Ère de glace à Rivière-du-Loup

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(Québec) Certains amoureux du plein air sont capables de déplacer des montagnes pour vivre leur passion de l'aventure. Ce ne pourrait être plus juste dans le cas de Martin Sénéchal, de Claude Duguay et de la petite bande du comité Grimpe en ville à Rivière-du-Loup. Chaque hiver, ils ne ménagent aucun effort et fabriquent leurs propres sommets à défier. Littéralement.

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Collaboration spéciale Jean-Sébastien Massicotte

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À la fin des années 90, Martin Sénéchal a commencé à jouer au plombier en plein air pour pouvoir grimper à pratiquement une longueur de corde du centre-ville de Rivière-du-Loup. Une idée farfelue remplie d'obstacles qui a tranquillement fait son chemin. Si bien qu'une ère de glace est aujourd'hui bien installée dans la municipalité.  

Natif de la région, Sénéchal voulait continuer à grimper durant l'hiver, après sa saison sur le rocher à Kamouraska. Alors, le temps froid venu, il s'est dit qu'il pouvait bien détourner un peu d'eau de la rivière du Loup, au sommet du barrage de la petite centrale électrique locale, pour la faire couler sur une des parois adjacentes. Une solution originale pour créer une voie de glace où il n'y en aurait jamais eu autrement.

Une pompe et des tuyaux ramassés ici et là ont fait l'affaire. Une histoire de passion qui a permis au grimpeur de s'amuser cet hiver-là et les suivants sur de petites cascades artificielles qu'il entretenait soigneusement. Un modeste terrain de jeu exclusif qu'il partageait avec des copains, mais surtout une tâche quotidienne à surveiller l'équipement pour s'assurer notamment que rien ne gèle.

Un petit manège que Martin a répété pendant quelques années, tandis qu'il améliorait sa technique en escalade de glace... et en fabrication de cascades. Une tâche éreintante qui a fini par essouffler le grimpeur, qui a laissé tomber l'idée au bout de quelques saisons. 

Mais le concept avait frappé l'imaginaire dans la municipalité. Question de créer un attrait de plus au parc des Chutes, un populaire espace nature voisin du barrage, la demande a été faite aux grimpeurs du coin de remettre de l'avant l'idée d'englacement artificiel des parois.

Avec l'appui de la Ville et des moyens plus importants, Martin et un petit groupe de grimpeurs se sont alors remis à la tâche en 2010. Fort de son expérience passée et désormais mieux soutenu, l'ingénieur civil aujourd'hui âgé de 35 ans savait quoi faire pour que le travail soit beaucoup plus efficace.

Un système d'englacement permanent a ainsi été installé au sommet des parois. Le tout enfui sous le sentier de la promenade du parc des Chutes, sur plusieurs centaines de mètres. Sept sorties doubles isolées et avec fils chauffants coulent doucement en continu, grâce à une pompe alimentée par le bassin du barrage.  

Des arrivées d'eau ajustables qu'une dizaine de bénévoles de Grimpe en ville déplacent au besoin pour créer et entretenir les voies qui font le délice de plus en plus de glaciéristes, de décembre à la fin mars. Une vingtaine d'itinéraires officiels sont ainsi créés chaque hiver depuis quatre ans, dont certains dépassent la cinquantaine de mètres.

***

À quelques pas du centre-ville de Rivière-du-Loup, rien ne laisse présager un tel bijou pour les grimpeurs. En suivant l'affichage pour le parc des Chutes, on débouche sur les cascades de glace en contrebas du barrage. Et c'est de toute beauté, que l'on grimpe ou non. 

Difficile de croire que sans l'intervention de Martin et cie, tout cet univers gelé n'existerait pas. L'imposant cirque glacé attire les curieux et est véritablement un attrait qui bonifie le parc. Les randonneurs viennent ainsi y admirer les sculptures que forme la glace, de même que les courageux qui veulent bien les dompter.

À peine arrivé sur place, j'ai tout de suite compris d'où venait l'enthousiasme de Claude Duguay quand il m'a appelé l'automne dernier pour m'inviter à venir faire un tour. Le ton d'un gars qui voulait partager un bon coup... L'histoire d'une mise en valeur récréotouristique particulièrement réussie. 

***

Depuis quatre ans, Grimpe en ville organise un festival annuel pour célébrer le plaisir de l'escalade de glace et pour faire connaître le site. Un nombre grandissant de grimpeurs en font désormais un rendez-vous obligé. 

Car piolets en mains et crampons aux pieds, c'est encore plus impressionnant. On se sent soudainement bien petit sur l'imposante muraille. On prend alors la mesure du défi vertical que relève le groupe de grimpeurs qui fabrique ces voies avec tant de soins.

Professeur à la technique d'intervention en loisir du Cégep de Rivière-du-Loup et aussi guide de montagne pour les Karavaniers, Claude Duguay n'hésite pas à qualifier «d'unique au monde» le site de Grimpe en ville. 

Certes, l'englacement artificiel existe ailleurs, mais c'est l'emplacement et la facilité d'accès qui ajoutent à l'unicité de l'endroit, précise l'homme de 62 ans. S'il a grimpé un peu partout sur la planète depuis plus de 40 ans, Duguay est toujours impressionné par ce que le petit groupe de grimpeurs arrive à créer à quelques pas cramponnés de chez lui. 

Accessibles gratuitement sept jours sur sept, les voies de glace sont éclairées jusqu'à tard en soirée. En cinq minutes seulement il est possible d'être en action. Vous avez faim? La pause du midi peut se faire dans un resto du coin! 

Donc inutile de parler de l'approche tant l'auto est stationnée à proximité. S'installer est particulièrement aisé, alors que toutes les voies sont accessibles par le haut et le bas, ce qui permet aux grimpeurs de tous les niveaux de s'y amuser.

Et malgré tout, une apaisante tranquillité. Pas étonnant que des amoureux de la grimpe choisissent de venir vivre dans le coin après avoir découvert le joyau aux teintes orangées du parc des Chutes. Martin et Claude connaissent d'ailleurs des médecins et d'autres professionnels qui ont trouvé là un avantage non négligeable à la vie en région...

***

Le site d'escalade de Grimpe en ville ne possède pas d'école de formation. Pour y grimper, il faut donc être entièrement autonome et être membre de la Fédération québécoise de la montagne et de l'escalade, qui assure le site. 

Mais s'il y a moyen de faciliter la vie à ceux qui veulent défier le vide, Martin, Claude et les autres responsables de Grimpe en ville se feront un immense plaisir de vous aiguiller. Avec un peu de chance, ils sauront vous trouver le parfait compagnon de cordée. 

Info : grimpeenville.org

Martin Sénéchal et Claude Duguay... (Collaboration spéciale, Jean-Sébastien Massicotte) - image 2.0

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Martin Sénéchal et Claude Duguay

Collaboration spéciale, Jean-Sébastien Massicotte

Le «père» des Karibu

Depuis toujours, la vie de Claude Duguay est une constante aventure. Le sportif de 62 ans est associé à de nombreux événements marquants de la petite histoire du plein air au Québec.

Il était notamment de la première expédition québécoise à réussir l'ascension du toit de l'Amérique du Nord, le mont McKinley (Alaska, 6194 m), en 1983. Plus récemment, un de ses anciens exploits est revenu à l'avant-plan dans l'actualité. En effet, il est à l'origine de l'idée de Jacob Racine de répéter l'an passé la traversée du Québec en ski, de Montréal à Kuujjuaq. Un périple réussi de plus de quatre mois au coeur de l'hiver en compagnie de Bruno-Pierre Couture, Sébastien Dugas et Marie-Andrée Fortin.

Le Projet Karibu se voulait un hommage à l'expédition Québec 80, réalisée à l'époque par Duguay et quatre compagnons; André Laperrière, Robert Piché, Robert Quintal et Louis Craig.

Racine avait découvert l'incroyable aventure de 133 jours durant une soirée d'un colloque de guides d'aventure. Après avoir écouté - et questionné - Duguay attentivement, Racine ne pouvait plus résister à l'appel du Nord. Le Projet Karibu venait de s'amorcer...

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