Le tour du monde en 80 détours

Le navigateur Sylvain Fortier vient de rentrer à... (Collaboration spéciale Jean-Sébastien Massicotte)

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Le navigateur Sylvain Fortier vient de rentrer à Québec à bord de la Loréline, un voilier de 30 pieds qui date de 1979 à bord duquel il a complété un tour du monde de 33000 milles nautiques.

Collaboration spéciale Jean-Sébastien Massicotte

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(Québec) On souhaite toujours que même les voyages les plus ambitieux se réalisent avec succès et sans anicroche. Mais des fois, plus que d'autres! Comme pour le Challenge vert autour du monde de Sylvain Fortier. Car cela voulait d'abord dire que le navigateur en solitaire allait revenir à la maison en un seul morceau...

Je dois avouer qu'après avoir écouté au printemps 2013 la description de ce qui attendait Fortier pour la deuxième partie de son voyage solo autour du monde à la voile, je n'étais pas trop rassuré.

Rencontré à sa résidence familiale à Québec, la veille de son départ, Fortier s'apprêtait alors à aller rejoindre son bateau qu'il avait dû laisser au Brésil l'automne d'avant, après un fâcheux démâtage qui aurait pu avoir de tristes conséquences. 

Finalement rentré à bon port avec un tendon sectionné à un doigt durant l'avarie au large des côtes brésiliennes, Fortier avait dû se résoudre à revenir au Québec en avion sur l'ordre de son médecin. Une façon de sauver son doigt, mais aussi de trouver un moyen efficace de remettre en état la précieuse Loréline, un Sigma de 30 pieds de 1979.

Ce qui fait qu'au printemps 2013, sa main était soignée et il était fin prêt à reprendre son voyage. D'abord sa plus sérieuse traversée à vie de l'Atlantique, entre le Brésil et l'Afrique du Sud, à flirter avec les quarantièmes rugissants. 

Ensuite, l'océan Indien avant de traverser les mers de l'Asie du Sud-Est en route vers le Japon. Comme dessert, le Pacifique, la côte ouest américaine, un retour dans l'Atlantique par le canal de Panama, puis la remontée vers le Québec par la côte est. 

Il est revenu à la maison le 27 septembre dernier après un total d'environ 33000 milles nautiques de navigation. Fortier, aujourd'hui âgé de 39 ans, était parti de la Marina de la Chaudière, à Saint-Romuald, en juin 2012.

***

Il faut passer quelque temps avec Sylvain Fortier pour réaliser qu'il ne mérite le titre de solitaire qu'en mer. Et encore, durant les longues périodes où il était seul à bord entre les escales, il partageait ses aventures et restait en contact avec famille et amis par le biais des ondes de sa radio VHF.

À l'autre bout du monde, Sylvain Fortier envoyait des «cartes postales virtuelles» sur son blogue pendant qu'il tentait de déjouer les nombreux caprices d'Éole, essuyant tempête après tempête sur la route du retour. Et il «tripait»...

Des vagues de 8 à 10 mètres dans l'Atlantique Sud, mais aussi de très grosses conditions dans l'océan Indien. Fortier dit ne pas avoir eu peur, mais il avait accepté son sort totalement. Un jour que la Loréline était particulièrement brassée - jusqu'à être couchée entièrement sur le côté - en route vers l'Indonésie, il se souvient de cette réaction plutôt étonnante. «J'étais crampé! Je me disais : "Voyons, ça n'a pas d'allure!"» raconte Fortier en repensant à cette tempête qui aurait pu ne faire qu'une bouchée du petit voilier.  

***

Amarrée à une bouée à l'entrée de la Marina de la Chaudière, la Loréline semble apprécier ce repos bien mérité, à l'ombre des ponts. En approchant le petit voilier, ce qui frappe, c'est à quel point les éléments ont délavé la coque, d'un orange vif à l'origine. 

«Mon bateau est un petit tank!» image Fortier avec fierté. Reste qu'il était temps que l'homme et la machine bouclent la boucle. «J'arrive par la peau des dents, tout est usé jusqu'à la corde. L'équipage avait hâte de passer le fil d'arrivée!»

En montant à bord, il est difficile de croire tout le chemin parcouru par l'embarcation entièrement retapée et préparée par Sylvain Fortier et des copains. Car le périple était aussi un projet de vieux chums. Aucun professionnel de la voile, mais des passionnés qui avaient à coeur le succès de l'entreprise. 

Des amis comme Philippe et Thomas, pour qui Sylvain Fortier a la plus grande reconnaissance. «On a préparé un bateau, puis on a fait le tour du monde! On est rendus des pros», lance avec satisfaction le navigateur. Entre ses doigts, une photo usée du trio prise au départ de Québec. 

Dans cet espace exigu et où il dormait au mieux par coups de trois heures, le navigateur fait rapidement le tour du propriétaire et passe du cockpit à la cabine avec l'aisance d'un chat. Une demeure flottante où il a passé jusqu'à 63 jours sans toucher terre.

Un voilier qui est devenu bien davantage qu'une «maison» ou un simple moyen de transport pour explorer le monde. L'attachement de Fortier pour la Loréline est évident. «C'est intense. C'est elle qui m'a permis de faire tout ça», souligne l'aventurier en posant les mains sur la structure en bois de la cabine.

Ce que Sylvain Fortier croyait pouvoir réaliser en un an aura finalement pris plus du double à compléter. Un tour du monde rempli de surprises et de détours. Mais qu'importe pour le diplômé en sociologie, qui sait visiblement tirer le meilleur de chaque situation.

Pour son Challenge vert, le Québécois souhaitait profiter de son voyage pour planter des arbres sur cinq continents, à vélo. Une façon de faire sa part pour promouvoir la cause environnementale, tout en redonnant à sa façon aux communautés visitées.

Une mission réussie de l'Amérique à l'Asie, en passant par l'Europe, l'Afrique et l'Océanie. Un prétexte aussi pour tisser des liens avec les populations locales, dont il garde d'excellents souvenirs. Il a ainsi pu parler du sort de la planète et de notre rôle à jouer à chaque escale. 

Au Sénégal, il a ainsi serré la main du ministre de l'Environnement, tandis qu'en Afrique du Sud et au Japon, il a donné des conférences devant des écoliers. Coup de coeur de l'aventurier, cette rencontre avec un homme à Palau, en Micronésie, qui plantait des arbres depuis 30 ans!

Un contact unique avec le reste de la planète que le Québécois partagera maintenant en conférences. Puis il repartira. Il ne sait pas encore exactement quand, ni sur quel voilier, mais il reprendra la mer à coup sûr. 

Comme il l'a fait, à sa façon et en toute simplicité, porté par le vent. «On tire sur une corde, on ajuste un peu la barre... et on fait le tour du monde. C'est fou!»

Info : www.challengevertautourdumonde.com

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