Jerome Buting et les dérives de la justice

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De passage au Colloque de l'Association québécoise des avocats et avocates de la défense, vendredi, à Québec, le juriste américain Jerome F. Buting est revenu sur les tenants et aboutissants de l'affaire Steven Avery, qui a fait l'objet d'un documentaire choc sur Netflix.

Le Soleil, Erick Labbé

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(Québec) Devenu une célébrité du monde juridique dans la foulée de la diffusion du documentaire-choc Making a Murderer, l'Américain Jerome F. Buting croit que le système de justice canadien n'est pas à l'abri d'erreurs, voire de manipulations, susceptibles de mener à tort à l'inculpation d'un suspect.

Invité au Colloque de l'Association québécoise des avocats et avocates de la défense (AQAAD), l'avocat du Wisconsin a expliqué dans le détail, vendredi midi, au Château Frontenac, les tenants et aboutissants de la saga judiciaire de son ancien client, Steven Avery, un père de famille acquitté en 2003 d'une accusation de viol, après 18 ans de prison, grâce à des tests d'ADN qui ont permis d'incriminer le vrai coupable. Me Buting, un expert en preuves médicolégales, a défendu l'accusé en compagnie de son collègue Dean Strang.

Or, à peine deux ans après avoir retrouvé sa liberté, alors qu'il s'apprêtait à toucher une importante indemnisation en guise de réparation, Avery sera accusé du meurtre d'une jeune femme, avec la soi-disant complicité de son neveu. L'homme plaidera encore une fois l'innocence. 

Cette affaire sordide est devenue l'objet d'une véritable fascination à la suite de la diffusion sur Netflix d'un documentaire en dix épisodes, visionné par des millions d'abonnés. La série démontre comment les autorités auraient échafaudé de toutes pièces, deux fois plutôt qu'une, la culpabilité d'Avery.

Selon Me Buting, les condamnations injustifiées ne sont pas l'apanage des États-Unis. Même si le système de justice canadien possède des procédures différentes de celles de son voisin, il appelle les avocats à la vigilance à l'égard des enquêteurs, qui pourraient être portés à tourner les coins ronds pour envoyer un innocent au cachot.

Pas immunisé

«Le Canada n'est pas immunisé contre les fautes professionnelles judiciaires (law enforcement misconduct)», glisse le juriste, rappelant quelques enquêtes menées «de mauvaise foi», comme celle survenue à Toronto, en 2015, alors que des sachets d'héroïne avaient été sciemment dissimulés sur un suspect afin de faire croire à sa culpabilité.

Dans l'affaire Avery, les droits constitutionnels du neveu, un jeune homme «timide et solitaire, aux capacités intellectuelles limitées», ont également été bafoués par les policiers qui l'ont interrogé pendant des heures sans la présence d'un adulte. 

L'avocat, qui parcourt le globe pour donner des conférences, a été très troublé par la nouvelle incarcération d'Avery. «Ce sera toujours difficile de dire à la famille d'une femme assassinée que celui qui a été condamné n'est pas l'auteur du crime et que le véritable coupable est toujours en liberté.»

Heureusement, estime Me Buting, les avancées scientifiques sont devenues des atouts de plus en plus utiles aux avocats afin de prouver l'innocence de leur client, particulièrement en matière d'ADN et d'épigénétique.

Pour l'avocate de Québec Suzie-Guylaine Gagnon, présente à la conférence, il ne fait aucun doute que les enquêteurs ont tout fait «pour planter de la preuve» dans le dossier. Elle qui a dévoré la série de Netflix croit que de telles irrégularités n'auraient pas mené à la même conclusion au Canada. «La Cour suprême aurait eu à se prononcer et sans doute aurait-elle ordonné la tenue d'un nouveau procès.»

Trump c. les juges

En entrevue au Soleil, Me Buting explique que son existence a été chamboulée depuis la diffusion du documentaire. «Ma vie est devenue un peu étrange. Personne n'aurait pu prédire cela», mentionne le juriste, qui s'apprête à écrire un livre sur son expérience.

«Mes conférences permettent surtout de faire connaître le système de justice. Le public est de plus en plus intéressé à en savoir davantage sur les dessous des causes criminelles. Les gens commencent à ouvrir les yeux, ils se sentent davantage interpelés, se préoccupent de ce qui se passe devant les tribunaux et de la transparence de la justice.»

Appelé à commenter la bataille entre Donald Trump et les juges américains au sujet du controversé décret anti-immigration, Me Buting croit que le président ira en appel. «C'est certainement inusité de voir un président critiquer les juges de cette façon. C'est un début de mandat canon (a very rocket start). Mais il s'agit d'un débat complexe dont les arguments reposent autant sur des statuts légaux que constitutionnels. Il est vrai que le gouvernement a le droit de protéger ses frontières et ses habitants, mais il est encore trop tôt pour se prononcer sur la suite des choses. Mais que les gens se posent des questions à ce sujet, je trouve cela très sain.»

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