Même si cette pratique paraît sortir de l'ordinaire, elle est légale, moralement et éthiquement acceptable, trouve l'Organisme d'autoréglementation de courtage immobilier du Québec (OACIQ), lequel a pour mission première, promulguée par l'État, de protéger le public.
«Pareille démarche, cependant, ne doit être ni pressante ni abusive ni mensongère. Tout doit être clair et vrai», résume, depuis Montréal, le président et chef de direction de l'OACIQ, Robert Nadeau, tout en plaidant la liberté de toute personne d'éconduire le courtier ou de décliner sa proposition.
Cette façon de faire des courtiers est fréquente, continue M. Nadeau, dans les quartiers et rues où l'offre d'habitations ne suffit pas à la demande. Tandis que le désir de développer un marché en pareils endroits peut, à plus forte raison, être un motif valable.
Comme quoi un courtier immobilier n'est pas qu'un intermédiaire dans la vente ou l'achat. Il est aussi, selon une observatrice de Limoilou très au fait du marché, un «chasseur de propriétés».
Cas plausible
Autre cas plausible qui tient d'ailleurs du fait vécu, précise M. Nadeau. Plusieurs acheteurs présentent une promesse d'achat sur une propriété pour laquelle le courtier aura servi d'intermédiaire. Tandis que l'un est «élu», les laissés-pour-compte sont consternés. Ils sont amoureux du quartier ou de la rue où se trouvent d'ailleurs des maisons semblables. Ayant, ici, un bassin d'acheteurs, le courtier profite de l'occasion. Il fait du porte-à-porte. Des propriétaires acceptent de vendre à leur tour.
En revanche, prétendre mensongèrement avoir un acheteur ou jurer que la demande est forte aussi bien que la probabilité de vendre dans le but non avoué de se monter une «vitrine» de mandats est inopportun et, au sens du code de déontologie de l'OACIQ, intolérable. Tout comme le courtier doit préalablement s'assurer que le numéro du propriétaire qu'il a l'intention de joindre par téléphone ne fait pas partie de la Liste nationale des numéros exclus. S'il s'écarte de cette voie, qu'il soit sur ses gardes.
Directrice générale de la Chambre immobilière de Québec (CIQ), Gina Gaudreault admet que la sollicitation téléphonique fait partie de l'ordinaire de plusieurs courtiers. Et, à l'occasion, ont lieu des sondages automatiques en immobilier pour connaître l'humeur et les intentions des propriétaires. Cela est dans l'ordre des choses. Pourvu que cela soit fait respectueusement, «sans mensonge ni pression».
D'un autre côté, si un acheteur veut une maison dans une rue et dans nulle autre et qu'il ne s'en trouve aucune à vendre, il faut normalement s'attendre à ce que le courtier frappe aux portes.
Investissement social
Yann Martin est courtier immobilier sous la bannière Royal LePage Inter-Québec. Il exerce sa profession depuis un an et demi. Il habite Limoilou, aime ce quartier et s'y investit aussi bien socialement que professionnellement. Depuis un an, chaque deux semaines, par un carton publicitaire inséré dans les Publisac, il joint 4000 foyers. Il veut vivre du courtage et servir avec honneur. «Je ne veux pas être de passage», insiste-t-il.
Il dit que, comme d'autres, il pourrait s'employer à la sollicitation téléphonique. Mais il affirme n'en être pas encore là, n'aimant pas lui-même qu'on entre dans son intimité.
Pour l'instant, son action est locale, encore qu'elle soit grand public. Elle vise indistinctement un grand nombre de propriétaires. L'approche en sollicitation est, en revanche, très sélective. Le courtier ne s'intéresse alors qu'aux propriétés libres où la probabilité de vendre est élevée.
Il admet toutefois que plusieurs propriétaires personnellement contactés, qui habitent leur maison depuis assez longtemps, découvrent qu'ils en avaient sous-estimé la valeur. Et voient, en sa vente, la possibilité d'améliorer leur situation.
Le courtier tombe parfois sur des gens déjà prêts, virtuellement. «Ils envisageaient vendre, mais hésitaient», suppose Mme Gaudreault.