Mettre sa poubelle au régime

Amélie Côté aspire à un mode de vie zéro... (Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve)

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Amélie Côté aspire à un mode de vie zéro déchet depuis quelques mois. Son but: réduire son empreinte environnementale en réduisant sa consommation d'emballages.

Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve

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<p>Laurie Richard</p>
Laurie Richard

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Le Soleil

(Québec) Les adeptes du mode de vie «zéro déchet» aspirent à produire le moins de détritus possible. Cela comprend la nourriture, bien sûr, mais aussi ce qui la protège. Ils font la guerre au suremballage. Fini les films de plastique, cartons inutiles et multiples pots de plastique. Les convertis font leurs emplettes en vrac avec leurs sacs et bocaux réutilisables, afin de faire maigrir leur poubelle au maximum.

La tendance écolo, dont la porte-étendard Béa Johnson ne produit qu'un pot Mason de déchets par année, a atteint le Québec. L'auteure du bouquin Zéro déchet vise les détritus en tous genres, des emballages aux produits d'hygiène, mais force est de constater que l'alimentation est souvent ce qui produit le plus de déchets dans une maison.

Selon Recyc-Québec, 44 % des matières résiduelles produites par un Québécois par année sont organiques, ce qui représente la plus grande part, et de loin, de ses rejets. Composter ses résidus alimentaires est donc une première manière d'épargner sa poubelle. Viennent ensuite le papier et le carton (deux matières recyclables) qui représentent un cinquième des déchets annuels. Les «zéro déchetistes» essaient de les éviter, comme les autres plastiques et métaux.

Amélie Côté, résidente du quartier Saint-Jean-Baptiste, aspire à un mode de vie zéro déchet depuis quelques mois. C'est son expérience «Juillet sans plastique», un défi réalisé en 2015 et documenté sur son blogue (bricabacs.com) qui lui a donné la motivation dont elle avait besoin. Végétarienne, elle fait ses achats en vrac et s'adonne au compostage. Avant de se lancer dans ce défi, Amélie estime que la moitié de sa poubelle était remplie de produits issus du secteur alimentaire.

Le but n'est pas d'acheter des contenants recyclables et de remplir le bac bleu, non plus. Il s'agit de «réduire son empreinte environnementale en réduisant sa consommation d'emballages», dit Amélie. Elle fait aussi attention aux types de contenants, comme les emballages multicouches, «plus difficiles à recycler». Amélie et sa coloc produisent environ un petit sac d'épicerie de déchets non recyclables par mois. Le principal rebut de la maisonnée est sans contredit la litière du chat, dit-elle. Elle se considère très loin du «zéro déchet», qui est un idéal à atteindre.

Marie-Pier Denis administre le groupe Facebook Zéro déchet Ville de Québec (goo.gl/aIpJuZ) depuis l'été dernier. Une communauté grandissante d'adeptes y partage trucs et astuces. La nouvelle résidente du quartier Saint-Jean-Baptiste a commencé à réduire sa production de déchets il y a quelques années, avec son conjoint. La famille, qui comprend un bébé de neuf mois et un chat, produit entre 1 et 3 sacs d'épicerie de rejets par mois.

La famille de Cindy Trottier, de Salaberry-de-Valleyfield, végétarienne «à 95 %», produit un litre de déchets par mois. Elle pratique le «zéro déchet» depuis un an. La maman de deux enfants fait donc beaucoup de nourriture à la maison, avoue s'être privée de resto... et de chips. Elle a recommencé à acheter de la mayo en pot afin d'éviter le gaspillage et prévoit cette année se permettre l'achat de croustilles! Ces privations ont quand même eu un intéressant effet secondaire : Cindy a perdu 10 livres cette année. Elle indique également que l'alimentation de son clan s'est améliorée : les produits sans emballage sont souvent de meilleure qualité, plus frais, dit-elle.

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Amélie et sa coloc produisent environ un petit sac d'épicerie de déchets non recyclables par mois.

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Achats en vrac

Amélie réemploie des pots de beurre d'arachides et de mayonnaise pour faire ses achats en vrac, à l'épicerie Le Crac Aliments Sains sur la rue Saint-Jean. Elle réutilise aussi le même sac de café et un sac à pain depuis belle lurette. Les commerçants sont souvent enclins à adhérer à ses demandes : il faut seulement oser, dit-elle, ce qui est souvent le plus difficile. «Des fois, ça crée des surprises», mais elle n'a jamais été confrontée au refus. Marie-Pier a d'ailleurs créé un outil pour repérer les commerces qui acceptent couramment que l'on utilise ses propres contenants dans la ville de Québec (goo.gl/qnJMRR).

En ce qui concerne le lait, Amélie continue de l'acheter en carton de deux litres, le plus gros format qu'elle peut consommer sans en perdre. Elle a tenté d'en trouver en bouteille consignée à Québec, sans succès. La jeune femme recyclera le contenant.

Depuis qu'elle a adopté ce mode de vie, Amélie a aussi arrêté d'acheter quelques aliments qu'elle prépare maintenant elle-même : barres tendres, sauce tomate, hummus, pesto... Elle a congelé des petits fruits en saison pour en déguster cet hiver. Pas de place pour le prêt-à-manger et le fast food dans le zéro déchet.

Après un an, Cindy fait le bilan : «Certaines choses valent la peine, d'autres non.» Elle s'est rendu compte que le chocolat qu'elle achetait n'était «pas équitable pantoute»! Elle préférera dorénavant en acheter du plus «responsable» avec un emballage recyclable. En 2016, elle pensera au-delà de l'emballage du produit.

Des chips rapportées d'un restaurant mexicain où Cindy... (Cindy Trottier) - image 3.0

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Des chips rapportées d'un restaurant mexicain où Cindy Trottier a mangé: elle a déposé le surplus dans un sac en tissu.

Cindy Trottier

Comment débuter?

«Le pain et le café, c'est le plus facile pour commencer, avance Marie-Pier. Je n'ai jamais vu une boulangerie qui n'a pas accepté de mettre un pain dans un sac ou une taie d'oreiller!» Le fromage, c'est un peu plus compliqué, croit-elle. Les fromageries offrent souvent des produits haut de gamme à la coupe, qui peuvent s'avérer beaucoup plus chers qu'un simple mozzarella.

Cindy suggère à ceux qui veulent faire le saut de ne pas se priver de choses essentielles, comme le lait. «On peut réduire 90 % de sa poubelle juste en faisant attention aux emballages et aux bébelles qui entrent dans la maison.»

Ceux qui souhaitent tenter l'expérience devraient y aller «étape par étape», question de ne pas se décourager. «Il est plus important de réduire un peu ses poubelles pour toujours que beaucoup pour deux, trois mois», plaide Marie-Pier.

Amélie suggère de traîner avec soi un «kit zéro déchet» : gourde d'eau, tasse à café, ustensiles contenant hermétique en cas de reste au restaurant... Question de n'être jamais pris au dépourvu. Bien planifier ses emplettes afin de ne pas transporter trop de contenants, surtout à pied!

Plus cher?

Le budget en prend-il un coup quand on passe au «zéro déchet»? Cela dépend de ses habitudes de consommation. Si on achète beaucoup de mets préparés, souvent suremballés, passer au vrac ne sera pas plus coûteux, voire moins cher, défend la «zéro déchetiste» Marie-Pier Denis. Toutefois, quelqu'un qui n'achetait à la base que des ingrédients pour cuisiner verra peut-être sa facture d'épicerie augmenter. Du havarti tranché emballé coûtera la même chose qu'un morceau à la coupe, illustre de son côté la blogueuse Cindy Trottier. Mais acheter un morceau de cheddar vieilli à la fromagerie au lieu d'une brique du commerce reviendra plus cher.

En région aussi

Pas besoin d'habiter en milieu urbain pour pouvoir pratiquer le «zéro déchet». Cindy Trottier et sa famille, qui résident à Salaberry-de-Valleyfield, ont commencé leur transition «pas beaucoup de déchets» il y a un an. Elle en parle sur son blogue Tendance Radis (www.tendanceradis.com). La blogueuse, originaire de La Tuque, indique qu'il est possible de réduire ses emballages à la source en région, en faisant ses emplettes dans les marchés de proximité. Le boucher et la boulangerie du coin ont accepté volontiers de mettre les aliments dans ses contenants. Elle n'a toutefois pas eu de succès dans les bannières, moins flexibles à ce sujet. Cindy propose à ceux qui n'ont pas accès à des aliments en vrac d'acheter en gros, et de partager la quantité, si elle est trop volumineuse. «De toute façon, c'est ce que font les commerçants!» On peut aussi approcher des coopératives locales, suggère-t-elle.

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Les emplettes «zéro déchet» à l'épreuve

Afin de voir si une épicerie omnivore sans emballage est possible, sans trop d'efforts supplémentaires, j'ai rassemblé sacs réutilisables et contenants en verre déjà présents à la maison. Cela n'a demandé que quelques minutes de plus. Je me suis rendue dans le quartier où je fais mes courses habituellement : Vanier. Parcourir une plus grande distance en auto annulerait, je crois, l'effort écolo supplémentaire déployé!

Premier arrêt : L'Ère du Vrac, aux Halles Fleur de Lys. Nos propres contenants, des pots Mason de différents formats, pour l'expérience, sont acceptés. L'employé présent a mentionné que depuis les Fêtes, de plus en plus de clients se présentent avec leurs récipients. Ce dernier a inscrit le poids de chaque contenant sous celui-ci avant que je les emplisse d'orge mondé, d'olives Kalamata, de pâtes, d'avoine et de noix de cajou. On trouve de tout en boutique, de différentes farines à une grande variété de bonbons, en passant par herbes et épices. Seul accroc à la démarche : j'ai fracassé mon contenant d'avoine sur le carrelage du magasin une fois payé... Je ne me promène pas tous les jours avec une cargaison de pots Mason sur l'épaule!

Je me suis ensuite dirigée en face au Charcutier du marché pour y acheter de la viande. L'employé présent a accepté de déposer mes saucisses merguez dans mon plat en verre avec grand enthousiasme! Moi qui étais gênée de demander...

J'ai ensuite fait un saut à la Fruiterie 440, un arrêt habituel, pour me procurer la partie végétale de notre diète familiale. Pas de grand changement à ma routine ici : j'ai seulement omis d'utiliser les minces sacs de plastique mis à la disposition des clients pour y déposer pommes, kiwis, poires, laitue... J'ai employé des sacs en tissu, en filet ou en plastique glanés à la maison. Je n'emballe habituellement que les aliments plus fragiles. Poivrons, oignons, pamplemousses et bananes vont directement dans le panier. J'ai fait une croix cette fois-ci sur les bébés épinards puisqu'ils n'y sont pas offerts en vrac. Pas besoin de champignons ou de carottes cette semaine, mais il y en avait sans emballage à côté des versions sous film plastique. Un peu plus chers, par contre!

Pour le pain, je passerai chercher une miche à la boulangerie (déposée directement dans mon sac en tissu) proche du boulot quand notre réserve tirera à sa fin. Les «zéro déchetistes» assurent n'avoir jamais rencontré de résistance de ce côté. J'achète déjà mon café en gros, dans un énorme sac en plastique recyclable; j'imagine que le café qui est déposé dans les distributeurs en magasin est arrivé dans le même type de contenant!

Je bloque toutefois en ce qui concerne les produits laitiers. On consomme du lait, du yaourt et du fromage en bonne quantité à la maison. Il n'y a pas d'options consignées pour les deux premiers à Québec : j'achèterai donc lait et yaourt dans des contenants recyclables au supermarché. Pour ce qui est du fromage, j'opte déjà pour les grosses quantités, ce qui réduit les rebuts. Acheter que des fromages fins à la coupe reviendrait beaucoup trop cher à mon goût.

Verdict : je crois que réduire considérablement la quantité de déchets produits par notre alimentation est facile et demande peu d'efforts supplémentaires, mais ne produire aucun rebut (recyclables ou non), tout dépendant de son régime, est presque impossible. J'estime toutefois que ces quelques «déchets» inévitables peuvent, au mieux, être réutilisés ou recyclés. Sauf tous ces petits autocollants apposés sur les fruits!

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