Le rêve d'une vie au fil de l'eau

L'épopée vers le nord a offert aux canoteurs... (fournie par les chemins de l'or bleu)

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L'épopée vers le nord a offert aux canoteurs des paysages uniques.

fournie par les chemins de l'or bleu

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(Québec) «Une convalescence. Ouain, j'aime bien le terme. C'est pas mal ça.» Martin Trahan vient tout juste de terminer avec succès ce qu'il qualifie sans hésiter «d'aventure d'une vie». Du coup, une page se tourne sur un vieux rêve, tandis qu'un grand vide se pointe soudain à l'horizon du trentenaire...

Trahan doit maintenant «guérir» de son expédition en canot à travers le Canada, baptisée Les chemins de l'or bleu. Une tâche colossale à réintégrer le métro-boulot-dodo, alors que son corps et son esprit sont toujours habités par les 7000 km - dont 117 portages, 13 ravitaillements - parcourus en 175 jours d'aventures entre Montréal et Inuvik.

Une imposante diagonale inspirée des Voyageurs, du Québec jusqu'aux Territoires du Nord-Ouest, au-delà du Cercle arctique. «Je regarde le trajet sur la carte et ça me donne le vertige», décrit Martin Trahan.

Le natif de Saint-Jean-sur-Richelieu se donne six mois pour revenir complètement de tant d'émotions. Une période pour reprendre ses repères dans un quotidien où tout va désormais trop vite. Un défi qu'on devine aussi difficile pour les sept autres canoteurs qui ont pris part à l'expédition, soit Valérie Jolicoeur, Julien Bilodeau, Annik Shamlian et Jérémie Bélair, de même que Pénélope Germain-Chartrand, Simon Nadeau et Frédéric Dufresne, qui se sont partagé des portions du trajet.

Au moment de notre rencontre dans un café de Québec, il y a une semaine, Martin Trahan portait encore fièrement sa longue barbe d'expédition. Un souvenir bien apparent qu'il a fait couper mardi chez le célèbre barbier des sportifs, Ménick. On comprend l'importance de marquer l'événement pour le sympathique canoteur.

Les poils auront disparu, mais la lueur vive qui scintille dans le regard de l'aventurier n'en sera que plus évidente. Un mélange de fierté et d'un fort sentiment d'accomplissement.

«C'est le plus beau six mois de ma vie!» n'hésite pas à lancer le travailleur social de profession. «C'était le rêve de ma vie. Je me sentais tellement vivant [durant le voyage]...»

L'aventurier pense notamment aux nombreuses rencontres que l'équipe a faites durant le voyage vers le Nord. Des moments forts où la gentillesse et la générosité des gens croisés impressionnent encore le Québécois.

Un exploit en canot rarement, sinon jamais réalisé dans la direction choisie par Les chemins de l'or bleu, le tout sans moyen motorisé. Un désir de faire les choses à leur façon. Sans plus. Car Trahan et sa bande n'étaient pas en chasse d'un exploit. Loin de là.

«Je voulais d'abord avoir du fun en plein air», explique celui qui voulait faire cette traversée depuis près de huit ans. «Et me rendre à Inuvik!» Deux objectifs qui ont guidé les trois canots de deux pagayeurs chacun, jour après jour. Jusqu'à 100 km de la destination, à Tsiigehtchic, où le gel d'un chenal du fleuve Mackenzie a mis fin abruptement à l'aventure. Mais aussi bien dire mission accomplie...

Pas facile de rentrer au bercail après un... (Collaboration spéciale Jean-Sébastien Massicott) - image 2.0

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Pas facile de rentrer au bercail après un tel périple. Martin Trahan se donne six mois pour revenir de tant d'émotions. 

Collaboration spéciale Jean-Sébastien Massicott

***

Pour une aussi longue épopée, Martin Trahan estime à environ 70 000 $ le budget total de l'expédition. Ce qui fait qu'au printemps dernier, à moins de trois semaines du départ, la bourse de 10 000 $ de la Société géographique royale du Canada est tombée à point.

Un bon coup de pouce financier, mais aussi et surtout une fabuleuse approbation de la part de la prestigieuse organisation. Surtout pour le projet d'un gars qui ne se considère pas un athlète, et qui avait passé une bonne partie des deux dernières années à préparer le périple, sacrifiant beaucoup au passage.

«J'étais sûrement le moins expérimenté en canot du groupe», observe aujourd'hui Trahan, quand il repense au départ du printemps dernier. Mais déterminé comme pas un, il était décidé à tirer profit de la précieuse expertise de ses coéquipiers pour rapidement s'améliorer et ne jamais être un obstacle à son propre rêve.

«Ç'a été plus dur que j'imaginais», raconte celui qui est revenu amaigri de 40 livres. Il pense notamment au dernier mois dans l'Arctique, où les températures étaient constamment sous le point de congélation, que la fatigue se faisait sentir et que l'équipement commençait à être essoufflé lui aussi. «Mais en même temps, on s'est assez bien adapté.»

***

Un bilan avec les autres membres de l'expédition est prévu prochainement. Des conférences sont en préparation. Leur fréquence dépendra si l'intérêt se poursuit auprès du public.

Sinon, la suite des choses est encore floue pour Martin Trahan. Tandis qu'il profite de toute l'attention suscitée par Les chemins de l'or bleu, il n'a pas encore pensé à ce qui l'attend maintenant que son plus grand rêve est atteint.

Sûrement repartir. Il s'est découvert une passion pour le Grand Nord et aimerait bien y retourner. Mais assurément moins longtemps. 

Chose certaine, avant tout, il veut renouer avec ses proches et ami(e)s qu'il a négligés durant cette longue période «bien égoïste». 

C'est le seul regret qu'évoque l'aventurier quand il regarde en arrière.

Info : Cheminsdelorbleu.com

Une équipe triée... sur Internet

Annik Shamlian, Jérémie Bélair, Martin Trahan, Frédéric Dufresne,... - image 5.0

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Annik Shamlian, Jérémie Bélair, Martin Trahan, Frédéric Dufresne, Valérie Jolicoeur et Julien Bilodeau ont touché terre à 700 kilomètres d'Inuvik, où ils ont été accueillis par deux habitants du coin.

Dans le récit des préparatifs qui ont mené à l'expédition de canot Les chemins de l'or bleu, un détail étonne. Contrairement à ce qu'on pourrait croire, l'équipe de canoteurs n'était pas un groupe de copains de longue date, mais plutôt un amalgame de passionnés qui ne se connaissaient pas tous.

Pour Martin Trahan, l'initiateur du voyage, ils étaient des inconnus rassemblés spécialement pour le long périple à travers le pays. Car rien n'aurait pu se mettre en travers de son rêve. Encore moins la difficulté de trouver des partenaires d'aventure prêts à mettre leur vie sur pause pendant 175 jours, sans compter les préparatifs.

Au départ de Montréal, à la fin d'avril dernier, Trahan connaissait donc encore bien peu ses cinq partenaires d'expédition. C'est qu'il les avait dénichés seulement quelques mois auparavant.

Certes, quand est venu le temps de former l'équipe des Chemins de l'or bleu, les intéressés ne manquaient pas. «Les gens me disaient : "c'est bien cool, j'ai toujours rêvé de faire ça". Mais quand venait le temps de partir six mois, ils changeaient d'idée», résume Martin Trahan.

Si bien que pour s'assurer de pouvoir enfin réaliser son voyage de rêve, l'aventurier a dû redoubler d'efforts pour trouver des coéquipiers. Clubs et écoles de canot, forums plein air sur le Web, établissements d'enseignement en tourisme d'aventure... Martin Trahan a fouillé partout pour réussir à trouver son équipe.

«J'étais pratiquement rendu à écrire à des filles sur Rencontre sportive pour leur dire que je ne voulais pas les cruiser, mais que j'avais un projet d'expédition...» rigole le trentenaire.

Finalement, «j'ai ciblé la fin de l'université», raconte Martin Trahan. Une période de transition où les départs sont plus faciles, alors que la carrière et les obligations familiales sont habituellement moins contraignantes.

La chance a finalement souri quand le mot a circulé auprès d'anciens moniteurs du camp Keno, dans Portneuf. De bons canoteurs, la jeune vingtaine. Le noyau des Chemins de l'or bleu était trouvé.

Au moment du départ, les membres du groupe étaient finalement âgés de 19 à 45 ans, en provenance d'un peu partout dans la province. Le rêve de Trahan pouvait dès lors se concrétiser.

Imaginez donc l'inquiétude quand, après environ 40 jours de voyage, l'une des partenaires de Trahan a dû quitter son canot à cause de maux de dos persistants. Finalement, deux substituts ont permis tour à tour de remplacer l'aventurière.

On connaît la suite. Devant le succès du projet malgré les défis d'une telle aventure humaine, Trahan ne peut que constater que du début à la fin, il était bien tombé.

Les sept canoteurs qui l'ont accompagné à un moment ou à un autre à bord des trois canots de l'expédition lui ont permis de donner vie à sa plus grande ambition.

«Des gens qui resteront gravés à jamais dans mon coeur», constate Martin Trahan.

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