arbres feuillus.
On habitait un bloc d'une série de trois, tous reliés par de petites passerelles. Sans prétention aucune. Un quartier cosmopolite, accessible par la station de métro Latimer Road sur la ligne rose, en zone 2 pour les habitués.
En 10 minutes à pied, on atteignait Portobello Road, rue du quartier de Notting Hill qui s'animait d'un grand marché le samedi. Il y avait de tout : antiquités, vêtements, CD, affiches, fruits, savons, rouges à lèvres...
Londres, je l'ai arpentée en long et en large. À la pluie battante ou sous une fine bruine, peu importe, j'étais trempée. Le dernier mois, j'ai surtout travaillé chez Jugg Foods, une usine de petits plats tout préparés. Matin et soir, je marchais 40 minutes entre chez moi et le boulot et vice-versa. J'en ai croisé, des maisons en rangée, avec leur minuscule jardin fleuri. Sur des kilomètres, ça finit par donner le tournis.
Durant un court séjour au bord de la mer à Brighton (les fins de semaine, on se sauvait de la pollution et du bruit), nous avons logé dans une belle maison transformée en bed and breakfast, Diana House. Un peu de luxe et de confort ne faisaient pas de tort, quand on rentrait une fois de plus se sécher de la pluie!
Malgré une météo exécrable l'été de mes 20 ans, Londres m'a séduite par ses parcs, ses musées, l'heure du thé. Depuis, je rêve d'y retourner. Alors que s'ouvrent les Jeux olympiques, je n'ose même pas imaginer la fièvre sur place. Ni la flambée des prix.
J'habitais le centre-ouest. Tout se passera plutôt dans l'est de la capitale britannique, à Stratford, dans le district de Newham. Le coin héritera du parc olympique et d'habitations neuves. «Une bénédiction pour ce quartier où la pénurie de logements est criante. Pourtant, la renaissance promise est accueillie avec scepticisme», écrivait Mali Ilse Paquin dans La Presse de samedi dernier.
Si la revitalisation de l'est de Londres était l'argument-clé qui a fait remporter la tenue des Jeux en 2005, une partie des résidants décrient aujourd'hui des services municipaux qui laissent à désirer, des loyers qui montent en flèche.
Cinq nouveaux quartiers seront créés au cours des 20 prochaines années et 8000 maisons s'ajouteront aux 2800 logements du village des athlètes, le tiers à loyers modiques, poursuit la journaliste. La réplique n'est pas longue. «Une goutte dans l'océan en comparaison aux 32 000 noms inscrits sur la liste d'attente des 17 000 logements sociaux de Newham.»
Quant au boum immobilier engendré par le parc olympique, il se traduit par des appartements hors de prix pour la population locale. Mali Ilse Paquin cite John Gold, historien sur la géographie urbaine des Jeux olympiques à l'Université Oxford, selon qui régénération rime avec embourgeoisement. «Le scénario se répète dans chaque ville olympique. Avec la hausse du coût de la vie, une partie de la population sera davantage refoulée vers l'Est.»
Des leçons à retenir pour chez nous. On ne sait jamais.