Incendies: une affaire de quelques minutes

La cuisine de Nathalie et Jacques après l'incendie... (Courtoisie)

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La cuisine de Nathalie et Jacques après l'incendie

Courtoisie

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(Québec) Pour qu'une maison s'embrase, il suffit de quelques minutes. Et si on pouvait prévenir le désastre?

Samedi matin, Nathalie (nom fictif) vaque à ses tâches domestiques. Elle met la laveuse en marche, puis s'absente pour une course à la pharmacie. Une affaire de 20 minutes. À son retour, des flammes de «quatre-cinq pieds de hauteur» ravagent sa cuisine. Les dommages atteindront 150 000 $.

«J'ai essayé d'aller chercher les ordinateurs, raconte-t-elle. Je ne voyais même pas la table dans l'entrée. Je suis sortie. C'est impressionnant de voir comme les flammes se propagent vite et comment la fumée devient étouffante.»

«Cinq minutes de plus et on perdait le contrôle», analyse Jacques (nom fictif), son conjoint. Le système d'alarme de leur maison de Québec, en effet, était relié à une centrale. Les pompiers ont réussi à circonscrire l'incendie à la cuisine, où «il a fait 500 degrés», glisse-t-il.

Les aimants de frigo, les assiettes rapportées de leurs voyages, les livres de recettes, la bouteille de porto du Portugal, les 350 $ de bouffe achetée la veille, les armoires, le plancher, les murs : tout a flambé à cause d'une défectuosité électrique de la laveuse, qui était placée à côté du frigo.

Au sous-sol, la chambre située sous la cuisine a été endommagée par l'eau. La suie et la fumée se sont répandues à la grandeur de la maison, y compris à l'étage.

Depuis ce funeste 3 octobre, Nathalie et Jacques ne sont pas dans la rue. Ils ont sélectionné un appartement près de leur lieu de travail dans une «banque» soumise par leur assureur. Avec un peu de chance, ils regagneront leur maison pour les Fêtes. Mais d'ici là, une reconstruction en plusieurs phases les attend.

«La première semaine, tu es dans un drôle d'état, confie Jacques. Après le choc, il faut que tu te poses. Mais tu n'as plus de repères, plus de maison, plus d'effets personnels.»

Ils n'ont pas perdu tous leurs biens. Mais la suie et la fumée les ont rendus inutilisables. «Il faut tout sortir, les bibelots, les oeuvres d'art, les livres, les vêtements», poursuit-il.

Dans leur cas, c'est une l'entreprise de nettoyage qui s'en est chargé. «Notre liste de vêtements fait 41 pages. Les chemises à manches courtes, les paires de bas...» Elle a tout répertorié : «Les épices, les sacs à vidanges, les boîtes de conserve, le tire-bouchon...» Le conseil de Jacques : prenez des photos de vos biens.

«Alors que nous étions encore avec les pompiers et toujours pas entrés dans la maison après le sinistre, trois gars faisaient le pied de grue pour nous parler, se souvient Nathalie. En fait, les compagnies de nettoyage après sinistre écoutent les fréquences radio des pompiers et envoient des gars qui nous proposent leurs services. De vrais vautours.» Nathalie et son conjoint ont choisi celle que leur a référée leur compagnie d'assurance.

Ballet des experts

Après le choc et l'incrédulité, commence le fameux «ballet des experts». «On a été interrogés par l'inspecteur du Commissariat aux incendies, par l'enquêteur de la compagnie d'assurance, par le représentant du détaillant qui nous avait vendu la laveuse», relate Jacques.

Pour Nathalie et Jacques, plus question de «partir une petite brassée de lavage» avant d'aller faire les courses qui occuperont leur automne pour la reconstruction de leur cuisine : les électroménagers, les meubles, la hotte, les luminaires, les accessoires, la vaisselle, les poignées d'armoire, les fenêtres.

«Vous aurez la maison que vous aviez», leur promet l'assureur. Sans l'odeur de fumée qui imprègne encore les lieux, espère le couple.

Des signaux à détecter

Une lumière qui vacille, un grésillement dans un fil électrique... Les gens devraient «allumer» devant ces signaux. 

«Dans la plupart des incendies d'origine électrique, les gens s'en doutaient», a constaté Annie Marmen, inspectrice en prévention des incendies et aujourd'hui relationniste au Service des incendies de la ville de Québec.

Alors, avant de débrancher tous vos petits électroménagers au moment d'aller au lit, soyez attentifs. «Vous avez un contrôle sur vos appareils électriques», affirme-t-elle. Cette vieille rallonge, ce fil de grille-pain tout entortillé, cette lampe de votre arrière-grand-mère : il serait peut-être temps de les inspecter, voire de vous en débarrasser.

La prudence et le bon sens peuvent aussi prévenir les catastrophes.

N'importe quel appareil peut prendre feu

Annie Marmen se souvient du cas d'un homme qui a éteint un feu de camp dans sa cour en le piétinant. Un tison s'est glissé dans la semelle de son soulier, puis s'est propagé dans la couture de son jean. Il n'a rien vu, rien senti. Avant d'aller se coucher, il a suspendu son pantalon sur la balustrade de l'escalier intérieur. Vous imaginez la suite.

Est-ce imprudent de faire fonctionner la laveuse et la sécheuse quand on est absent de la maison? Il y a un risque. «N'importe quel appareil peut prendre en feu, soutient l'inspectrice. Quand on est à la maison, on peut agir plus vite, prévenir l'incendie.»

Dans Portneuf, il y a quelques années, deux enfants étaient morts dans un incendie. «La mère de six enfants avait fait fonctionner sa sécheuse durant la nuit», relate-t-elle.  

Les conseils de l'inspectrice Annie Marmen

  1. Renouvelez vos objets. Cette lampe, quel âge a-t-elle? «On perd la notion du temps», observe Annie Marmen, inspectrice  en prévention des incendies et relationniste au Service des incendies de la ville de Québec
  2. Préparez-vous à l'éventualité d'un incendie. Parlez-en. Qui réveille qui? Faites une simulation. Dans les chambres du sous-sol, les enfants sont-ils capables de sortir par la fenêtre? Non? Placez un meuble en dessous.
  3. Méfiez-vous des rallonges électriques. L'électricité y circule comme de l'eau dans un boyau. Quand une rallonge est coincée derrière un meuble, elle gonfle et accumule de la chaleur. C'est alors que la gaine peut s'enflammer. Les rallonges «made in China» sont de moins bonne qualité. Elles s'assèchent plus vite.
  4. Les guirlandes de Noël devraient être décrochées après les Fêtes. L'été, les fils peuvent s'assécher sous le soleil, devenir à nu et entraîner des courts-circuits.
  5. L'avertisseur de fumée est obligatoire. «La nuit, c'est la seule chose qui peut nous réveiller, car la fumée nous endort.» Il en faut sur chacun des niveaux de la maison. Dans un sous-sol avec une chambre, on l'installe dans le corridor, devant la chambre; sans chambre, on le fixe au plafond, au pied de l'escalier. Il faut les changer tous les 10 ans.
  6. Alors que l'avertisseur de fumée sauve des vies, le système d'alarme sauve les meubles. Ce dernier est utile quand on est absent.

La bêtise n'est pas criminelle

La bêtise n'est pas criminelle. Alors rien ne sert de mentir aux enquêteurs.

«L'assurance va te payer même si tu as été stupide», lance Alain Harvey, directeur de l'Association internationale des enquêteurs en incendie, section Québec. «La vérité est le meilleur gage.»

Un propriétaire installe lui-même son thermostat et fait une gaffe qui entraîne un incendie. L'assureur le remboursera-t-il? «Si le gars a joué de bonne foi dans l'électricité, la réponse est oui», assure l'inspectrice en prévention des incendies à la Ville de Québec, Annie Marmen. «Dans ce cas, il y a une notion d'intention.»

Elle observe que les immigrants ont parfois tendance à trafiquer la vérité. «Au Québec, les pompiers ne sont pas l'armée», fait-elle valoir. Ici, personne ne sera emprisonné pour une distraction, aussi dramatique soit-elle.

Si un parent va chercher son enfant à l'école en oubliant un chaudron sur le feu, qu'il le dise, ça aidera les enquêteurs, plaide Alain Harvey.

Un casse-tête

Car un incendie est toujours un casse-tête. «Un incendie ne s'allume que d'une seule façon, dit-il. Il n'y a qu'une seule cause.» Elle peut être de quatre natures : accidentelle, naturelle, volontaire ou indéterminée.

Pour la trouver, les enquêteurs soulèveront des hypothèses à partir des informations objectives (un «V» de carbonisation repéré dans le bas d'un mur, par exemple) et subjectives (les activités des gens ce jour-là, par exemple).

La maison est-elle bien bâtie? Le ramonage est-il effectué régulièrement? Les cendres sont-elles bien rangées? Les piles du détecteur de fumée sont-elles changées deux fois par année? On peut mettre les chances de notre bord pour la prévention.

Un incendie relève toujours d'un «enchaînement d'événements».

Disons que des enquêteurs ont trouvé une chandelle sur le bord d'une fenêtre et noté que les rideaux avaient brûlé. Ça ressemble à un incendie accidentel. Mais s'ils constatent que les occupants ont vidé la maison quelques jours avant, ils risquent de pencher pour un acte volontaire.

Pour se déclencher, un feu a besoin d'une source de chaleur, d'un combustible et d'air. Un rond de poêle allumé, de l'huile à frire et un chaudron sans couvercle : voilà la situation la plus classique. Si le feu prend, surtout, pas de panique. «On coupe l'air avec un couvercle ou un linge à vaisselle mouillé», explique Alain Harvey.

Et on fait le 9-1-1. «On ne dérange jamais les pompiers, dit-il. Ils sont payés pour faire de la prévention et de l'intervention. C'est leur job

Donner une seconde vie aux oeuvres d'art

Qu'elle soit percée, moisie, malodorante, calcinée, mouillée, noircie, une oeuvre d'art abîmée peut être restaurée à un niveau tel que son propriétaire n'y verra que du feu.

Janick Fortier, de l'Atelier J'adore, à Québec, est en train de faire de la restauration d'oeuvres d'art sa spécialité. Forte de deux baccalauréats (arts et communication graphique), elle connaît les pigments et elle sait «décoder» ce qui s'est passé. «L'acrylique brûle plus vite que l'huile», donne-t-elle en exemple.

Donner une seconde vie à des oeuvres malmenées par le feu, l'eau ou la fumée requiert des techniques particulières, ainsi qu'une grande délicatesse. «C'est émotif, confie-t-elle. Il y a souvent des souvenirs rattachés à une oeuvre.»

«Le papier est un buvard», résume-t-elle. Les odeurs, les moisissures et les champignons s'y incrustent vite. «Je peux stopper l'évolution de la détérioration», assure-t-elle. Et si elle fait tout pour préserver l'oeuvre originale, elle peut aussi, quand la détérioration est trop importante, la numériser, la retoucher électroniquement et la réimprimer sur une toile ou sur du papier.

Janick Fortier est embauchée par les compagnies d'assurance ou par les compagnies de nettoyage après sinistre. Elle va dans les maisons ravagées, photographie et emballe les oeuvres, fait l'estimation, l'envoie au client, attend sa réponse, puis réemballe et réexpédie les oeuvres.

Info : www.atelierjadore.com

L'émotion, une mauvaise conseillère

Une horde d'experts se pointeront devant votre maison alors que les flammes feront encore rage. «N'agissez pas sur le coup de l'émotion», recommande une porte-parole du Bureau des assurances du Canada (BAC).

«Avant d'embaucher votre propre expert privé, prenez du recul, réfléchissez», suggère Line Crevier, responsable des affaires techniques et du centre d'information au BAC.

«Vous aurez une prise en charge de votre assureur», affirme-t-elle.

Ce dernier vous donnera une «avance» pour vous reloger, pour acheter des vêtements et quelques biens essentiels avant d'émettre, dans un délai de 60 jours, le paiement auquel vous avez droit. Mais avant, il lui faudra des «preuves justificatives». C'est son enquêteur qui sera chargé de les rassembler.

«L'idéal, c'est d'y penser avant», explique Line Crevier. Elle suggère ainsi aux assurés de dresser un inventaire de leurs biens, d'y inclure des factures, des photos et des vidéos, histoire de bien le documenter. Elle recommande de conserver le document à l'extérieur de la maison.

Même si vous avez été négligent, l'assureur vous dédommagera. Cependant, en vertu du principe de subrogation, il pourra essayer de récupérer de l'argent s'il soupçonne un tiers d'être responsable du sinistre. Mais l'assuré ne sera pas mêlé aux démarches de l'assureur.

Quatre-vingt-dix-huit pour cent des Canadiens qui détiennent une assurance de dommages ont aussi la clause de valeur à neuf.

Mme Crevier rappelle aux locataires qu'ils doivent eux aussi souscrire une police d'assurance de dommages afin de couvrir leurs biens matériels.

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