Bouffe de rue à Québec: une scène culinaire en attente

La version mobile du Chic Shack située sur... (Le Soleil, Patrice Laroche)

Agrandir

La version mobile du Chic Shack située sur l'île d'Orléans

Le Soleil, Patrice Laroche

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
<p>Sophie Grenier-Héroux</p>
Sophie Grenier-Héroux

Collaboration spéciale

Le Soleil

(Québec) De Seattle à Houston, jusqu'à New York, de Vancouver à Paris, en passant par Montréal et Drummondville, c'est la folie pour la restauration de rue. Dans les librairies, les guides de voyage s'alignent sur les destinations de l'heure en matière de street food. Pendant ce temps, à Québec, le sujet est frileux, le projet-pilote absent. Mais qu'à cela ne tienne, les mordus de ce genre de cuisine font des pieds et des mains - parfois jusqu'au découragement - pour satisfaire une clientèle existante, voire insatiable. Le Soleil est allé à leur rencontre.

Christian Genest en 2012, alors qu'il faisait rouler... (Photothèque Le Soleil, Pascal Ratthé) - image 1.0

Agrandir

Christian Genest en 2012, alors qu'il faisait rouler le premier camion du genre à Québec

Photothèque Le Soleil, Pascal Ratthé

«Il y a tellement d'endroits où il serait beau d'avoir un camion de rue en ville...»

Christian Genest, propriétaire des restaurants Sushi Taxi, n'en démord pas : la bouffe de rue a un potentiel à Québec. Il le sait, il l'a expérimenté lui-même alors qu'il faisait rouler en 2012 le premier camion du genre à Québec. «J'avais vu venir la tendance aux États-Unis et au Canada anglais. Je voyais mon camion comme un projet significatif qui allait faire brasser un peu les choses. J'avais misé qu'en faisant parler de moi, en ayant la population derrière moi, une ouverture allait se créer.»

Pour répondre à la demande, sans enfreindre le règlement, M. Genest s'installait sur des terrains privés, des entreprises l'embauchaient pour venir offrir à dîner aux employés. Il s'est même stationné en face de son restaurant sur la route de l'Église pour voir la conjoncture. Mais au bout de deux ans, à coup d'avertissements et de contraventions par la Ville, Christian Genest a décidé de vendre son camion à un restaurateur de Calgary. «Là-bas, ça fonctionne très bien.»

Claude Lamarre a aussi rêvé de sa bouffe de rue. Avec son fils Hugo, qui a fait partie du projet-pilote à Montréal avec son camion Les brigands, il a «donné beaucoup d'amour» à l'ancien camion de l'émission L'épicerie, renommé L'épicurien mobile. Pour l'amour du public et de la restauration, on y sert un grilled cheese sucré-salé fait avec des gaufres, une poutine avec des chips plutôt que des frites et un sandwich au canard confit. Père et fils Lamarre s'amusent bien, mais faire uniquement des événements privés à titre de traiteur n'est pas suffisant. Ils rêvent à quelque chose de plus gros. Ils rêvent de s'installer sur la promenade Samuel-De Champlain. Mais après plusieurs tentatives auprès de l'administration municipale, le projet est mort dans l'oeuf.

Mes roues, ton toit

Mathieu Huard, copropriétaire du camion de rue La Shop, ne voit pas les choses de la même manière. Selon lui, il n'y a pas assez de monde dans la capitale pour avoir une véritable scène de restauration de rue. «Québec, c'est pas assez gros pour ça. Même si on pouvait s'installer sur [le boulevard] Champlain, je sais pas si les gens arrêteraient.» Dès le départ, La Shop a misé sur l'événementiel. Joint par téléphone, Mathieu Huard se préparait d'ailleurs à partir au Lac-Saint-Joseph où il avait été engagé pour la journée.

«Ça faisait quatre ans que je regardais des émissions sur les food trucks à la télé», explique-t-il sur ses débuts en affaires. «Il y a un engouement, les gens comprennent pas pourquoi il y en a pas plus, mais... Je ne sais pas si c'est assez gros pour qu'on puisse vivre de ça. [Pour l'instant], ça reste un sideline.» Avec un été assez court et un climat hivernal qui n'incite personne, pas même les plus gourmands, à manger des burgers dehors, les trois associés de La Shop ont gardé leur emploi respectif pour le reste de l'année. «On aime la formule et on ne cherche pas à avoir le permis de la Ville. Tout notre été est déjà booké. On sait à l'avance combien on va faire d'argent, combien de gens on va servir. Comme on cuisine tout, sauf le pain et le fromage, on peut donc prévoir les quantités et avoir moins de perte», précise M. Huard. 

La courte saison d'affaires pour les food trucks devrait être un incitatif pour octroyer des permis, croit Claude Lamarre, qui en a beaucoup contre le lobby des restaurateurs et le «maire qui mène le show».

«[La restauration de rue] ça marche cinq mois par année, et ça marche quand y fait beau. Je ne ferais pas compétition avec un resto avec un toit ouvert à l'année! Je ferais compétition à qui avec mon menu à 5 ou 10 $? Au Savini? Ben voyons donc!»

Dans un dernier souffle de combattant, L'épicurien mobile s'était installé sur le parvis de l'église Saint-Coeur-de-Marie, sur Grande Allée, depuis quelques mois. Les affaires allaient bien jusqu'à ce que la Ville l'expulse. Une fois de trop.

Héloïse Leclerc a eu un plaisir fou à... (Photo Jay Kearney) - image 2.0

Agrandir

Héloïse Leclerc a eu un plaisir fou à faire découvrir la bouffe de rue aux jeunes et moins jeunes. 

Photo Jay Kearney

Ce refus de Québec d'accepter la cuisine de rue itinérante est une perte pour la capitale, se désole Héloïse Leclerc, «créatrice et communicatrice culinaire» à l'origine du blogue Foodista en mission et 180 degrés, qui partage ses trouvailles sur l'industrie et les tendances culinaires. Elle croit qu'il est possible de faire les choses autrement. «À Portland [Oregon], la bouffe de rue n'est pas mobile. Ils ont une stratégie complètement différente. Tu peux avoir ton camion, mais il est stationné dans un parking. Il y a environ 200 petits bouis-bouis du genre. Et comme les stationnements ont plusieurs espaces, ils sont regroupés en zones et chaque zone a une offre hallucinante! Pour 5 $, tu peux déguster des mets qui viennent de partout dans le monde!»

C'est d'ailleurs avec l'idée de faire découvrir les possibilités de la bouffe de rue et les saveurs internationales que Mme Leclerc a accepté un partenariat avec Limoilou en Vrac pour créer son propre comptoir - fixe évidemment! - lors d'événements populaires au parc de l'Anse-à-Cartier. Aidé du traiteur Charles Savard, elle a concocté un menu fait de plats «coups de coeur» goûtés dans d'autres pays. «Pour moi, c'était important de donner accès à ce genre d'idées culinaires-là qui sont sous-développées et sous-exploités à Québec. Ce serait bête que les gens de Québec ne puissent pas profiter de la cuisine de rue juste parce que les camions n'ont pas le droit de circuler.»

 «Ça crée des happenings»

«En Chine, la bouffe de rue, c'est vraiment de la bouffe de rue! Ce sont des petits commerçants avec leur chariot. [...] Comme ils sont nombreux, il faut qu'ils se démarquent, alors ils offrent des produits d'une grande fraîcheur et d'une grande qualité. Ça fait partie du mode de vie», raconte Héloïse Leclerc, visiblement encore emballée, qui a aussi assisté à l'émergence des camions de rue à Vancouver. 

Là-bas, plusieurs propriétaires sont des diplômés en cuisine qui veulent se faire un nom, des immigrants [qui veulent faire découvrir les mets de leur terre natale] ou des passionnés de cuisine qui ne veulent pas gérer un restaurant traditionnel avec toutes les contraintes que l'on peut imaginer. «C'est surtout des gens qui ont une idée culinaire et qui veulent la rendre accessible.»

«[Les camions de rue] ça crée des happenings. Les gens sont contents de vous voir. Pas besoin d'un grand sondage pour savoir ça! souligne, non sans un brin d'impatience, Christian Lamarre. Quand je vois, au Festival d'été, des stands de hot-dog, alors que tu pourrais avoir des food trucks avec des bons produits. C'est d'une tristesse...»

Tous s'entendent pour dire que la vitalité de Québec et son attrait pour les touristes seraient encore plus grands si la municipalité acceptait les camions de rue. «C'est un incontournable dans les grandes villes pour goûter les produits locaux», précise Christian Genest. Paris, qui était très réticente [à la restauration de rue], a accepté et maintenant ça explose!»

Le faux camion de bouffe du Cercle... (Le Soleil, Patrice Laroche) - image 3.0

Agrandir

Le faux camion de bouffe du Cercle

Le Soleil, Patrice Laroche

***

«Plus d'originalité et de funkyness»

La bouffe de rue, c'est aussi une occasion pour les restaurants de se renouveler, de sortir de leur zone de confort. C'est du moins ce que croit Philippe Blouin Labrecque, sous-chef au restaurant Le Cercle, qui a eu l'idée de créer un menu inspiré de la cuisine de rue et prête-à-emporter durant les heures de lunch. 

«On avait les midis off, mais j'avais tout de même la possibilité d'avoir un local et une équipe [en cuisine] capable de mettre en place ce genre de choses.» 

N'en fallait pas plus pour que cet amateur de plats de style street food crée un menu à son image. Pain vapeur farci au boeuf braisé et épices cajun, salade de légumes aux saveurs de kimchi et sandwich à la crème glacée selon l'inspiration ou les fruits du moment. Le tout sera servi dans la partie sympathiquement appelée «l'aquarium» pour détourner le règlement de la Ville, tout en étant en contact direct avec les passants de la rue Saint-Joseph. 

Impatient de faire goûter ses premiers plats, Philippe Blouin Labrecque croit que les gens apprécient ce genre d'offre et de produits parce que ça ajoute «plus d'originalité et de funkyness» sur la scène culinaire de Québec.

Le Cercle, 228, rue Saint-Joseph Est. 3 $ par plat, rabais sur combo ou trio. Du lundi au vendredi midi.  

Le Paradis offre une bouffe de rue multiculturelle. ... (Le Soleil, Pascal Ratthé) - image 4.0

Agrandir

Le Paradis offre une bouffe de rue multiculturelle. 

Le Soleil, Pascal Ratthé

Étienne St-Gelais, Mathieu Huard et David Pouliot, copropriétaires... (Photo fournie par La Shop) - image 4.1

Agrandir

Étienne St-Gelais, Mathieu Huard et David Pouliot, copropriétaires de La Shop  

Photo fournie par La Shop

Carnet d'adresses

Pour manger de la bouffe de rue, qu'elle soit mobile ou non, voici quelques adresses à visiter.

>> Barbacoa 

Version mobile du restaurant de Lévis, le Barbacoa offre de l'authentique barbecue à l'américaine. Le camion de rue se rend sur le site de plusieurs festivals et même dans votre cour pour les grandes célébrations. Info: www.barbacoabbq.com

>> Le chic shack mobile

Le Chic Shack a aussi son junior stationné sous les arbres bucoliques du parc maritime de Saint-Laurent sur l'île d'Orléans. On y propose un menu simple et bien fait, à l'image du restaurant du Vieux-Québec, avec en prime des tacos! Info: www.facebook.com/LeChicShack.ca

>> La Crêperie du Pain Béni

Le restaurant Pain Béni s'est créé un petit frère, juste en face dans la cour de la cathédrale Holy Trinity. On y sert des crêpes farcies en version sucrée ou salée, pâte blanche ou de sarrasin, ainsi que des boissons rafraîchissantes. Info: www.painbeni.com/creperie-vieux-quebec

>> L'épicurien mobile

Service de traiteur mobile, L'épicurien mobile s'affaire à offrir des dégustations ou des repas dans différents événements. Les produits de Bel-Gaufre et Canards du Lac Brome sont, entre autres, en vedette. Info: www.lepicurienmobile.ca

>> Les Panache mobile

Le Panache est l'une des premières adresses à être descendue dans la rue, mais n'a rien de mobile... que le nom! Et on en compte désormais trois, si l'on tient compte du Café de la promenade situé au quai des Cageux. Idéal pour casser la croûte façon gourmet et relaxer dans un cadre enchanteur. Info: www.saint-antoine.com/fr/restauration/panache-mobile

>> Le Paradis

Situé au Spot, une aire publique créée par les étudiants de l'École d'architecture de l'Université Laval, Le Paradis offre sa bouffe de rue aux influences multiculturelles et inspirée par plusieurs produits locaux. Info: www.spotqc.com

>> La Shop

Les gars de La Shop se déplacent pour vos événements et visitent aussi quelques festivals à travers le Québec. Burgers, satay et hot-dog s'éclatent de mille façons. Info: www.facebook.com/lashopcdr

Partager

À lire aussi

publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

la boite:1608467:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer