Frustrations derrière le guidon

Quand il est question de se frotter à... (Photo collaboration spéciale Jean-Sébastien Massicotte)

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Quand il est question de se frotter à la circulation automobile, les cyclistes ne peuvent compter que sur leur vigilance une fois en selle, tout en souhaitant courtoisie et prudence de la part de ceux qui sont derrière le volant.

Photo collaboration spéciale Jean-Sébastien Massicotte

(Québec) Je suis rentré à la maison tendu, frustré. Si je n'avais pas eu plus de respect pour mon précieux Specialized, je crois bien que ma bécane aurait été se ranger toute seule au sous-sol. Sorti relaxer en vélo, il n'aura fallu que quelques instants et deux automobilistes imprudents et irrespectueux pour gâcher ma bonne humeur. Misère...

C'est toujours avec un peu d'appréhension que s'effectue le retour sur la route au printemps. Les sensations sont à retrouver, les réflexes à aiguiser. Bien conscient de la période de réadaptation en cours, je suis sorti bien calmement début avril pour amorcer le retour en selle. Grand tour de mon quartier à petite vitesse, juste pour le plaisir de rouler.

C'est en amorçant la route vers chez moi, en remontant l'avenue du Bourg-Royal, à Beauport, que les choses se sont gâtées. D'abord, il y a eu cette auto qui a klaxonné sans retenue... après m'avoir dépassé! Comme j'étais on ne peut plus en bordure du chemin, j'ai eu ce réflexe de croire que c'était une connaissance qui me saluait bien maladroitement. Mais comme la petite Suzuki blanche qui m'avait collé ne m'était pas familière et qu'elle ne ralentissait pas, il fallait se rendre à l'évidence : c'était la façon du conducteur de m'indiquer son plaisir de me revoir sur sa route.

Jusque-là, rien qui sortait de l'ordinaire au fond pour tous les cyclistes qui s'entraînent régulièrement. La jungle urbaine et ses aléas. Sauf que là où les choses sont devenues agaçantes, c'est lorsque, environ cinq minutes plus tard, le manège s'est répété.

Un autre coup de klaxon qui laissait croire cette fois qu'une maison Bonneville sur une remorque géante s'amenait à vitesse grand V derrière moi et qu'il fallait dégager! Pourtant, rien de tout cela sur la voie double de l'avenue. Seulement un conducteur au volant d'un Honda CR-V bronze qui lui aussi tenait à se faire entendre, tout en restant dans la voie de droite pour être sûr de me frôler inutilement.

Un comportement délinquant qui va à l'encontre des responsabilités de la conduite automobile et des règles de base de la sécurité routière. Devant mes gestes d'impatience à son endroit, l'imprudent s'est même empressé de me signaler à travers la lunette arrière de son VUS la présence de la piste cyclable en contrebas.

Peu menaçant sur deux roues et en lycra, je souhaitais ardemment que la lumière tourne au rouge à l'intersection suivante. Loin de chercher la bagarre, je voulais simplement inviter l'automobiliste à aller enliser son 4 X 4 urbain sur le parcours ensablé qu'il m'indiquait, piste qui n'avait pas encore été nettoyée par la Ville...

Il serait facile de croire à une malchance d'être tombé coup sur coup sur ces deux «as» du volant. Possible. Mais malheureusement, ces rencontres au fil des saisons semblent un peu trop communes. À tout le moins à Québec, où le partage de la route apparaît la plupart du temps comme un concept à améliorer!

Je me rappelle un point de presse de la championne de vélo de montagne Marie-Hélène Prémont, à l'été 2010. En marge des entrevues qu'elle donnait ce jour-là, elle avait tenu à souligner l'intolérance grandissante qu'elle observait chez certains automobilistes sur les routes de la région. Depuis cette sortie publique, bien que je roule infiniment moins que la vice-championne olympique de 2004 en cross-country, j'ai souvent eu l'occasion de constater ce qu'elle dénonçait.

En vélo ou en course à pied, malgré la prudence, il est fréquent de devoir tomber en «mode défensif» pour éviter le pire. Même dans des rues supposément tranquilles, où je sors avec mes filles dans leur poussette de jogging, il est habituel de devoir signaler les conducteurs distraits, pressés ou tout simplement négligents pour qu'ils conservent une distance sécuritaire ou qu'ils ralentissent en nous croisant. Sommes-nous rendus à ce point insouciants au volant pour risquer le pire dans une confrontation si inégale?

Histoire de m'éclairer un peu, je me suis tourné vers la communauté cycliste qu'est le groupe Indépendant CC sur Facebook, qui rassemble plus de 400 membres principalement de la grande région de Québec. Une évidence : le sujet touche une corde sensible.

Vraiment, la sécurité - ou l'insécurité! - sur la route est une préoccupation pour les cyclistes. Si certains sont prêts à jeter la pierre aux conducteurs du dimanche, d'autres ont une opinion plus nuancée et rappellent qu'il y a aussi des cyclistes imprudents qui se comportent de manière à s'attirer les foudres des automobilistes. Bref, dans les deux cas, on comprend que c'est souvent une minorité qui donne la mauvaise réputation au reste du groupe.

Mais il y a des anecdotes qui sont tout de même préoccupantes et impardonnables : cigarette jetée au visage par la passagère d'un véhicule, tentatives de collision et attaques verbales... De tristes péripéties qui s'accumulent d'après le récit d'un cycliste influent au sein d'Indépendant CC, et qui a déjà plus de 1000 km au compteur ce printemps.

«Amenez-moi une bonne pub [de la SAAQ] avec un cycliste le crâne ouvert et un gars qui se fait passer les menottes devant son pick-up, doublé de surveillance policière ailleurs que sur les autoroutes, et on va commencer à jaser», suggère sans détour celui qui aimerait bien qu'on vienne à bout de cette «minorité d'automobilistes qui sème la terreur sur les routes».

J'ai un collègue qui a abdiqué il y a quelques étés. Tanné de remettre sa vie entre les mains de conducteurs imprudents, il a décidé de rouler principalement... à l'intérieur. Pour ceux qui ne sont pas prêts à faire un choix aussi draconien, le pilotage défensif semble la seule réelle solution.

L'anticipation des situations problématiques doit ainsi devenir une tâche de tous les instants. Autant pour éviter les pièges de la route que les dangers en provenance des autres utilisateurs, quels qu'ils soient.

Et si la prudence et le fait d'avoir des yeux tout le tour de la tête n'empêchent pas les mauvaises rencontres en vélo, reste à se montrer plus qu'exemplaire et courtois. Pas toujours facile à faire, j'en conviens... Mais pour espérer un peu plus de respect sur la route, c'est sans doute l'une des meilleures approches. Et un atout de plus pour notre sécurité.

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