La vie comme un film d'aventure

Duo derrière la caméra comme dans la vie,... (Jean-Sébastien Massicotte, collaboration spéciale)

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Duo derrière la caméra comme dans la vie, Mélanie Carrier et Olivier Higgins se sont taillé une réputation enviable dans l'univers des cinéastes d'aventure.

Jean-Sébastien Massicotte, collaboration spéciale

(Québec) Au moment d'enfourcher leur vélo en 2005 pour un long périple de 8000 km entre la Mongolie et la plaine du Gange, en Inde, Mélanie Carrier et Olivier Higgins étaient loin de se douter que cette périlleuse route les mènerait non seulement à travers l'Himalaya, mais également vers une nouvelle carrière, portée par l'aventure.

Le rendez-vous était donné à la résidence du couple dans une petite rue tranquille de Charlesbourg. À la porte, Mélanie m'accueille avec une poignée de main franche et le même sourire généreux que celui que je m'étais imaginé. Car avant même d'aller à la rencontre des deux aventuriers, j'avais cette réelle sensation qu'une fois en leur compagnie, ce serait comme retrouver de vieux chums.

Il faut dire que dans les jours précédant l'entretien, j'avais vu Mélanie et Olivier à fleur de peau, dans des moments uniques, à traverser courageusement des difficultés que peu ont eu à affronter. Je les avais aussi observés vivre de grandes joies dans des instants d'une rare intensité.

Bien assis dans mon salon, la télécommande de mon lecteur DVD à la main, j'étais entraîné avec fascination dans le périple à vélo du couple. À l'écran, le film Asiemut, réalisé au retour. Le récit d'une aventure d'exception, mais aussi l'histoire de deux jeunes explorateurs partis à la rencontre des autres... et d'eux-mêmes.

Malgré les années qui ont passé depuis l'expédition, Mélanie et Olivier ne semblent pas avoir changé. Dans la vie comme à l'écran, ils sont les mêmes. Dans le bungalow qu'ils habitent entre deux voyages, deux projets, l'énergie pétillante de «Mel» se jumelle toujours aussi bien au calme réfléchi et à l'humour pince-sans-rire d'«Oli». On comprend vite que ce n'est pas pour rien que les jeunes trentenaires sont ensemble depuis 12 ans.

Accrochés au mur et sur les meubles de la maison, des souvenirs de voyages. Ici et là, des récompenses qui soulignent le fabuleux destin d'Asiemut. Un documentaire qui a été présenté dans une cinquantaine de pays et qui a remporté 35 prix dans divers festivals de films d'aventure. Français, Suisses, Italiens, Écossais, Péruviens, Allemands, Néo-Zélandais... sans oublier Canadiens et Américains ont notamment craqué pour le film de 57 minutes.

Humble, le duo n'évoque même pas sa victoire de 2008 au Cervino Cine Mountain Film Festival, en Italie. Il y avait pourtant remporté le Grand Prix toutes catégories, l'équivalent ni plus ni moins d'un Oscar dans le milieu des films d'aventure.

Mais pour le couple, le simple fait de savoir qu'il touche les spectateurs est encore à ce jour la plus belle des récompenses. Se faire dire que «le film a changé ma vie» par de purs inconnus demeure une grande satisfaction, estime Olivier, marqué par ces gens qui ont décidé de changer d'emploi ou encore de partir en voyage à leur tour, après avoir vu le film.

Une reconnaissance inespérée qui a véritablement lancé les biologistes de formation dans leur carrière de cinéastes et de conférenciers. Mélanie est même devenue auteure avec la rédaction de Cadence, un bouquin qui relate l'impressionnante chevauchée en Asie. Pas mal pour des jeunes gens qui avaient la bougeotte et qui hésitaient à se contraindre dans un emploi traditionnel après leur baccalauréat obtenu à l'Université Laval en 2003.

Au moment de ma visite il y a quelques semaines, leur deuxième documentaire, Rencontre, venait à peine d'être lancé. La suite d'un projet de l'été 2008, où le couple avait suivi un groupe d'une douzaine de jeunes Innus, Hurons-Wendat et Saguenéens de 15 à 20 ans, sur le sentier des Jésuites, une piste millénaire qui relie le lac Saint-Jean à Québec.

Vingt et un jours et plus de 300 kilomètres de canot, de vélo et de randonnée, pendant lesquels les jeunes se découvrent et s'acceptent. Encore une fois, un film «pour faire réfléchir», souligne Mélanie. Le mélange des cultures où l'aventure facilite l'échange et les contacts.

Le documentaire a déjà été récompensé à l'étranger. Une semaine après notre entretien, Mélanie et Olivier revenaient de la Louisiane où ils ont présenté Rencontre au Festival Cinema on the Bayou de Lafayette. La sensibilité et la thématique humaine du travail des Québécois avaient encore touché la cible.

De plus en plus conscients de la force du message qu'ils peuvent transmettre à l'aide de leurs aventures, Mélanie et Olivier sont déjà tournés vers Québékoisie, leur prochain projet. Le temps d'une virée - déjà amorcée l'été passé - de 1300 kilomètres à vélo sur la Côte-Nord, le couple part à la rencontre des communautés autochtones.

Amorcé dans Asiemut, le questionnement sur les cultures et les traditions se poursuit. «Mais on ne fait pas un film sur les autochtones», insiste cependant Mélanie. C'est plutôt la relation avec eux qu'ils veulent mettre en valeur. Comprendre cette distance qui s'est malheureusement installée.

Naturellement, le vélo s'est imposé de nouveau comme moyen de locomotion. Un rythme idéal pour pouvoir tisser des liens durant cette nouvelle «quête identitaire». Une aventure que les deux cinéastes partageront à l'écran au début de 2013.

Genèse d'une passion

La dernière fois que j'ai croisé Mélanie Carrier, elle revenait d'une longue balade en ski hors piste avec son copain Olivier. Partis de leur résidence, ils s'étaient aventurés vers Beauport par des boisés sans doute peu empruntés d'ordinaire par les fondeurs. Encore une fois, le prétexte était trop beau pour explorer. Même à proximité de la maison! «Il faudrait que tu viennes voir ça, la vue sur Québec est vraiment belle!» s'enthousiasmait Mélanie.

En main, elle avait un vieux DVD sur lequel était gravée une version de Doudoune, le premier film du duo. Le récit d'un voyage d'escalade de plus de six mois dans l'Ouest américain et au Mexique effectué avec Olivier et trois amis. «Doudoune», c'était le surnom du vieil autobus qu'ils avaient adapté pour le périple, personnage central du film. De là est née cette passion de faire voyager les autres grâce à leur caméra.

C'est d'ailleurs durant cette période sur la route qu'a germé l'idée «d'une aventure physique, longue et où il y aurait de la diversité culturelle et géographique», souligne Olivier Higgins. En 2005, après huit mois de préparation et sans réel commanditaire, l'expédition Asiemut se mettait en branle. «En partant, on voulait faire un film...» se souvient Mélanie. Le reste est maintenant connu, alors qu'autant sur le vélo que derrière l'objectif, ils ont réussi à tenir leur pari. Plus encore, ils ont su se fabriquer une carrière à leur mesure, eux qui ont lancé en 2010 leur propre maison de production, Mö Films.

Participez à l'aventure

Parce que les joies du plein air sont toujours plus agréables en bonne compagnie, n'hésitez pas à nous contacter pour partager votre passion de l'aventure. Si vous préparez une expédition d'envergure, êtes adepte d'une activité qui mérite qu'on s'y attarde, connaissez une destination qui sort de l'ordinaire ou encore recherchez trucs et conseils, n'hésitez pas à nous faire signe à jsmassicotte@lesoleil.com

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