Les forces vives du kayak de rivière

Descente vertigineuse pour Billy Thibault à Outlet Falls,... (Patrick Maheu (Pat LaChatte Productions))

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Descente vertigineuse pour Billy Thibault à Outlet Falls, dans l'État de Washington.

Patrick Maheu (Pat LaChatte Productions)

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(Québec) «Des bums.» «Des casse-cous.» Les gars du collectif Québec Connection se souviennent de la réputation qu'ils traînaient quand ils ont commencé à se faire connaître sur les rivières. «Pas de talent... juste des couilles!» résume en riant Billy Thibault, l'un des fondateurs du groupe de kayakistes d'eau vive formé en 2011.

Thibault, 24 ans, peut en rigoler aujourd'hui car la bande de la région de Québec a su faire taire ses détracteurs et perdurer. Et dans l'univers aussi exigeant et risqué que celui du kayak de rivière de haut niveau, la longévité n'est pas à prendre à la légère...

Attablés au Flash Café de Sainte-Foy, ils sont quatre membres du groupe à raconter la passion qui les anime. Thibault au bout de la table, mais également Charles Arsenault, le «vieux» du groupe à 27 ans, puis Emrick Blanchette, 25 ans, et François Leblanc-Nadeau, 22 ans. Au boulot entre la salle à manger et la cuisine, François Savard est notre hôte. Le gérant du resto est également membre du clan.

À un noyau d'une dizaine de pagayeurs s'ajoute selon les circonstances une demi-douzaine de passionnés à Québec Connection. «Normalement, pour plusieurs, pagayer à cinq, c'est un gros groupe, mais pour nous, sortir à cinq, c'est petit», illustre Billy Thibault.

À constater les prouesses de la bande de copains au fil des crues et de leurs voyages qu'ils partagent généreusement sur les réseaux sociaux, ce qui étonne est leur relative jeunesse comme kayakistes. Complètement sans complexe sur les rivières d'ici et d'ailleurs, les gars ont pour la plupart commencé à pagayer... il y a moins de six ans!

Dans le groupe, François Leblanc-Nadeau fait figure d'exception alors que celui qui est surnommé «Kid Franky» est non seulement le plus jeune, mais celui avec le plus d'années d'expérience en kayak : 10. Une passion née à 12 ans, à visionner des vidéos d'eau vive sur le Web. 

Aujourd'hui, c'est lui et le reste de la bande qui font rêver et écarquiller les yeux avec leurs exploits diffusés sur YouTube et Facebook notamment. Une visibilité qui se transporte sur les rivières, alors que le logo stylisé de Québec Connection est désormais reconnu.

*****

Le palmarès commun des gars de Québec Connection est pas mal exceptionnel. En bien peu de temps, ils ont su faire de certaines descentes réputées - comme la mythique section de la Taureau sur la rivière Jacques-Cartier - un terrain de jeu régulier qu'ils parcourent désormais en seulement quelques heures.

Des descentes entre copains où ils s'amusent dans des eaux que peu oseraient défier, mais également quelques «cascades» à l'occasion, comme pour Emrick Blanchette l'an dernier. 

Après avoir envisagé pendant longtemps de le faire, les astres se sont alignés le printemps dernier pour qu'il s'attaque à la chute de la Chaudière, sur la Rive-Sud de Québec. Un «petit» saut estimé à près de 25 mètres, possiblement le troisième tenté par des kayakistes, dont le légendaire pagayeur sud-africain Steve Fisher. Rien de moins!

De la Stikine (nord de la Colombie-Britannique) à la Neilson (Portneuf, Québec), la liste des rivières descendues qui ont fait la réputation des gars de Québec Connection serait longue à faire et couvrirait un vaste territoire.

Charles Arseneault, Billy Thibault, Emrick Blanchette et François... (Collaboration spéciale Jean-Sébastien Massicotte) - image 2.0

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Charles Arseneault, Billy Thibault, Emrick Blanchette et François Leblanc- Nadeau 

Collaboration spéciale Jean-Sébastien Massicotte

Et c'est sans compter que le groupe prend fierté à explorer de plus en plus de nouveaux cours d'eau. «C'est ce qui me donne le meilleur sentiment d'accomplissement», explique Emrick Blanchette, qui s'aventure souvent dans les rivières au nord de son chalet, à Forestville sur la Haute-Côte-Nord. «Faire une belle découverte, c'est malade!» enchaîne à son tour Charles Arseneault, qui enseigne le kayak (kayakrivieresauvage.com) et possède avec Blanchette une boutique en ligne (kayakdetail.com).

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Dans un sport aussi risqué que le kayak de rivière de haut niveau, le fait que les gars de Québec Connection aient su s'illustrer aussi rapidement - même au-delà de nos frontières - surprend. Pour les principaux intéressés, qui ont tous leurs propres commanditaires, il n'y a pas réellement de surprise.

Déterminés à repousser leurs limites, ils ont donné vie à Québec Connection justement parce qu'ils étaient tannés du cadre rigide et restrictif que certains du milieu de l'eau vive imposaient. En bande, ils allaient pouvoir exprimer leur vision sans avoir à se faire dire quoi faire, selon ce que leur relatif manque d'expérience imposait. «On voulait fixer nos propres limites pour progresser», raconte Charles Arseneault au sujet des débuts du collectif.

Car l'expérience à bord des kayaks était peut-être limitée au départ, mais les gars connaissaient l'eau vive. Tous d'anciens guides de rafting, la bande s'est connue pour la plupart de cette façon. Les longues années à décortiquer, nager, vivre sur la rivière leur a donné les outils essentiels pour profiter de leur passion avec une marge de sécurité adéquate.

Bien déterminés à conserver la balance entre les risques et les récompenses du bon côté, les kayakistes savent qu'ils peuvent compter les uns sur les autres pour éviter les problèmes. Une confiance et une complicité dans le groupe qui expliquent son succès.

«Il faut au moins être à 95 % sûr qu'on peut le faire. Sinon, on n'y va pas», estime Billy Thibault, diplômé en activité physique, au sujet des risques à prendre en descente. «Pour un gros coup, les gens ne voient pas les 150 jours qu'on a passés à guider, à se préparer.» 

Et malgré ça, les dangers ne peuvent pas être entièrement écartés. Thibault est bien placé pour le savoir, alors qu'il se remémore le moment fort d'un récent voyage dans l'État de Washington, il y a quelques semaines à peine. 

En sautant Outlet Falls, près de Glenwood, il est «tombé à plat» après une chute vertigineuse d'un peu plus de 21 mètres. S'il s'en sort avec seulement un séjour chez le physio, Billy Thibault sait très bien que ça aurait pu être catastrophique. «C'est le genre d'affaire où tu te dis : "ouain, j'aurais pu ne plus remarcher"...»

Mais loin de chercher un rendez-vous avec la tragédie, les gars de Québec Connection veulent plutôt durer et inspirer. Tous la vingtaine, ils s'imaginent déjà «vieux», la cinquantaine (!!!) à continuer à pagayer et à s'impliquer au développement du sport qu'ils aiment tant. 

Pour François Leblanc-Nadeau, il se dessine un rôle de «mentors» pour lui et ses copains. Un virage naturel pour le groupe, qui ne rate pas une occasion d'accueillir et de conseiller certains pagayeurs croisés au hasard des courants.

Pour profiter de l'effet du groupe. Pour se dépasser en bonne compagnie. 

Car avant tout, c'est ça, Québec Connection.

Info : facebook.com/QuebecConnection

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