Le monoxyde de carbone pourrait avoir tué les deux Murdochvillois

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Un employé du Centre d'interprétation du cuivre, à Murdochville, était descendu dans la galerie lundi soir pour superviser le pompage. Mardi matin, vers 8h30, un bénévole est descendu à son tour pour voir où en était le travail.

Collaboration spéciale Geneviève Gélinas

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Geneviève Gélinas

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Le Soleil

(Murdochville) Les deux hommes décédés mardi dans la galerie souterraine du Centre d'interprétation du cuivre, à Murdochville, semblent avoir subi une intoxication au monoxyde de carbone. Claude Chouinard, un employé de 50 ans et Roch Dunn, un bénévole de 60 ans, utilisaient une pompe fonctionnant à l'essence pour vider la galerie de son eau.

M. Chouinard était descendu dans la galerie lundi soir pour superviser le pompage toute la nuit. Mardi matin, vers 8h30, M. Dunn est descendu à son tour pour voir où en était le travail. Ne les voyant pas remonter, les employés du Centre ont alerté les services d'urgence vers 9h30.

Deux pompiers munis d'un appareil respiratoire sont descendus dans la galerie et ont découvert les corps. Leurs effectifs étant insuffisants, ils ont demandé du renfort aux pompiers de Mont-Louis, qui ont pu remonter les victimes à la surface. Un médecin a constaté le décès des deux hommes sur place.

Le directeur de la sécurité incendie de Murdochville, André Minville, rapporte que le taux de monoxyde de carbone (CO) mesuré en haut des marches de la galerie était encore de 50 parties par million (ppm) mardi en après-midi. «En bas des marches, on ne le sait pas. L'appareil virait fou», ajoute-t-il.

Le taux habituel de CO dans l'air est de 0,2 ppm. La réglementation du travail québécoise fixe à 200 ppm sa valeur limite pour une exposition de 15 minutes.

Claude Chouinard était pompier à temps partiel dans l'équipe de M. Minville. «On sait tous que du matériel à essence [comme la pompe], on ne descend pas ça dans un espace clos. On a fait une formation là-dessus [avec M. Chouinard]. On a fait les examens il y a un mois et demi. Je ne comprends pas que ces deux gars-là l'aient fait. On ne sait pas depuis quand la pompe était là.»

La Sûreté du Québec et la Commission des normes, de l'équité, de la santé et de la sécurité du travail enquêtent sur les décès.

La galerie Miller est la principale attraction du Centre d'interprétation, en plus d'une exposition sur le cuivre. Les visiteurs s'habillent en mineurs pour y descendre et y vivent l'expérience du noir total. La galerie était encore fermée au public cette année à cause de l'eau qui s'y trouvait.

Retards et dettes

Le Centre d'interprétation avait rouvert ses portes cette saison seulement le 18 juillet, un retard causé par des finances précaires, avec une dette accumulée de 185 000 $.

Des citoyens, des commerçants et la municipalité de Murdochville se sont investis pour redémarrer le Centre, rapporte la mairesse Délisca Roussy. Les deux hommes décédés, comme les autres partisans de l'attrait, avaient à coeur de rouvrir la galerie au public au plus vite.

Au moment d'écrire ces lignes, le Centre d'interprétation demeurait fermé et le moment de sa réouverture n'était pas décidé. Le bâtiment avait brûlé en 2012 mais avait été reconstruit pour 1,3 million $, à temps pour la saison 2013.

Murdochville a été fondée en 1953 pour exploiter un gisement de cuivre. La mine à ciel ouvert a fermé en 1999, et la fonderie en 2002. Depuis, les Murdochvillois diversifient leur économie, notamment grâce au tourisme, à des parcs éoliens et à un centre d'appels.

La communauté tricotée serrée de Murdochville regrettera «deux bons jacks» toujours prêts à rendre service, rapportent les habitants de cette municipalité de 660 âmes. 

Jean-Pierre Chouinard, frère de Claude, finissait son quart d'ambulancier mardi à 8h. C'est dans ses fonctions et ses habits de pompier volontaire qu'il s'est présenté au Centre d'interprétation du cuivre un peu plus tard. «Les gars m'ont dit : "Ne va pas là."» Il a dû aller annoncer le décès à sa mère, chez qui Claude vivait.

«Claude avait le coeur sur la main. Il aidait tout le monde. Il avait trois gros hobbies : les Lions, les pompiers et la chasse. Il voulait tellement que ça marche [le pompage de la galerie] pour que le Centre fonctionne», dit Jean-Pierre Chouinard.

Le père des Chouinard a été l'un des premiers mineurs à Murdochville. Sa photo, parmi un groupe de travailleurs, est d'ailleurs affichée à l'entrée de la galerie où son fils a trouvé la mort mardi.

Le directeur de la sécurité incendie de Murdochville, André Minville, décrit Claude Chouinard comme «le plus présent» de ses pompiers. Au cours des derniers mois, il avait repeint bénévolement l'intérieur de la caserne, rapporte-t-il.

Roch Dunn, un camionneur, était «un gars sympathique qui rendait service à tout le monde. Rien ne l'énervait. Il était aimé, c'était un gentleman», rapporte Line Cyr, maître de poste de Murdochville. La conjointe de M. Dunn était impliquée comme lui dans la relance du Centre d'interprétation du cuivre.

La mort des deux hommes a secoué ses concitoyens, dit Mme Cyr. «On est comme une grande famille. Je suis allée à l'école avec Roch. Et Claude, j'ai été voisine d'eux autres pendant 10 ans. Ça nous touche au plus profond de notre conscience, ça nous cogne de plein fouet.»

Murdochville a vécu sa part de drames. En 1987, une cinquantaine de mineurs sont restés coincés sous terre à cause d'un incendie et l'un d'entre eux a péri.




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