Gaspésie: la pêche au bar rayé fait mouche

Il est fréquent depuis le 1er juillet de voir... (Collaboration spéciale Gilles Gagné)

Agrandir

Il est fréquent depuis le 1er juillet de voir des pêcheurs à gué tenter leur chance pour profiter de l'abondance du bar rayé le long de la côte sud de la Gaspésie, comme ici, à Carleton-sur-Mer.

Collaboration spéciale Gilles Gagné

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Gilles Gagné

Collaboration spéciale

Le Soleil

(Carleton) La pêche sportive au bar rayé connaît une croissance exponentielle du côté sud de la Gaspésie cette année. Des milliers de personnes ont déjà convergé vers la péninsule au cours des quatre dernières semaines pour taquiner ce vigoureux poisson, et il reste un autre mois de capture à venir.

Normand Roy, de Saint-Cézaire, près de Granby, est... (Collaboration spéciale Gilles Gagné) - image 1.0

Agrandir

Normand Roy, de Saint-Cézaire, près de Granby, est venu en Gaspésie spécialement pour pêcher le bar rayé. Il a été comblé d'épingler sa première prise.

Collaboration spéciale Gilles Gagné

La taille du bar rayé s'apparente à celle du saumon et son côté combatif attire les pêcheurs comme Normand Roy, de Saint-Cézaire, près de Granby, qui a roulé huit heures pour passer trois jours à Carleton afin de vivre une nouvelle expérience.

«Je suis venu pour le bar, et pour le maquereau, que j'ai pêché au quai samedi. J'avais essayé la pêche à la mouche pour la première fois à Gaspé l'an passé, et c'était pour le saumon. Ça m'a donné le goût d'essayer la pêche au bar. Ça tire quand il mord», racontait M. Roy samedi matin, quelques minutes après avoir pêché son premier bar.

Il l'a contemplé, il l'a pris en photo, il l'a mesuré, pour constater que le spécimen, à 52 centimètres, avait la taille pour être conservé. Il a pensé le garder, il a décroché l'hameçon, puis il l'a remis à l'eau.

«C'est trop de valeur. Il faut qu'il grossisse; va grandir!» a dit M. Roy. «Je suis un adepte de la remise à l'eau.»

À quelques mètres, Michèle Nick-ner et Daniel Sicotte, un couple de Granby, regardaient avec admiration le bar rayé de M. Roy. Simples espadrilles aux pieds, Mme Nick-ner venait de dire que ce poisson constituait «pour l'instant, un fantôme». Quelques minutes plus tard, Normand Roy reprenait un bar, alors que M. Sicotte remontait son premier poisson.

Ce qui augmente la popularité du bar rayé le long de la côte sud gaspésienne, c'est que la pêche est gratuite, sans permis, qu'elle peut être effectuée à pied, sur la terre ferme, avec de longues bottes ou en bateau, avec une simple canne à pêche, munie d'une mouche ou d'un leurre, à condition qu'il ne soit pas vivant. Les pêcheurs peuvent garder leurs prises jusqu'au 25 août, si elles se situent entre 50 et 65 centimètres. Les autres poissons doivent être remis à l'eau. Les gens peuvent aussi pêcher la nuit, ce qui n'est pas permis pour le saumon.

Antoine Rivard-Déziel, un journaliste gaspésien, a longtemps pêché toutes sortes d'espèces dans sa Mauricie natale.

«L'an passé, quand on a appris qu'on pouvait garder le bar, je me suis dit : pourquoi pas? Cette année, je me suis préparé, un peu avant juillet. J'y vais deux ou trois fois par semaine. Il y a vraiment un engouement. Avec des amis, on se texte et on se rejoint. C'est gratuit, accessible, tu es rendu en cinq minutes parce que ça se pêche n'importe où le long de la côte, et tu peux partager tes endroits préférés. Des amis que ne pêchent pas me disent : "On veut y aller avec toi." C'est la beauté de la chose», raconte-t-il.

Soirée faste

Mercredi soir, Antoine s'est rendu dans le secteur des plages Henderson et Burton, à New Richmond, et il s'est retrouvé au milieu d'un groupe d'une quinzaine d'adeptes qui ont vécu un beau moment, en faisant mordre des dizaines de bars en une heure, à la brunante.

«Ça mordait de façon incroyable. Nous avions nos lampes frontales et on les voyait sauter. J'en ai fait mordre cinq ou six, et j'en ai gardé un», dit-il.

Histoire de pêche? Le même soir, Alain Pitre, propriétaire du magasin Rhéal Pitre Sports et de la boutique d'équipement de pêche Propac, se trouvait dans le même secteur et il confirme l'intensité de la soirée.

«On était en bateau et ça mordait comme c'est pas possible. On voyait 15 personnes sur la plage avec des lampes frontales, qui étaient aussi excitées que nous autres», note M. Pitre.

Des histoires comme celles-là sont échangées depuis l'an passé sur les 400 kilomètres de côtes entre Pointe-à-la-Croix et Cap Gaspé. Elles ressemblent au prélude d'une tradition naissante.

Deux stocks bien distincts

Le bar rayé présent au Québec est divisé en deux stocks, celui de l'estuaire du Saint-Laurent, du fleuve au golfe, et celui de la côte sud de la Gaspésie, incluant la baie des Chaleurs. 

Dans ce deuxième cas, les bars retournent chaque automne dans la rivière Miramichi, au Nouveau-Brunswick. Cette rivière, selon une évaluation de 2014, compterait environ 138 000 reproducteurs. Ces poissons se répartissent, lorsqu'ils sortent de la rivière au printemps, du cap Gaspé jusqu'à l'île du Cap-Breton, en Nouvelle-Écosse. 

Le stock de l'estuaire du Saint-Laurent est bien plus bas, et même difficile à évaluer. «Il avait complètement disparu à la fin des années 60. La dernière capture sportive était survenue en 1968. Des captures sporadiques avaient été signalées par la suite par des pêcheurs commerciaux, mais il pouvait s'agir de poissons venant de la Miramichi», précise le biologiste Michel Legault, de la direction de la faune aquatique au ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs. 

Le bar a été réintroduit dans l'estuaire du Saint-Laurent en 2002, des poissons prélevés dans la Miramichi. La pêche est interdite sur le fleuve. «On ne connaît pas encore ses habitudes. Ça risque d'être évolutif. Il [le bar] ne connaît pas le milieu», note M. Legault. 

Des bars rayés remontent le Saguenay depuis quatre ans. L'espèce n'est pas une menace pour le saumon atlantique. «On n'a pas trouvé de saumon dans les contenus stomacaux de bars rayés jusqu'à maintenant, signale la biologiste Valérie Bujold, du même ministère. «C'est un poisson opportuniste, pas sélectif. Il y a abondance de lançons, de capelans et d'épinoches. De plus, les saumoneaux ont déjà quitté les rivières pour la mer quand les bars arrivent.»

La présence croissante de bars en Gaspésie vient de la croissance du stock de la Miramichi. «Il étend son aire parce qu'il doit se nourrir», dit-elle.

Des records à établir

Les captures de bar rayé n'ayant débuté qu'en 2014 en Gaspésie, les records de taille n'en sont qu'à leurs premiers pas. Adepte de la pêche sportive depuis des décennies, le monteur de mouches Jean-Guy Boudreau, de Carleton, a des oreilles un peu partout dans le milieu. «Les plus gros poissons sont pêchés en allant vers l'est, vers Gaspé. Dans la baie des Chaleurs, François Landry, de Carleton, aurait pêché un bar de 102 centimètres. Ça commence à faire un gros poisson, et il pesait sûrement plus de 20 livres.»

Un apport économique indéniable

Alain Pitre, de la boutique de pêche Propac, de New Richmond, arrive à peine à s'ajuster au rythme d'achat des pêcheurs de bar rayé. «C'est fou. On commande du stock, des leurres, pour deux semaines, et c'est tout vendu en trois, quatre jours, à coups de 15, 20 ou 25 douzaines. C'est 20 % pour le marché local, et le reste de l'extérieur [...] On a des téléphones tous les jours. "C'est chez vous, le bar rayé?" C'est du bel argent d'une nouvelle activité. Les Pourvoiries Falls Gully offrent la pêche au saumon et au bar rayé à leurs clients. Quand les pêcheurs sortent de la rivière, ils ont le choix d'aller pêcher le bar en soirée, même quand il fait noir», précise M. Pitre.

Apprêté en «ceviche», c'est «la totale»!

Des gens disent que le bar rayé ne goûte pas grand-chose. Ils n'ont pas parlé à Valmont Desrosiers, de Carleton. «Il faut le servir en "ceviche". C'est très, très bon. Tu lèves les filets, ce qui est facile parce que c'est un poisson sans arête, avec une chair solide. Je le tranche assez fin. Je mets un rang de poisson, un peu de citron vert, de l'huile d'olive, du sel, du poivre, quelques gouttes de Tabasco verde, un rang d'oignons, un peu de coriandre hachée. C'est une chair perméable au sel et il faut en mettre un peu plus. Puis, on remet un rang de poisson et on recommence. C'est la totale!»

Partager

publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

la boite:1608467:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer