Le grand frisson de l'ami Lapierre

À l'approche du départ de Sébastien Lapierre pour... (Photo collaboration spéciale Jean-Sébastien Massicotte)

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À l'approche du départ de Sébastien Lapierre pour l'Antarctique, chaque instant est précieux avec sa conjointe Tania et leurs deux enfants, Marie-Soleil et Édouard.

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(Québec) L'aventurier Sébastien Lapierre aimerait pouvoir ralentir le train qu'il a mis sur les rails en direction du pôle Sud. À moins de deux semaines de son départ pour une expédition solo de 1200 km en ski sur la glace de l'Antarctique, le résident de Québec trouve que son grand rêve arrive vite. Presque trop vite.

«Je pèserais sur le brake un peu», admet l'aventurier de 38 ans. «C'est un gros train qui n'arrête pas...» Et ce n'est pas que Lapierre n'est pas prêt.

Dans le sous-sol de sa résidence de Beauport, le matériel est regroupé, bien trié dans un coin. Le reste est déjà envoyé à destination en prévision du périple glacial qui devrait s'amorcer le 28 novembre, moment où il chaussera ses skis pour amorcer sa longue marche vers le point le plus au sud de la planète.

Au sol, une tablette de feuilles géantes sur laquelle le Saguenéen d'origine a rédigé des listes en grosses lettres. Après des années à en rêver et environ trois ans à s'y préparer, tout est pensé. Absolument rien ne doit être oublié.

Sauf que l'amoureux et père de famille voudrait gagner un peu de temps, malgré l'excitation et la fébrilité du départ qui s'accentuent. «Il faut que je prépare la maison pour l'hiver. Et j'aimerais cuisiner aussi pour ma blonde, remplir le congélateur pour lui donner une chance avec les petits...»

Ajoutez aux derniers préparatifs l'entraînement physique des derniers mois, un emploi prenant de pompier à la Ville de Québec, les entrevues qui se multiplient dans les médias et la constante recherche de commanditaires, et on comprend que le temps file à la vitesse grand V pour l'ami Lapierre.

Je dis «ami» car depuis la première fois où j'ai rencontré Sébastien, il y a plus de trois ans et demi, le hasard et l'aventure m'ont permis de le côtoyer à diverses occasions et de mieux le connaître. Notamment sur le fleuve pendant le Défi kayak Desgagnés Montréal-Québec en 2015, puis l'hiver dernier dans les Chic-Chocs durant la Traversée de la Gaspésie, où nous étions cochambreurs.

Ce qui fait qu'au moment où il se dirige vers l'Antarctique pour tenter de devenir le premier Canadien à skier en solitaire et en totale autonomie jusqu'au pôle sud - seulement une vingtaine d'explorateurs au monde auraient réalisé l'exploit! -,j'ai une bonne idée de qui est «Seb», l'aventurier.

Une bonne tête qui a certainement les moyens de ses ambitions et dont on n'a pas fini d'entendre parler. Organisé, intelligent et humble, il a franchi les étapes qui le menaient à son rêve polaire une à la fois. Après notamment une aventure à ski de près d'un mois au Groenland en 2010 et un périple de kayak d'une soixantaine de jours à l'été 2013 dans le passage du Nord-Ouest - les deux fois avec son ami et collègue pompier Olivier Giasson -, le voilà rendu là où il le voulait, avec tout le mérite que ça comporte.

Prêt pour le grand frisson de l'Antarctique.

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Loin des siens pendant deux mois, l'aventurier sera en marche pendant environ 45 jours, seul sous la tente et exposé à des températures qui devraient fluctuer entre -15 degrés Celsius... et -50!

Amoureux du froid - on s'en doute! -, Lapierre craint plutôt le souffle d'Éole sur son parcours entre Hercules Inlet et le pôle. «J'ai hâte de voir le premier blizzard!»

Pour le sportif, le défi le plus grand sera certainement la solitude. Imaginez : 45 jours sans contact direct avec d'autres humains. «C'est le genre de chose que tu ne pratiques pas avant. Tu ne t'isoles pas 45 jours avant de partir», illustre le jeune père de famille. «C'est mon challenge. Mais c'est aussi ça que je voulais ajouter à mon expérience.»

En totale autonomie, il devra tracter à sa seule force - sans voile ni cerf-volant - tout le nécessaire à sa survie, à raison de 27 kilomètres par jour en moyenne. Au départ, ce sera environ 225 lb que pèsera son traîneau en fibre aramide (Kevlar), chargé. Une bonne part sera la nourriture et le carburant, tandis qu'il devra absorber environ 7000calories quotidiennement.

Bien conscient de l'importance d'avoir une solide préparation mentale pour la réussite de son aventure, le Québécois fait de la visualisation. «C'est facile de tomber dans les pensées négatives...» glisse-t-il en évoquant des moments où la tâche paraîtra sûrement trop grande.

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Méticuleux dans sa préparation, Sébastien Lapierre n'a pas... (Photo collaboration spéciale Jean-Sébastien Massicotte) - image 2.0

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Méticuleux dans sa préparation, Sébastien Lapierre n'a pas raté l'occasion l'hiver dernier, durant la Traversée de la Gaspésie, de s'entretenir avec Thierry Petry. L'anesthésiste qui habite Gaspé a lui-même atteint le pôle Sud en autonomie avec Bernard Voyer, en 1996.

Photo collaboration spéciale Jean-Sébastien Massicotte

Sur la glace éternelle de l'Antarctique, Sébastien Lapierre aura comme motivation qu'à chaque pas, il se rapprochera de sa famille. Avant même d'être parti, il a déjà hâte de retrouver sa blonde Tania et leurs enfants, Édouard, presque trois ans, et Marie-Soleil, quatre mois.

Une première expédition d'importance depuis la naissance des enfants. Et l'émotion est bien présente quand la longue séparation volontaire est évoquée au fil de la conversation.

Mais la petite n'aura pas trop conscience de l'absence de papa, s'entendent les parents. Quant à Édouard, il a déjà son idée d'où «Papounet» s'en va. «En An-tak-tik», répond le petit bonhomme enjoué. «Et il va mettre une veste!» complète le garçonnet allumé, avant de retourner à son camion de pompier.

De son côté, la jeune mère de famille en congé de maternité ne s'inquiète pas trop pour son aventurier préféré, dont elle partage la vie depuis 15 ans. «S'il y a quelqu'un capable de faire ça, c'est bien lui! Je le connais.»

Seule à tenir le fort familial pendant l'aventure polaire, Tania pourra cependant compter sur la présence de sa famille et de celle de Sébastien pour l'aider. Elle se réjouit de l'arrivée du temps des Fêtes et de l'action que cela suscite. «Noël, ce sera moins pire pour nous que pour lui», illustre la notaire de formation. Elle a d'ailleurs préparé un petit cadeau, que son homme devra déballer sous la tente. «Après, c'est janvier et il sera sur le bord de revenir!»

En attendant les retrouvailles aux environs du 20 janvier, Tania et la famille pourront suivre la progression de Sébastien grâce à la balise satellitaire inReach qu'il portera. Si les dispendieux coups de téléphone par satellites seront espacés, les textos du bout du monde qu'ils pourront échanger grâce au inReach réconfortent la jeune femme. «C'est vraiment bien, ça.»

***

Il serait facile de croire à la futilité de l'exploit qu'ose Sébastien Lapierre. Quitter ceux qu'il aime pour se mettre en situation de danger dans un des lieux les plus inhospitaliers de la planète, seul, et espérer en revenir le plus vite possible. Tout ça après avoir engagé 125 000 $...

«Être là, ce sera juste magnifique. Les paysages seront incroyables. C'est sûr qu'à la base, il faut aimer le camping d'hiver, mais piquer sa tente en Antarctique...» décrit l'aventurier, en s'imaginant déjà siroter un thé en finissant sa journée sous le soleil de minuit.

«Même affronter le blizzard, il y a quelque chose de l'fun. Tu t'y es préparé. C'est un peu comme pour les athlètes qui vont aux Jeux olympiques.»

À écouter Sébastien Lapierre, le plaisir de l'aventure se révèle donc dans ce grand test qu'il s'apprête à vivre seul. Et simplement pour ça, il est déjà médaillé.

Bon périple, l'ami!

Info: polesud2016.com

Un carcajou comme allié

Il y a des hasards qui ne s'inventent pas. Après avoir fait des recherches pour connaître la meilleure fourrure qui devait border le capuchon de son manteau d'expédition en Antarctique, Sébastien Lapierre s'est retrouvé à contacter le fabricant québécois Kanuk.

En quête d'une fourrure de carcajou, l'aventurier pensait que la célèbre entreprise montréalaise saurait où en trouver, si ses designers n'en avaient pas déjà sous la main. Le temps de découvrir le périple en préparation... l'entreprise offrait bien plus qu'une fourrure et embarquait comme commanditaire principal!

C'est ainsi que Kanuk a développé avec Sébastien des vêtements techniques sur mesure. Des manteaux et un pantalon qui serviront d'inspiration pour de futurs produits destinés aux aventuriers du dimanche. En direction du pôle Sud, Sébastien Lapierre sera d'ailleurs le premier au monde à tester en expédition le tout nouveau Thindown, un tissu isolant littéralement fait de duvet. Innovation italienne, la toute nouvelle matière, qui ressemble à des panneaux de laine minérale, en est aux débuts de sa commercialisation.

Simplifiant la confection des vêtements par la stabilité de duvet placé en «feuilles», le Thindown s'annonce prometteur. Assez pour que Sébastien parte en totale confiance avec sa doudoune expérimentale. Et il le faut bien, lui qui devra affronter des froids qui iront jusqu'à - 50 degrés Celcius dans l'ultime laboratoire qu'est l'Antarctique.

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