À mesure qu'elle allait mieux, sa maison se transformait et prenait du mieux elle aussi. C'était plus propre, plus blanc, plus aéré, ça lui faisait un bien fou.
Réénergisée, elle a même poussé la chose en allant peindre la chambre de sa fille dans la nouvelle maison de son ex. Pas question que ça traîne. Elle était persuadée que sa cocotte vivrait mieux la séparation en atterrissant dans une chambre de princesse dans ses nouveaux quartiers.
Pendant des années, on choisit à deux. La couleur des murs, la céramique de la salle de bains, le comptoir de la cuisine... En haut de l'escalier, Madame accroche les photos de famille. Dans le bureau, Monsieur expose ses affiches de films préférés et ses trophées. Puis, un jour, CRRRAAAAC! Toute cette mise en commun s'écroule. On vient d'entrer dans la maison les papiers du divorce...
D'ailleurs, le taux de divorce augmente l'année suivant l'achat d'une propriété, glisse au passage Yvon Dallaire, psychologue, auteur, conférencier spécialisé en relations conjugales. Un événement joyeux à la base, mais aussi une grosse source de stress, financier et autre.
Dans le cas d'un couple d'amis, après une dizaine d'années à rénover leur maison, la flamme s'est éteinte une fois la dernière pièce terminée. Le projet commun avait pris fin.
Quand survient une séparation, l'idéal est de se départir de cette demeure pleine de souvenirs, tranche le psychologue. «C'était notre nid. Vaut mieux liquider le nid, liquider le patrimoine, se partager les résultats de la vente et repartir à neuf.»
Sinon, la personne qui reste vivra avec des fantômes, des odeurs, et risque de prendre plus de temps à s'en remettre, poursuit-il.
Vrai, on veut parfois garder la maison pour les enfants. Ils y sont attachés, l'école et les amis sont à côté. De bonnes raisons. Mais Yvon Dallaire regarde plus loin et pense à un éventuel amant. «Un des deux ne sera pas dans son territoire.»
Vite, urgence dans la chambre à coucher! C'est le premier endroit de la maison auquel s'attaquent ceux qui restent. Et pour cause, cette pièce est tellement associée au couple.
Madame s'offre une chambre fuchsia avec une montagne de coussins et des appliques murales de fleurs. À l'inverse, Monsieur masculinise le tout avec des murs gris et de la technologie.
«Est-ce une manière de s'affirmer? Après cette épreuve, c'est comme si on avait besoin pour un bout de laisser aller nos envies, nos goûts, sans compromis à faire.»
En 20 ans de carrière comme designer, Catherine Tremblay en a vu des divorces. Elle se rappelle avoir travaillé pour un couple qui s'est ensuite séparé. Puis, les deux, chacun de son côté, avec un nouveau conjoint, l'ont rappelée. «Il fallait que je fasse attention pour ne pas reproduire les mêmes choses.»
La designer remarque que les gens qui ont des enfants sont souvent plus pressés de réorganiser leur intérieur. Toujours pour qu'ils soient le moins affectés possible. En même temps, durant ce moment difficile, un projet réno-déco permet de s'accrocher à quelque chose et occupe l'esprit, croit-elle.
Avec un budget moindre, rafraîchir la couleur des murs est la solution gagnante. Si l'habillage des fenêtres coûte souvent cher, Catherine Tremblay se fait rassurante : la tendance est au voilage léger. Quant aux meubles, on liquide, et quand on rachète, on pense petit. «Ça fait du bien d'avoir moins de choses.»
Elle-même a connu une séparation. Et gardé sa maison. Pour se le permettre, elle a converti le sous-sol en logement. Refaire la décoration allait attendre. «Je ne suis pas une référence», dit-elle aujourd'hui en riant.
Designer d'intérieur pour hommes divorcés. Voilà un nouveau créneau que rapportait le New York Times il y a quelques mois. Il s'agit là d'une clientèle hors pair, avec qui travailler semble plus facile.
Ces hommes veulent que les choses se fassent rapidement (surtout s'ils ont des enfants). Ils donnent davantage carte blanche, ce qui permet une liberté créative. Et en fin de compte, ils sont très reconnaissants.
Souvent, ce sont eux qui quittent le nid familial. Ils se retrouvent dans un logement tout blanc avec la table de leur grand-mère et leurs trophées sportifs. Quand ils demandent les services d'un designer, une exigence revient : installer une énorme télé.
En décortiquant plus profondément leurs attentes, les designers spécialisés auprès de cette clientèle remarquent que les hommes divorcés veulent un endroit accueillant pour leurs enfants, mais aussi pour une éventuelle partenaire. Donc confortable pour la famille, mais pas étiqueté maison familiale (vous ne voulez pas nécessairement qu'un premier rendez-vous sache que vous avez des enfants).
Les designers se font donc psychologues et donnent des trucs déco. La brique nue, du bois foncé, des détails industriels ont par exemple une esthétique masculine qui saura aussi plaire aux dames.
Parfois, la relation se brouille un peu et il n'est pas rare qu'un client invite sa designer à prendre un verre... Sans doute pourquoi certaines se font un point d'honneur d'exhiber leur alliance dès la première rencontre.
Mais laissons tout cela à leur discrétion.