Le Muscadet rivalise désormais avec les grands vins

Il y un «engouement» depuis quelques années» pour... (AFP, Jean-François Monier)

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Il y un «engouement» depuis quelques années» pour le Muscadet.

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Agence France-Presse
Georges, France

GEORGES - Trois crus communaux reconnus, quatre en passe de l'être: depuis 15 ans, les vignerons du Muscadet (ouest de la France), désireux de rompre avec l'image du «petit blanc» nantais, façonnent des vins haut de gamme qui rivalisent désormais avec les plus grands.

À l'origine de ce long travail de hiérarchisation au sein du plus vaste vignoble mono-cépage blanc de France, la «conviction» de cinq vignerons de Gorges de détenir dans leurs caves «des vins d'excellente qualité, sur des vignobles tardifs», mais échappant à toute distinction, retrace l'un de ces pionniers, Thierry Martin, à la tête avec son frère jumeau du domaine Martin-Luneau.

«Chez tous les vignerons, il y avait des cuvées spéciales des meilleurs terroirs qui étaient des vins de garde. On parlait de muscadets de garde même à la fin du XIXe, mais c'est resté un usage local. Il y a eu une prise en main des vignerons pour faire comprendre la complexité et la diversité des muscadets», renchérit Romain Mayet, ingénieur en charge des crus communaux à la Fédération des vins de Nantes.

Car si le cépage du Muscadet - le «melon de Bourgogne», du nom de sa région d'origine où il est très peu utilisé - est unique, les vignes sont situées sur «une mosaïque de terroirs» dont chaque sous-sol, granit, gabbro, schiste ou gneiss, donne aux vins «des qualités et des expressions différentes», explique-t-il.

Pour faire reconnaître leurs crus communaux (vins de qualité supérieure) et les différencier des quatre autres AOC du Muscadet, les vignerons engagés depuis 2001 dans cette démarche auprès de l'Institut français de l'origine et de la qualité (INAO) ont défini ensemble un cahier des charges plus strict que les AOC classiques: vignes plus anciennes, parcelles plus petites, temps plus long passé en cuve avant l'embouteillage...

Ainsi, les rendements sont limités à 45 hectolitres par hectare (contre 55 hl pour un Muscadet Sèvre-et-Maine et 65 hl pour le Muscadet générique) et l'élevage sur lies fines - c'est-à-dire le temps passé en cuve - doit durer au moins 18 à 24 mois, détaille Thierry Martin.

Il aura fallu dix ans pour que, en 2011, les trois premiers crus communaux du Muscadet (Gorges, Clisson, Le Pallet) soient officiellement reconnus par l'INAO.

«Engouement» à l'étranger 

Vincent Perraud, exploitant à Clisson, dit avoir connu «des déboires au départ», car «dans la tête de beaucoup de gens, le Muscadet est un vin à boire rapidement». Le démarrage de ses affaires a été lent. Mais désormais, la machine tourne bien et le viticulteur confie devoir même «freiner les exportations, aux Etats-Unis notamment». «Car on n'a pas assez de bouteilles», dit-il.

«C'est plutôt agréable, vu le contexte...», s'empresse-t-il d'ajouter, jetant un oeil, des sécateurs à la main, au travail des vendangeurs en train de récolter manuellement les raisins d'un «'millésime qui va faire du bien», après de «petites récoltes» les années précédentes.

A quelques kilomètres de là, sur la commune de Tillières, Jean-Yves Bretaudeau aussi «sent bien un engouement depuis quelques années» pour ce «vin d'excellence» vendu trois à quatre fois plus cher qu'un muscadet classique. Mais il dit commencer «à trouver le temps un peu long»: le cru Mouzillon-Tillières sur lequel il travaille depuis près de 15 ans n'a toujours pas été reconnu officiellement par l'INAO.

Ce futur cru, ainsi que trois autres (Monnières-Sainte-Fiacre, Goulaine et Château-Thébaud) en cours d'instruction, devraient obtenir la précieuse distinction «début 2016», selon l'Interprofession des vins du Val de Loire. La procédure en est à un stade «moins avancé» pour deux autres (Vallet, La Haye-Fouassière).

Au total, ces six crus et les trois déjà reconnus concernent «une centaine de vignerons» et «5.000 hectolitres sur environ 400.000 hl commercialisés» dans le Muscadet, précise François Robin, son délégué régional.

«C'est une petite production qui restera toujours marginale mais qui permet de tirer l'ensemble de l'appellation vers le haut», se réjouit Thierry Martin. «Aujourd'hui, moi vigneron du Muscadet, je n'ai pas honte de mettre en avant nos crus par rapport à un Chablis ou un grand Bourgogne blanc», affirme-t-il.

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