Faites comme chez vous!

Alexandra Perron, collaboration spéciale
Le Soleil

(Québec) Il y a de ces maisons qui sont de véritables terres d'accueil. Le paillasson avec «Bienvenue» écrit dessus. La porte toujours ouverte. Et à l'intérieur, une chaleur humaine garantie. «Restez donc pour un café... pour souper... pour coucher!»

Sophie Picard avait 12 ans quand ses parents... (Le Soleil, Steve Deschênes) - image 1.0

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Sophie Picard avait 12 ans quand ses parents ont commencé à loger des pee-wees et elle a naturellement poursuivi la tradition avec son mari et leur fille de neuf ans. Ils «mettent le paquet» quand ils reçoivent leurs visiteurs en offrant des sorties au restaurant, activités de motoneige, de spa extérieur. «C'est des petits V.I.P. qui débarquent.»

Le Soleil, Steve Deschênes

Ce qui m'amène à saluer les quelque 450 familles de la région qui hébergent jusqu'au 19 février de jeunes hockeyeurs pour le Tournoi international de hockey pee-wee de Québec. Les hôtes? Des parents qui ont souvent leurs propres pee-wees à la maison. Des grands-parents qui s'ennuient d'avoir les leurs. Des amateurs de notre sport national qui accueillent à bras ouverts des joueurs de 11 et 12 ans en provenance d'une quinzaine de pays. Ils leur fournissent une chambre douillette, offrent le petit déjeuner (souvent même le souper), assurent le transport et leur font goûter à la langue et à la culture de chez nous.

En début de semaine, j'ai parlé à deux mamans habituées du Tournoi, deux capitaines d'équipe pleinement impliquées. À quelques jours de recevoir leurs pensionnaires (ils arrivaient jeudi soir), je ne sentais chez elles aucun stress. Seulement la fébrilité d'accueillir leur monde pour vivre, une fois de plus, une expérience enrichissante.

Sophie Picard avait 12 ans quand ses parents ont commencé à loger des pee-wees, notamment pour permettre à la famille d'ouvrir ses horizons et d'apprendre l'anglais. Elle a naturellement poursuivi la tradition. «Avec mon mari, on n'a jamais sauté une année. Même quand on était en appartement.» Aujourd'hui avec leur fille de neuf ans, ils «mettent le paquet» quand ils reçoivent leurs visiteurs de Phoenix, en Arizona. Resto, motoneige, spa extérieur... s'ajoutent comme «extras» à l'hébergement de base. «C'est des petits V.I.P. qui débarquent.» Des petits chanceux, en effet!

Chaque hiver au mois de février, les Derose-Lachance de Beauport chouchoutent eux aussi deux enfants supplémentaires, en plus des trois leurs. Cette fois-ci, les heureux élus sont Brannon et Ivan, de Los Angeles.

Suivre la vague

Année après année, tout se passe «super» bien dans la maisonnée. Sabrina, l'aînée des filles, prête sa chambre aux invités, qui ont donc leur coin à eux. Aussi, rassurez-vous, la demeure compte trois salles de bain. Pour les 10 jours du tournoi, la famille met tout de même l'intimité de côté. «On sait qu'on est là-dedans» , dit maman Danielle, qui prend congé pour suivre ses protégés toute la journée.

Côté logistique à la maison, il lui a bien fallu préparer un peu plus de nourriture que d'habitude (elle a stocké lasagnes, tacos et fajitas pour les premiers jours). Mais pour le reste, les nouveaux venus suivent la vague. Le mot d'ordre: «Gênez-vous pas. Faites comme chez vous!» Tout en demandant la permission. Un détail, il faut leur rappeler d'enlever leurs bottes quand ils circulent à l'intérieur, comme à Los Angeles ils se promènent en chaussures à longueur d'année.

Sinon, ils s'adaptent très bien, sont vite à l'aise. Et... ne font pas le ménage. «Ils sont vraiment comme mes enfants», conclut la maman en riant.

Des gens passionnés, des gens impliqués, des gens généreux, heureusement, il en existe encore. Pour rendre possibles tous ces tournois de sport et autres programmes d'échange. Pour faire avancer la jeunesse et pour l'ouvrir sur le monde. Ou tout simplement pour le plaisir de partager un moment avec son prochain.

Dans un autre registre, je me rappelle cet entretien avec Louise Forand-Samson, directrice artistique du Club musical de Québec. Elle me racontait toutes sortes d'anecdotes avec les musiciens et les chanteurs de renom qu'elle héberge à l'occasion dans sa maison de Sainte-Foy. «Ce sont des gens qui passent leur vie dans les avions, les aéroports et les hôtels. De venir chez moi, ça leur fait du bien.»

En voyage, aimez-vous dormir chez l'habitant? Les gens qui reçoivent en chambre d'hôte ou dans les gîtes du passant recherchent aussi ce contact humain, cette proximité. On risque d'entendre parler au petit déjeuner de la cousine de Normandie qui a épousé un Québécois (un classique). Mais on peut aussi tomber sur des férus d'histoire, des amoureux de leur contrée qui se feront un plaisir de nous faire découvrir des secrets bien gardés.

Il y a aussi ceux qui échangent carrément leur maison contre celle d'étrangers. Avec un délégué à l'accueil et un mode d'emploi à l'arrivée. Bien sûr, les rapports se font ici à distance, mais on a tout de même l'impression de goûter un peu la vie des autres. Et on accepte que d'autres goûtent à la nôtre. Jusque dans le troisième tiroir de la salle de bain...

Je suis toujours fascinée de constater qu'en dehors de la ville, les gens se voisinent davantage, arrivent à l'improviste pour dire bonjour et prendre un café. «Tiens, de la belle visite!» Malgré mes réserves, je reconnais que le geste est naturel et amical.

Recevoir sans artifice, se montrer tel que l'on est, il y a là quelque chose d'authentique, voire de charmant. Et même si je déteste me faire surprendre en pyjama, je promets de ne pas grogner la prochaine fois... Accueillez-vous les uns les autres, disait l'autre.

Je vous laisse sur un clin d'oeil à une amie qui a un coeur gros comme ça et toujours du monde à la maison. Dans sa salle à manger, elle a écrit au mur ces paroles d'une chanson d'Édith Piaf:

«Allez venez Milord, vous asseoir à ma table.

Il fait si froid dehors, ici c'est confortable!

Laissez-vous faire Milord et prenez bien vos aises.

Vos peines sur mon coeur et vos pieds sur une chaise!

Ta da da da da da...»

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