Des représailles peu probables

Selon des chiffres du ministère de la Sécurité... (Le Soleil, Pascal Ratthé)

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Selon des chiffres du ministère de la Sécurité publique, les crimes haineux sont passés de 198 à 257 au Québec entre 2010 et 2014.

Le Soleil, Pascal Ratthé

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(Québec) C'est une peur qui est sans doute assez répandue à Québec : si la tuerie de dimanche a attisé la colère chez les islamistes radicaux, est-ce qu'on doit craindre des représailles de leur part? L'idée peut sembler pleine de bon sens a priori, mais cela reste très, très improbable, rassure l'expert en terrorisme de l'Université Laval Stéphane Leman-Langlois. Le contexte du Québec ne se prête pas du tout aux cycles de vengeance que l'on voit dans d'autres pays.

«Il n'y a à peu près jamais de représailles après une attaque terroriste, sauf si on est dans un contexte où des groupes ou des populations s'affrontent, comme en Inde, où les musulmans frappent sur les hindous et les hindous frappent sur les musulmans pas longtemps après. Mais dans les pays occidentaux, ça n'arrive à peu près jamais», dit M. Leman-Langlois.

Non seulement faut-il avoir des populations assez importantes vivant côte à côte, poursuit-il, mais avant de voir des représailles, il faut généralement que les attaques surviennent régulièrement et depuis longtemps. En Israël, illustre le chercheur, «il y avait des groupes terroristes israéliens qui essayaient de tuer des Palestiniens pour se venger, c'est une espèce de vendetta permanente, un conflit plus ou moins ouvert qui perdure des années et des années. Mais ce n'est pas du tout le même contexte. En France, par exemple, on n'a pas vu de groupes d'extrême droite qui ont commencé à essayer de tuer des musulmans. Les attentats ont galvanisé l'extrême droite, qui a utilisé ces attaques-là comme une "preuve" qu'il faut se débarrasser des musulmans, ce genre de réponse-là est inévitable, mais une réponse qui serait équivalente [par un autre attentat], c'est extrêmement rare.»

Extrémisme en hausse

Quoi qu'il en soit, estime son collègue de l'Université de Sherbrooke David Morin, lui aussi un spécialiste du terrorisme, on ne peut plus vraiment faire l'économie d'un débat de société sur «la montée des extrémismes violents au Québec, parce que je pense que les gens se réveillent aujourd'hui en se disant que si on met ça en parallèle avec les attentats de Saint-Jean et les départs de jeunes djihadistes pour la Syrie, on n'est pas à l'abri. [...] Le degré de risque est moins élevé qu'en Europe, c'est vrai, mais c'est un constat qu'il faut faire et il va falloir prendre des mesures draconiennes sur cette question-là.»

Selon des chiffres du ministère de la Sécurité publique, les crimes haineux sont passés de 198 à 257 au Québec entre 2010 et 2014. Parmi ces délits, ceux qui visaient la race, l'ethnie ou la religion (surtout juive et musulmane) ont augmenté de 137 à 173. Sur l'île de Montréal, les crimes haineux sont passés d'environ 70 par année à 113 en 2015.

Ces tendances soulèvent aussi des questions sur le tissu social du Québec, juge M. Morin. «Je pense que [l'esprit d'accueil et d'ouverture] a été la marque de commerce du Québec pendant longtemps, mais il ne faut pas s'asseoir sur nos lauriers. On n'est pas à l'abri des tensions sociales et d'une montée forte du nationalisme identitaire et radical.»

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