Mort de Marie-Pier Gagné: le conducteur accusé de négligence criminelle

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Jonathan Falardeau-Laroche, 22 ans, a formellement été accusé de négligence criminelle ayant causé la mort, mardi, au palais de justice de Québec.

Le Soleil, Yan Doublet

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(Québec) L'automobiliste qui a happé mortellement une jeune femme enceinte, Marie-Pier Gagné, sur le boulevard Laurier, en août, a formellement été accusé de négligence criminelle ayant causé la mort, mardi, au palais de justice de Québec.

Jonathan Falardeau-Laroche, 22 ans, fait face à des accusations de négligence criminelle ayant causé la mort de Marie-Pier Gagné et de négligence criminelle ayant causé des lésions au bébé que portait la défunte et à une autre automobiliste. 

Lundi, le Directeur des poursuites criminelles et pénales, qui avait hérité du dossier l'accident mortel du 10 août, avait ordonné l'arrestation du conducteur. Il a comparu au palais de justice à 11h, mardi. 

Le procureur de la Couronne, Me Thomas Jacques, a expliqué avoir choisi de porter les trois chefs d'accusation contre Jonathan 

Falardeau-Laroche après avoir analysé la preuve recueillie par la police de Québec. «À notre avis, la preuve démontrera une insouciance déréglée et téméraire à l'égard de la vie d'autrui qui a causé la mort et les lésions corporelles», a indiqué Me Jacques.

Même si la petite Alexe n'était pas encore née au moment de l'accident, la jurisprudence la considère comme une victime de l'accident, a expliqué le procureur de la Couronne. «Des accusations peuvent être portées lorsqu'un enfant naît vivant, précise Me Jacques. Dans les circonstances, une accusation a été portée par rapport à un enfant qui est né vivant, mais qui a subi des lésions suite à l'accident alors que le bébé était toujours dans le sein de sa mère.»

Le troisième chef d'accusation concerne Sophie Émond. C'est dans son véhicule que l'accusé a fini sa course après avoir happé Marie-Pier Gagné. Mme Émond a été blessée aux côtes. 

L'accusé est épileptique

L'avocat de Jonathan Falardeau-Laroche, Me Roger Breton, a de son côté confirmé que son client était épileptique, information révélée par Le Soleil après l'accident. Il a fait savoir que son client aurait une preuve médicale à faire, possiblement avec l'aide d'un expert.

Jonathan Falardeau-Laroche était déjà sous le coup d'une interdiction de conduire imposée par la SAAQ à une date qui reste nébuleuse. Avec sa comparution, s'est ajoutée une interdiction formelle de conduire tout véhicule moteur sous peine de commettre une infraction criminelle. 

Pour reprendre sa liberté, Jonathan Falardeau-Laroche s'est engagé pour une somme de 5000 $ sans dépôt d'argent. Son père, Jean Laroche, a dû lui déposer la somme au greffe.

Rappelons que le 10 août, l'accusé, qui ne possède pas d'antécédents, était au volant de son véhicule lorsqu'il a omis de s'arrêter au passage piétonnier entre Laurier Québec et le CHUL, frappant Marie-Pier Gagné. La fille que portait la femme enceinte, Alexe, a pu être sauvée par les médecins après l'accident.

Le mercredi 10 août 2016, Marie-Pier Gagné a... (Collaboration spéciale Steve Jolicoeur) - image 2.0

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Le mercredi 10 août 2016, Marie-Pier Gagné a été heurtée alors qu'elle était sur le terre-plein du boulevard Laurier à la hauteur des feux pour piétons, en face du CHUL.

Collaboration spéciale Steve Jolicoeur

Les événements

- 10 août: Marie-Pier Gagné se rend à un rendez-vous de routine avec son médecin au Centre mère-enfant. La femme de 27 ans devait accoucher deux jours plus tôt. Elle est en train de traverser le passage piétonnier entre Laurier Québec et le CHUL lorsqu'elle est frappée de plein fouet par l'automobile de Jonathan Falardeau-Laroche. Le décès de la victime est constaté à l'hôpital en après-midi, mais le bébé qu'elle portait est sauvé par les médecins. Dans les heures suivant l'accident, la police de Québec avance que le conducteur aurait eu un malaise au volant de son véhicule.

- 21 août: Les funérailles de Marie-Pier Gagné sont tenues à Sainte-Marie-de-Beauce en présence de plusieurs centaines de personnes, dont sa fille Alexe, âgée d'un mois. En seulement 11 jours, une campagne de financement a permis d'amasser plus de 55 000$ pour venir en aide à la fille et au conjoint endeuillés de la victime.

- Le 19 octobre, Le Soleil révèle que Jonathan Falardeau-Laroche souffre d'épilepsie et conduisait son véhicule contre l'avis d'un médecin donné le matin même. Il aurait également déjà été impliqué dans des accidents en raison de sa condition médicale. Le même jour, les conclusions de l'enquête menée par le Service de police de la ville de Québec sur l'accident sont acheminées au Directeur des poursuites criminelles et pénales(DPCP), qui doit déterminer si des accusations seront portées contre le conducteur.

Au moins 120 000 Québécois seraient épileptiques, soit près de 1,5% de la population de la province. S'ajoute à cela «plusieurs personnes qui ne le disent pas», assure la directrice d'Épilepsie Section de Québec, Nicole Bélanger.

Si l'organisme régional ne se prononce pas spécialement sur le cas «isolé et spécial» de Jonathan Falardeau-Laroche, Mme Bélanger tient néanmoins à rappeler que l'épilepsie, lorsque bien contrôlée, ne présente aucun danger. «Une personne épileptique bien contrôlée peut mener une vie parfaitement normale et conduire comme n'importe qui, au même titre qu'une personne diabétique», explique-t-elle. L'Organisation mondiale de la Santé estime que l'épilepsie peut être traitée dans environ 70% des cas.

Selon le Règlement québécois sur les conditions d'accès à la conduite d'un véhicule routier relatives à la santé des conducteurs, une personne épileptique ne peut pas conduire dans les douze mois suivant une crise. Le délai peut être réduit si la crise est survenue dans des circonstances exceptionnelles, ou encore en raison d'un arrêt ou une modification de traitement ordonné par un médecin.

«Je savais qu'il serait accusé»

Émilie Marceau (à droite) tente toujours de faire... (tirée de Facebook) - image 5.0

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Émilie Marceau (à droite) tente toujours de faire le deuil de sa cousine, Marie-Pier Gagné (à gauche).

tirée de Facebook

La cousine de Marie-Pier Gagné n'a jamais douté que Jonathan Falardeau-Laroche pouvait être tenu criminellement responsable du décès de la future maman.

Émilie Marceau a appris dans les médias, mardi matin, l'arrestation du conducteur fautif. Pour elle, comme pour toute la famille de la défunte, le dépôt d'accusations est le premier pas tangible pour réussir à faire un véritable deuil. «Son nom est enfin dévoilé. Je ne comprends pas encore pourquoi il a été dans l'ombre depuis six mois», écrit-elle au Soleil lors d'un échange électronique.

Si elle considère que l'enquête a été très longue, elle conçoit aussi que les limiers avaient en main un dossier délicat et particulier. «Vu tous les éléments qui entouraient les événements et les rumeurs à son sujet, ainsi que son lourd passé en accident, les enquêteurs avaient beaucoup de travail pour déterminer s'il pouvait être accusé ou non.»

Les fameuses «rumeurs» auxquelles Mme Marceau fait référence touchent notamment la condition médicale de l'accusé. Le fait - maintenant reconnu - que Jonathan Falardeau-Laroche a été victime d'une crise d'épilepsie le 10 août 2016 circulait déjà dans les heures qui ont suivi l'accident.

Mme Marceau suivra évidemment avec intérêt les procédures judiciaires qui débutent. Six mois après le drame, elle pense encore très souvent à Marie-Pier, sa cousine, son amie et même sa collègue de travail. Au lendemain de l'accident, elle créait un groupe Facebook pour venir en aide financièrement au papa qui rentrait seul à la maison avec la petite Alexe, sauvée in extremis. Une initiative qui apaise la souffrance, sans pouvoir l'éliminer. «Je serai soulagée lorsqu'il sera derrière les barreaux», conclut-elle.

Précédent à Thetford Mines

L'accusation de négligence criminelle ayant causé la mort qui pèse sur Jonathan Falardeau-Laroche n'est pas sans rappeler le cas du Thetfordois Louis Champagne, condamné à deux ans de prison au tournant des années 2000. 

En septembre 1998, Champagne, 42 ans, se rendait à un rendez-vous chez le médecin peu de temps après avoir fait une crise d'épilepsie lorsqu'il a frappé une autre automobile à 135 km/h, tuant son occupante, l'octogénaire Marie-Anna Rodrigue-Veilleux.

Selon son avocat de l'époque, Louis Champagne se rendait chez son médecin pour y traiter des problèmes digestifs et faire équilibrer la prescription de médicaments pour contrôler ses crises d'épilepsie. 

Un psychiatre avait également témoigné pour la défense, expliquant que l'accusé avait vraisemblablement fait une crise d'épilepsie après s'être assis derrière le volant de sa voiture, perdant connaissance pendant une vingtaine de minutes. Il se serait ensuite éveillé confus et aurait conduit en étant inconscient, le dernier commandement entré dans son cerveau étant de se rendre chez le médecin.

En décembre 2000, le juge René De la Sablonnière avait reconnu Champagne coupable de négligence criminelle ayant causé la mort, le condamnant à deux ans moins un jour de prison. «Une sanction substitutive à l'emprisonnement n'est pas appropriée en l'espèce. La nécessité de dénoncer le comportement illégal de l'accusé et l'importance de susciter chez ce dernier une prise de conscience de sa responsabilité criminelle sont prépondérantes dans le présent dossier», avait alors déclaré le juge. 

Guillaume Piedboeuf avec Ian Bussières

1,5 % des Québécois épileptiques

Au moins 120 000 Québécois seraient épileptiques, soit près de 1,5 % de la population. S'ajoutent à cela «plusieurs personnes qui ne le disent pas», assure la directrice d'Épilepsie Section de Québec, Nicole Bélanger. Si l'organisme régional ne se prononcera pas spécialement sur le cas «isolé et spécial» de Jonathan Falardeau-Laroche, Mme Bélanger tient néanmoins à rappeler que l'épilepsie, lorsque bien contrôlée, ne présente aucun danger. «Une personne épileptique bien contrôlée peut mener une vie parfaitement normale et conduire comme n'importe qui», explique-t-elle. L'Organisation mondiale de la santé estime que l'épilepsie peut être traitée dans environ 70 % des cas.

Selon le Règlement québécois sur les conditions d'accès à la conduite d'un véhicule routier relatives à la santé des conducteurs, une personne épileptique ne peut pas conduire dans les 12 mois suivant une crise. Le délai peut être réduit si la crise est survenue dans des circonstances exceptionnelles, ou encore en raison d'un arrêt ou une modification de traitement ordonné par un médecin.  Guillaume Piedboeuf

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