Un espion déchu risque la prison

Denis Ayotte (au centre), un ex-vendeur d'équipements de... (Le Soleil, Patrice Laroche)

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Denis Ayotte (au centre), un ex-vendeur d'équipements de sécurité, avait reconnu sa culpabilité, il y a plus d'un an, à deux accusations de trafic d'arme prohibée.

Le Soleil, Patrice Laroche

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(Québec) Denis Ayotte a fait de l'espionnage. Vendu des équipements de sécurité et de surveillance pendant 20 ans. Collaboré avec les forces policières. Suivi des formations très poussées aux États-Unis. Mais ignorait, jure-t-il, que posséder et vendre un pistolet incapacitant (stun gun) est illégal au Canada.

Une peine minimale de 12 mois de prison pend au bout du nez de l'homme de 49 ans, sans antécédent judiciaire avant de reconnaître sa culpabilité, il y a plus d'un an, à deux accusations de trafic d'arme prohibée.

Il tentait hier de convaincre le juge Pierre L. Rousseau de la Cour du Québec de lui imposer plutôt une amende ou à la limite de la prison les fins de semaine pour cette erreur, «la plus grave de ma vie», disait le grand gaillard, des sanglots dans la voix.

Denis Ayotte a été une figure connue du monde de la sécurité, multipliant les entrevues à la télévision et dans les journaux. Il était spécialiste de la « haute sécurité gouvernementale », explique-t-il, ayant pour clients des bureaux d'enquête des services de police et même le SCRS, dit-il. 

Il a fait du dépistage de micro pour les avocats de la Ville de Québec et pour certains ministres, dit-il. À une époque, Ayotte prenait les mensurations des policiers pour fournir les vestes pare-balles.

C'est même un peu grâce à lui, ajoute-t-il, si les cas de maltraitance dans les CHSLD ont commencé à faire les manchettes. Il avait fabriqué un équipement d'enregistrement pour une dame dont le père avait été traîné au sol par des préposés. « Nos enquêtes ont permis l'arrestation de plusieurs criminels », insiste Ayotte, questionné par son avocat Me Michel Roberge.

Le spécialiste en sécurité a toutefois admis qu'il avait aussi travaillé pour des proches du crime organisé, notamment en faisant de la surveillance lors de funérailles. «Je l'ai su en arrivant, quand j'ai vu des gars avec des logos», dit-il, en parlant des couleurs des motards.

Client inconnu

À une date qu'il ne peut situer, Denis Ayotte a acheté deux pistolets incapacitants d'un client dont il ignore l'identité, dit-il. « C'était pour ma sécurité personnelle et celle de ma conjointe », explique M. Ayotte.

Les armes prohibées, dont l'une a l'air d'un crayon, ont été laissées dans un meuble de la maison pendant des années, sans même les batteries pour les activer.

Jusqu'au jour, affirme Denis Ayotte, où un ami de sa conjointe, Michel Bélanger, les a vues.

En février 2011, Bélanger demande à Ayotte de lui vendre un premier « stun gun », puis un deuxième, supposément pour une femme en détresse qui voulait se défendre d'un conjoint violent. 

Malheureusement pour les deux hommes, l'acheteuse était une agente d'infiltration de la police, aux trousses de Bélanger pour trafic de drogue.

En vendant les armes prohibées à l'agente, Bélanger aurait expliqué que son fournisseur, soit Ayotte, faisait venir les pistolets incapacitants par caisse à partir des Etats-Unis. Le juge Rousseau n'a toutefois pas accepté cette preuve obtenue par ouï-dire.

Denis Ayotte nie avoir jamais eu d'autre « stun gun » que ceux trouvés par les policiers.

Denis Ayotte a témoigné avoir crû que les pistolets incapacitants étaient légaux, tout comme les bâtons électriques dans les abattoirs ou certains colliers pour chiens qui donnent une petite décharge. 

Négligence «aberrante»

Le procureur de la Couronne Me Daniel Bélanger estime que pour un homme ayant une telle expérience et formation, Denis Ayotte a fait preuve d'une « négligence aberrante » en vendant des armes prohibées, même si c'était dans un but d'auto-défense.

La peine minimale de 12 mois prévue au Code criminel est justement « le minimum pour passer le message social approprié », plaide le procureur de la Couronne.




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