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Les hôteliers formés pour déceler la prostitution

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Dans le cadre de leur formation, les hôteliers apprendront entre autres comment intervenir dans un cas de prostitution et à quel moment avoir des soupçons.

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(Québec) Une soixantaine de membres de l'Association des hôteliers de la région de Québec (AHRQ) recevront mercredi une formation de policiers pour déceler la prostitution dans leur établissement, a appris Le Soleil.

Comment intervenir dans un cas de prostitution, qu'elle soit juvénile ou pas? À quel moment faut-il avoir des soupçons? Est-ce légal de louer une chambre à une travailleuse du sexe? Après la présentation, les participants pourront échanger avec les autorités.

L'AHRQ en a fait la demande au mois de décembre auprès du Service de police de la Ville de Québec. Ce sont des membres entre autres de l'unité sur l'Exploitation sexuelle des mineurs qui donneront la formation. 

«Nous avons été très interpelés par le dossier de la prostitution juvénile à Montréal. Les propriétaires d'hôtel, nous sommes tous des pères et mères de famille et on s'est dit que c'était une réalité dans nos établissements», confie la présidente de l'Association, Michelle Doré. «L'objectif n'est pas d'interdire la prostitution. On veut savoir comment la traiter. C'est un sujet très délicat», poursuit-elle.

Depuis l'adoption de la loi C-36, qui criminalise la demande de services sexuels tarifés tout en offrant une certaine immunité aux prostitués, plusieurs propriétaires cherchent à tracer une ligne entre ce qui est légal et criminel. Et ne pensez pas que la prostitution se déroule seulement dans les motels, il y en a aussi dans les grands établissements hôteliers, avance Mme Doré. 

«La prostitution est une réalité de l'hôtellerie. Et nous voulons comprendre ce qui se passe dans notre région. Faire une analyse de la situation. C'est être responsable d'avoir cette formation», indique la présidente, précisant toutefois n'avoir jamais eu vent de prostitution dans ses établissements hôteliers. Elle est propriétaire de l'Hôtel Champlain, l'Auberge Place d'Armes et l'Hôtel Jardin Sainte-Anne, dans le Vieux-Québec.

L'arrivée imminente dans la capitale de l'application française Dayuse.com, dont l'offre est déjà présente à Montréal, inquiète également la patronne de l'Association. Bien que l'objectif premier du service soit d'offrir aux hôteliers de nouvelles occasions d'affaires en permettant aux consommateurs de profiter durant une courte période de leurs installations à moindre coût, Mme Doré craint une augmentation de la prostitution.

«Lorsqu'on voit qu'un service comme Dayuse prend de l'ampleur, c'est qu'il y a. On ne doit pas faire l'autruche», souligne-t-elle, notant qu'il s'agit d'une première formation du genre offerte aux membres de l'AHRQ. «Notre objectif est simplement de mieux comprendre la situation, afin de pouvoir mieux gérer nos établissements», conclut-elle.

Un directeur d'hôtel de la région avec qui Le Soleil s'est entretenu a confié avoir déjà dû gérer par le passé des situations impliquant des prostituées. 

«C'est bien réel. Une femme peut louer une chambre et accueillir plusieurs clients durant une journée. Parfois, c'est évident et on peut intervenir, mais pas toujours. Par exemple, comment faire la différence entre un homme infidèle avec sa maîtresse et une prostituée? C'est pourquoi les employés doivent être vigilants», a souligné celui qui préfère taire son nom. 

La formation, dont l'accès est refusé aux médias, est prévue mercredi soir à l'Auberge Place D'Armes.

De la rue au Web

L'inspecteur-commandant du SPVQ aux enquêtes criminelles et services... (Le Soleil, Patrice Laroche) - image 3.0

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L'inspecteur-commandant du SPVQ aux enquêtes criminelles et services spécialisés Sylvain Gagné concède que la prostitution n'a plus le même visage qu'avant l'arrivée d'Internet.

Le Soleil, Patrice Laroche

Le nombre d'arrestations en lien avec de la prostitution a considérablement chuté dans la région de Québec depuis cinq ans. En 2011, 71 infractions au Code criminel ont été enregistrées contrairement à 6 en 2015. Depuis l'entrée en vigueur de la loi fédérale C-36, donnant aux prostituées le statut de victimes, le Service de police de la Ville de Québec (SPVQ) confirme avoir modifié sa stratégie d'intervention sur le terrain. 

Interrogé par Le Soleil, l'inspecteur-commandant du SPVQ aux enquêtes criminelles et services spécialisés Sylvain Gagné concède que la prostitution n'a plus le même visage qu'avant l'arrivée d'Internet.

La sollicitation pour des actes à caractère sexuel ne se fait plus principalement dans les rues de la capitale ou dans les petites annonces de journaux. C'est sur des sites, comme Annonce intime et Humpchies, que l'on trouve des offres pour des «services complets», et sur les réseaux sociaux que les clients sont maintenant interpellés. 

Ces deux sites sont «légaux», selon les policiers, car les travailleuses du sexe font «de la publicité pour eux-mêmes». On y trouve des numéros de téléphone pour joindre des femmes et même parfois des adresses où elles se trouvent.

«La prostitution de rue a diminué de beaucoup. Elle n'est presque plus visible», indique M. Gagné. «Lorsque j'ai débuté dans la police, il y a 30 ans, la prostitution était visible sur la rue Notre-Dame-des-Anges, en basse ville. Après, le phénomène s'est déplacé vers le Mail Saint-Roch et sur Saint-Vallier. Aujourd'hui, les patrouilleurs me disent qu'il y en a encore à l'occasion, mais comme tout, la prostitution s'est modernisée. Les femmes sont moins visibles et travaillent beaucoup plus sur le Web», poursuit-il, notant que cela implique des méthodes d'enquête différentes.

Le 6 décembre 2014, la loi C-36 adoptée par le gouvernement Stephen Harper et décriée par plusieurs groupes est venue changer les règles du métier. Tout en permettant aux travailleuses du sexe d'exercer légalement leur travail, la loi criminalise l'achat de services sexuels, les gens pouvant bénéficier des fruits de la prostitution, comme des proxénètes, et la publicité prostitutionnelle (notamment des agences d'escortes). 

«Le but de la loi est de protéger les personnes qui offrent leurs services, mais également les collectivités, soit la qualité de vie des citoyens», affirme M. Gagné. «Lorsqu'on avait beaucoup de prostituées sur une même rue qui arrêtaient le trafic et que des citoyens réguliers se faisaient interpeller, il y avait des plaintes. Nous n'avons plus cette problématique aujourd'hui», ajoute-t-il, notant que la loi a fait en sorte que les prostituées majeures sont maintenant perçues comme «des victimes de l'exploitation sexuelle». 

«Ce n'est pas illégal de recevoir des clients dans leur résidence ou dans un endroit où elles se rassemblent collectivement. Cela leur offre une forme de protection», dit-il.

Rôle de prévention

Puisque les travailleuses du sexe utilisent maintenant le Web pour entre autres fixer des rendez-vous avec leurs clients, les policiers sur le terrain jouent davantage aujourd'hui un rôle de prévention. Ils s'assurent aussi qu'il n'y ait pas de sollicitation près des écoles, des parcs, des églises et des lieux où des enfants pourraient se trouver.

«Ce que la fille fait est légal. Les policiers vont alors la rencontrer, car ils les connaissent. Ils parlent avec eux. Ce sont parfois des gens avec des problématiques [...], alors le but est de savoir comment elles vont», explique M. Gagné.

L'époque des organisations criminelles dans la région comme au début des années 2000 avec le Wolf Pack est chose du passé, avance l'inspecteur, qui avait notamment oeuvré pour l'opération Scorpion visant à démanteler un réseau de prostitution juvénile. L'intervention avait permis l'arrestation de 11 proxénètes. Cette opération a d'ailleurs été un point tournant pour le SPVQ. 

«Cette époque-là a permis de conscientiser tout le monde, autant le juridique que tous les intervenants scolaires et communautaires, relate M. Gagné. Il y a du travail qui s'est fait et il n'y a plus de gros réseau comme ça. Lorsqu'il y en a, on tente de les trouver rapidement avec l'unité sur l'Exploitation sexuelle des mineurs [ESM]», poursuit-il.

Le policier ne cache pas qu'il y a encore beaucoup de consommateurs de pornographie juvénile. «S'il y a de la pornographie juvénile, c'est qu'il s'en produit, donc il y a des victimes. Souvent, ce sont des vidéos qui viennent d'un peu partout dans le monde. L'objectif de l'ESM est de trouver les victimes de Québec. Et il y en a», déplore-t-il. «Toutes les semaines, on fait des perquisitions en lien avec de la pornographie juvénile. C'est une grosse problématique.»

Note : Les données pour l'année 2016 du SPVQ ne seront disponibles que dans les prochaines semaines.

Infractions au Code criminel pour de la prostitution

2011 : 71

2012 : 45

2013 : 13

2014 : 6

2015 : 6

Source : Rapport 2015 du SPVQ




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