Harcèlement sexuel: Thetford Mines avait raison de congédier son directeur des loisirs

Hôtel de ville de Thetford Mines... (patrimoine-culturel.gouv.qc.ca/ Andréanne Boucher)

Agrandir

Hôtel de ville de Thetford Mines

patrimoine-culturel.gouv.qc.ca/ Andréanne Boucher

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
<p>Ian Bussières</p>

(Québec) Le Tribunal administratif du travail a déterminé que la Ville de Thetford Mines avait eu raison de congédier son directeur des loisirs le 21 juin 2016, soit moins d'un mois après que sa secrétaire s'est plainte de harcèlement sexuel au terme d'une soirée bien arrosée.

La plainte concernait des gestes posés le 27 mai lors d'un souper au restaurant réunissant une quinzaine d'employés pour souligner la retraite d'une collègue. Directeur des loisirs depuis mars 2015, Philip Thivierge aurait fait des propositions de contacts intimes à sa secrétaire par l'intermédiaire de messages textes en plus de lui toucher les côtes.

Même si la femme avait refusé ses avances, le cadre les a poursuivies lors du trajet en voiture du restaurant vers un bar, lui touchant les côtes, une hanche et une cuisse, bien qu'elle ait répété que les gestes n'étaient pas désirés. Le comportement se serait poursuivi au bar et lors du retour à la maison.

Trois jours plus tard, la secrétaire se rend à la direction des ressources humaines pour rapporter le comportement de son supérieur, qui est immédiatement suspendu aux fins d'enquête administrative. M. Thivierge, qui n'a jamais fait l'objet d'accusations criminelles, a ensuite avoué avoir eu une conduite inacceptable et demandé pardon au maire et au directeur général de la Ville. Il a même envoyé une lettre d'excuses à sa secrétaire le 3 juin.

Le rapport de l'enquêteur privé embauché par la Ville a conclu au harcèlement sexuel, ajoutant que les comportements reprochés avaient porté atteinte à la dignité de la plaignante et lui avaient causé un préjudice psychologique certain tout en créant des conditions de travail défavorables. M. Thivierge a été congédié officiellement le 20 juin, quelques jours après le dépôt de ce rapport, un congédiement qu'il a contesté le 12 juillet.

Après avoir entendu la cause, le juge administratif Bernard Marceau a donné raison à la Ville dans un jugement rendu le 12 janvier, indiquant que la Ville avait le devoir de maintenir un climat de travail exempt de harcèlement et de violence et que les inquiétudes concernant l'impact sur son image étaient tout à fait légitimes.

Désinvolte

Le juge a ajouté que M. Thivierge avait beau avoir admis toutes les allégations contre lui, mais qu'il avait eu une attitude désinvolte en prétendant que sa conduite n'avait pas été répréhensible.

Il cite à ce sujet les paroles du cadre congédié : «Bien que je reconnaisse que cette dernière ait pu interpréter les gestes reprochés comme du harcèlement, je suis d'avis que ce qui m'est reproché n'est pas répréhensible [...] De mon point de vue, je n'ai pas harcelé ma collègue [...] La bonne humeur était au rendez-vous pendant toute la soirée pour tous les gens. Je n'ai pas senti avoir froissé qui que ce soit malgré cette plainte qui me reproche une erreur de parcours.»

Le juge Marceau indique aussi que la consommation d'alcool de M. Thivierge ne saurait lui servir de défense et que le fait qu'il nie la gravité de ses gestes est un facteur aggravant démontrant qu'il ne tire pas de véritable leçon de sa mauvaise conduite. «Son comportement laisse planer un doute sérieux sur la sincérité de sa lettre d'excuses du 3 juin.»

Estimant que M. Thivierge avait rompu le lien de confiance qui doit exister entre un employeur et son directeur à qui incombe la responsabilité de voir à ce que le milieu de travail soit exempt de harcèlement, le juge a donc rejeté la plainte de l'ex-cadre, estimant que son inconduite justifiait la décision de le congédier.

Les cas de l'Université Laval ont délié des langues

Les cas d'agressions sexuelles survenus cet automne dans une résidence de l'Université Laval ont contribué à délier des langues concernant le harcèlement sexuel en milieu de travail, selon un enquêteur spécialisé en la matière.

«Je n'ai pas vu de hausse notable du nombre de plaintes après l'affaire Marcel Aubut, en septembre 2015. Cependant, je peux vous dire que ce qui s'est passé à l'Université Laval cet automne a contribué à délier des langues», a déclaré au Soleil Jean-Pierre Giguère, conseiller en gestion de ressources humaines depuis 35 ans et enquêteur dans le dossier de l'ex-­directeur des loisirs de Thetford Mines.

«Les cas de l'Université Laval ont été très médiatisés. Les révélations concernant Marcel Aubut aussi, mais elles n'avaient surpris personne, c'était une vérité de La Palice», poursuit M. Giguère, qui estime que 15 % des enquêtes qu'il mène concernent des allégations de harcèlement sexuel en milieu de travail.

«Depuis l'automne dernier, j'ai senti une hausse notable des enquêtes reliées à ce type de comportement. Les cas de l'Université Laval ont semblé en inciter plusieurs à porter plainte», poursuit-il, ajoutant que les entreprises et les établissements sont également plus sensibles à cette problématique.

Plus sensibles

«Les entreprises sont plus frileuses et cette sensibilité se voit aussi dans les décisions arbitrales. Les commissaires du travail et les arbitres sont plus sévères en constatant que la population accepte de moins en moins ces gestes», explique-t-il.

Il indique aussi que le principe de gradation des sentences est de moins en moins appliqué dans les cas de harcèlement sexuel et que le harceleur sera souvent congédié dès le premier geste posé. «Ce sont des gestes qui atteignent la victime dans sa dignité et on estime de plus en plus qu'une fois est une fois de trop», conclut Jean-Pierre Giguère.

Partager

publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

la boite:1608467:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer