Texto au volant: la famille d'une victime refuse d'en vouloir au conducteur

René Lachance, père de Danick Lachance, qui est... (Collaboration spéciale Ian Bussières)

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René Lachance, père de Danick Lachance, qui est vraisemblablement décédé samedi soir après avoir été heurté par un automobiliste qui textait en conduisant.

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<p>Ian Bussières</p>

(Tring-Jonction) Même si Danick Lachance, 19 ans de Tring-Jonction, est vraisemblablement décédé samedi soir après avoir été heurté par un automobiliste qui textait en conduisant, sa famille éplorée refuse de diriger sa colère vers le jeune homme de 18 ans de Lambton qui a comparu sous une accusation de conduite dangereuse causant la mort.

«Oui, on a de la peine, mais on n'est pas en cr... après le p'tit gars. Au fond, qui n'a jamais checké ses courriels ou ses textos en conduisant? Sa famille à lui aussi est détruite, tout le monde veut sa tête sur les réseaux sociaux. Il en a assez de même, alors pourquoi en ajouter?» a déclaré au Soleil Kathleen Morneau, conjointe de René Lachance, père de Danick.

«Des gens qui ont été témoins de l'accident nous ont dit que le gars était sorti à la course de l'automobile, qu'il avait ramassé mon gars dans ses bras et qu'il était en état de choc. Il disait : "J'ai tu tué quelqu'un? Je ne suis pas saoul, je ne suis pas drogué"», raconte, ému, René Lachance, qui ajoute que la police lui a confirmé que le conducteur n'était ni sous l'influence de l'alcool ni de la drogue.

Conducteur accusé

Des témoins auraient vu le jeune conducteur utiliser son téléphone cellulaire alors qu'il était arrêté à un feu de circulation sur la route 112 à Thetford Mines peu de temps avant la collision. C'est pourquoi il a comparu dimanche sous une accusation de conduite dangereuse causant la mort pour ensuite être remis en liberté.

Il ne nous est pas possible de divulguer son identité pour l'instant puisque le dossier est toujours à l'étude d'ici son retour devant les tribunaux le 28 avril. Il pourrait alors faire face à la même accusation, à une accusation différente ou ne pas être accusé du tout.

Entre-temps, il devra garder la paix et avoir une bonne conduite, aviser de tout changement d'adresse, remettre son permis de conduire à la police, s'abstenir de conduire tout véhicule et se rendre à la Sûreté municipale de Thetford Mines pour la prise d'empreintes digitales.

De l'auto-stop

Selon René Lachance et Kathleen Morneau, Danick faisait probablement de l'auto-stop pour rentrer à la maison samedi soir. Il venait tout juste de quitter l'hôpital de Thetford Mines où il s'était rendu afin d'obtenir une prescription pour soigner une amygdalite.

«Nous sommes un peu en colère contre lui car il est parti sans nous le dire. Il avait couché chez une amie à Thetford Mines et, au lieu de nous demander d'aller le chercher, il a préféré remonter à Tring-Jonction sur le pouce et en marchant», poursuit Mme Morneau à propos du jeune homme qui n'avait pas de permis de conduire.

«On ne savait pas où il était et on s'inquiétait. Quand sa mère nous a appelés pour nous dire de nous rendre à Thetford avec elle au poste de police, on pensait qu'il avait fait une niaiserie», poursuit Kathleen Morneau.

Un bon vivant

Danick Lachance, qui avait habité pendant quelque temps en appartement avec un ami, venait de revenir s'installer dans la maison de son père depuis une semaine. «Danick, c'était un bon vivant. Tout le monde l'aimait, il n'avait pas d'ennemi», indique son père.

Avouant que son fils n'aimait pas beaucoup l'école et qu'il préférait le travail manuel, René Lachance venait tout juste de lui dénicher un emploi chez René Matériaux Composites à Saint-Éphrem de Beauce.

«Il avait commencé mardi et tout se déroulait bien. Il faisait tout pour que son retour chez nous se passe bien, il respectait les règlements. J'avais passé une très belle semaine avec lui», raconte son père, qui a installé une chandelle à côté d'une photo de son fils et des deux casquettes de celui-ci dans la résidence familiale.

Que faire contre les textos au volant?

Les membres de la famille de Danick Lachance reconnaissent que plusieurs personnes envoient des messages textes alors qu'ils conduisent et s'interrogent sur les mesures à prendre pour mettre fin au fléau qui aurait causé la mort du jeune homme de 19 ans.

«J'ai plusieurs amis camionneurs qui me disent voir trois ou quatre fois par semaine des gens qui textent au volant et qui passent près de les heurter en déviant de leur trajectoire», raconte le père de Danick, René Lachance.

«Le gouvernement, au lieu d'interdire le cellulaire au volant, aurait dû continuer de le permettre. Les gens préféreraient peut-être parler au téléphone, ce qui est moins dangereux que de texter en gardant leur cellulaire sur leur cuisse pour éviter d'être vus», poursuit-il.

«Moi, je me demande tout le temps : c'est quoi l'urgence de texter quand on conduit?» enchaîne Kathleen Morneau, la conjointe du père de famille.

René Lachance s'interroge aussi sur la possibilité d'installer des brouilleurs d'ondes dans les voitures pour empêcher les gens d'utiliser leurs téléphones cellulaires lorsque le véhicule est en marche.

«Je sais que c'est utilisé sur les chantiers de construction, alors ça pourrait peut-être être une solution», avance M. Lachance, impuissant devant la tragédie qui a frappé Danick.  Ian Bussières

Un coroner réclame neuf points d'inaptitude

Le Code de la sécurité routière prévoit une peine de quatre points d'inaptitude pour les automobilistes pris en train de téléphoner ou texter au volant. Un nombre insuffisant, martèle depuis longtemps le coroner Yvon Garneau. 

Dans un rapport paru il y a quelques jours à propos d'un accident de la route survenu en mai 2016, dans le Centre-du-Québec, le coroner Yvon Garneau arrive à une conclusion qu'il a déjà énoncée à plusieurs reprises dans les dernières années. Les points d'inaptitude perdus en cas d'utilisation d'un cellulaire au volant doivent passer de 4 à 9. 

«Je réclame haut et fort les neuf points d'inaptitude. C'est la seule façon de rendre l'infraction dissuasive», a-t-il réaffirmé au Soleil, lundi.

Enlever seulement quatre points équivaut à donner trois chances aux chauffards utilisant leur cellulaire avant qu'il soit vraiment à risque de perdre leur permis, pointe le coroner. Il est également très sceptique quant aux effets des campagnes de prévention. «Quand on aura vraiment une épée de Damoclès au-dessus de la tête, là on va commencer à y penser à deux fois avant d'utiliser notre cellulaire», croit-il.

Yvon Garneau compare la situation à celle des dépassements d'autobus scolaire alors que les feux intermittents clignotent. À la fin des années 80, rappelle-t-il, ce genre de dépassements avait été à l'origine de plusieurs accidents mortels. En 1989, une décision drastique a été prise, faisant passer les points d'inaptitude perdus pour l'infraction... de 4 à 9.

«Depuis, on n'entend plus parler de ce genre d'accidents. C'est extrêmement rare», assure M. Garneau. Il ajoute que ses collègues du Bureau du coroner du Québec s'entendent sur le fait que les sanctions ne sont pas assez sévères pour l'utilisation d'un cellulaire au volant.  Guillaume Piedboeuf

Selon la SAAQ :

Le cellulaire au volant est la deuxième source de distraction la plus fréquente au volant derrière la cigarette (2012).

1 accident sur 2 est causé par une distraction au volant. 

1 accident sur 3 causé par une distraction mène à un décès. 

Les yeux d'un conducteur quittent la route de 4 à 6 secondes lorsqu'il texte au volant. À 90 km/h, c'est l'équivalent de traverser un terrain de football sans regarder. 

Ce que dit le code de la sécurité routière :

Article 439.1 :

«Une personne ne peut, pendant qu'elle conduit un véhicule routier, faire usage d'un appareil tenu en main muni d'une fonction téléphonique. [...] le conducteur qui tient en main un appareil muni d'une fonction téléphonique est présumé en faire usage.»

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