L'emballeur Xavier Roy voulait son dossier d'employé

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Le psychiatre Juan Carlos Negrete (à gauche) a fait une expertise médico-légale à la demande des avocats de Xavier Roy, Me Adèle Juster et Me François Cauchon.

Le Soleil, Yan Doublet

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(Québec) Le jeune emballeur Xavier Roy s'est présenté armé et déguisé au IGA de Sainte-Catherine-de-la-Jacques-Cartier le 12 juin 2015 pour faire peur aux employés et, dit-il, récupérer son dossier d'employé.

Vêtu d'un veston noir et d'une chemise rose, l'accusé âgé de 19 ans a pris la barre des témoins lundi matin pour expliquer le contexte dans lequel il a poignardé à la tête deux ex-collègues à qui il n'avait rien à reprocher.

Xavier Roy affirme qu'il appréciait beaucoup son emploi, son tout premier, lorsqu'il a commencé, à l'âge de 15 ans et demi. Il aimait aider les personnes âgées, renseigner les clients et avait à coeur, dit-il, «de représenter IGA d'une façon convenable».

En septembre 2014, le jeune homme a subi une commotion cérébrale en se cognant sur une plaque métallique de la gobeuse à cannettes. Le médecin l'a arrêté de travailler pour 10 jours.

À son retour, il commence à subir les insultes du gendre de la superviseure, qui le traite de «profiteur du système», de «tapette». D'autres employés embarquent dans le concert de quolibets.

Un jour, son harceleur le frôle avec sa voiture dans le stationnement et lui fait un doigt d'honneur.

«Je prenais mon trou, je faisais mes petites affaires et je n'en tenais pas compte, témoigne Xavier Roy. Mais au fil du temps, ça rentre dans la tête pareil, même si tu fermes ton esprit et que tu ne l'écoutes pas.»

Xavier Roy se coince le pouce dans une porte métallique à la fin mai 2015. Il doit se débrouiller lui-même, dit-il, pour trouver de la glace. Lorsqu'il demande son congé, sa superviseure refuse.

C'est à ce moment qu'il décide de démissionner et va porter son CV dans d'autres épiceries.

Le 11 juin, veille de l'agression, il retourne au IGA signer sa lettre de démission. Xavier Roy affirme qu'à ce moment, la superviseure lui annonce qu'en raison de la façon dont il a quitté son emploi, elle ne lui donnera jamais de bonnes références.

Le jeune homme, qui avait un bon dossier d'employé jusque-là, se sent envahi par un sentiment d'injustice.

Le lendemain, il broie encore plus de noir et est convaincu qu'il ne pourra jamais se retrouver d'emploi.

Il se rend chez Canadian Tire et décide d'acheter couteau et pistolet à plombs pour faire peur à ses anciens collègues et récupérer son dossier d'employé, dit-il. 

Il n'achète pas la bonbonne d'air comprimé nécessaire pour déclencher les projectiles car, témoigne l'accusé, il n'avait pas l'intention de tuer ni de blesser personne.

Pourquoi, dans ce cas, avoir mis huit plombs dans le barillet? demande le procureur de la Couronne Me René Verret. «Pour être plus crédible», répond l'accusé.

Xavier Roy se présente au IGA vers 20h40 et achète une bouteille d'eau. Il va ensuite se cacher dans une toilette des employés, à l'étage, où il enfile ses vêtements noirs.

À la fermeture, il sort et se rend au bureau des superviseurs. «Quand je suis rentré dans le bureau, j'ai perdu le contrôle, j'ai paniqué», témoigne Xavier Roy.

Il fait ouvrir un petit classeur à roulettes, mais n'y voit pas les dossiers d'employé.

Il poignarde le concierge puis un collègue emballeur. «Ce n'était pas moi [qui agissais], j'avais comme une force à l'intérieur de moi», explique-t-il, péniblement.

En fin de témoignage, Xavier Roy a dirigé son regard vers la salle d'audience et a présenté ses excuses à ses victimes et aux membres de leur famille.

Impulsions mal contenues

Pour plusieurs raisons, Xavier Roy avait du mal à retenir ses impulsions et à bien saisir la portée de ses actes, estime le psychiatre-expert de la défense, Juan Carlos Negrete.

D'abord, le jeune homme souffrait d'un trouble de dépendance au cannabis. Il a consommé tous les jours durant un an et demi à partir de la cinquième secondaire.

Roy n'était pas intoxiqué au moment de porter les coups, dit l'expert psychiatre, mais son cerveau subissait encore des effets de sa consommation intensive. «Le toxicomane est une personne qui a beaucoup de difficultés à se retenir, à penser deux fois avant d'agir», écrit le psychiatre dans son évaluation.

Le Dr Negrete estime que les trois commotions cérébrales subies par l'accusé depuis son enfance ont laissé des dommages cérébraux mineurs, qui augmentent le risque de perte de contrôle sur les impulsions.

De plus, le trouble de déficit de l'attention avec hyperactivité (TDAH) dont Xavier Roy souffre depuis l'âge de 10 ans constitue un autre facteur prédisposant qui, selon le psychiatre, rend l'individu impulsif.

Accumulant les échecs, notamment auprès des filles, Xavier se sentait très malheureux, écrit le psychiatre. Le jeune homme a même eu des pensées suicidaires, comme en témoignent les écrits trouvés chez lui au moment de son arrestation.

«Les offenses qu'on lui faisait subir à l'emploi ajoutaient à la douleur de son mal de vivre, observe le Dr Negrete. Avec les conditions psychologiques décrites antérieurement, il est évident qu'il n'était pas capable de les ignorer avec plus de retenue et maturité.»

Le psychiatre conclut que la responsabilité criminelle de Xavier dans les tentatives de meurtre dont il est accusé «se voit diminuée de manière très significative en raison des conditions décrites précédemment».

Le procès devant jury se poursuit mardi.

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