Les policiers aussi ont besoin d'aide

La police de Québec a récemment élaboré un... (Photothèque Le Soleil)

Agrandir

La police de Québec a récemment élaboré un programme visant à accompagner ses membres, qui doivent faire face a des situations stressantes, voire traumatisantes.

Photothèque Le Soleil

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

(Québec) L'uniforme et la forme physique n'y changent rien: assister quotidiennement à des drames peut finir par jouer sérieusement sur les émotions et dans le cerveau. Une réalité devant laquelle la police de Québec multiplie les initiatives pour «prendre soin de son monde». Et ça marche. Le service vient de remporter un prix d'excellence de la Commission de la santé mentale du Canada pour son programme En route vers la préparation mentale pendant que son service de pairs aidants aura permis plus de 90 interventions en 15 mois.

Avoir des employés plus équilibrés et plus heureux... (Le Soleil, Yan Doublet) - image 1.0

Agrandir

Avoir des employés plus équilibrés et plus heureux au boulot augmente la crédibilité, selon Chelsea Beyers et Sophie Bégin, du Service de police de la Ville de Québec.

Le Soleil, Yan Doublet

«Nous sommes le premier corps de police au Canada à avoir implanté en français le programme En route vers la préparation mentale. La Commission avait des exigences, et nous avons été à la hauteur de ses attentes», explique Chelsea Byers, directrice de la formation au Service de police de la Ville de Québec (SPVQ).

Ce programme de formation, d'intervention et d'information sur le stress et les traumatismes potentiels lors d'interventions a été élaboré dans un premier temps par l'armée canadienne, avant d'être implanté à la police de Calgary, qui a inspiré Québec.

La prémisse est de dire que chaque employé, dirigeant ou intervenant formé a un rôle à jouer dans une organisation où les situations déstabilisantes sont légion. Et qu'il ne faut pas hésiter à se confier. Les conseils sont aussi résumés dans les dépliants distribués au personnel.

Or dans la police, on pourrait penser qu'être fait fort, ne jamais craquer et vouloir se sortir seul de situation qui rendent l'équilibre psychologique précaire domine.

Mais les choses ont changé, dit Mario Vézina, capitaine du module des crimes majeurs au SPVQ.

Il se souvient à l'époque pas si lointaine où il était patrouilleur dans les années 90. La Ville de Québec déployait son Programme d'aide aux employés. «À l'époque, dire d'aller voir un psychologue était quelque chose de difficile à vendre. Maintenant, ce ne l'est plus. Ç'a évolué depuis 20, 25 ans, c'est phénoménal», dit-il. «On pense beaucoup à la santé physique en intervention, mais la santé psychologique est importante aussi.»

Seize pairs aidants

Un autre aspect des nouveaux «outils» pour aider au bien-être des employés du SPVQ est l'implantation en octobre 2015 du programme de pairs aidants. Seize employés du service, hommes, femmes, plus vieux et plus jeunes sont devenus des références pour aider des employés policiers et civils. Ils les écoutent, deviennent une forme de «soupape» et les dirigent vers des ressources en cas de détresse psychologique plus profonde.

«Les pairs aidants ne sont pas des psychologues, ils ne peuvent pas donner d'avis médicaux ou légaux, mais ils sont outillés pour intervenir», précise Chelsea Byers.

Quelque 90 interventions ont été effectuées depuis le lancement du programme des pairs aidants en octobre 2015.

Syndrome de compassion

Le caractère confidentiel des échanges rend difficile la tenue de statistiques sur le nombre et la nature de l'aide psychologique fournie au sein du corps policier. Mais la directrice adjointe aux affaires institutionnelles du SPVQ, Sophie Bégin, cite le cas d'employés du centre 911. Confrontées à des situations d'urgence, des cris au téléphone, ces personnes ne savent jamais véritablement si l'histoire a bien ou mal fini. «Elles n'ont que le début et par la suite, le film se fait dans leur tête, illustre Mme Bégin. Ça les amène dans des situations de détresse et ce sont des personnes qui doivent être suivies. Ce n'est pas toujours les gens qui voient l'action concrète qui sont touchés.»

Chelsea Byers parle alors de «traumatisme vicariant» qui se caractérise par un «syndrome de la compassion» qui survient à force d'être exposé à des situations tristes et troublantes, même au bout du fil.

«Capital humain»

Ces récents volets d'aide psychologique s'inscrivent dans le plus large virage «capital humain» amorcé en 2007 par le SPVQ. «Le défi était de passer de la gestion des ressources humaines à la gestion de l'humain. On veut prendre soin de notre monde», résume Sophie Bégin.

Outre l'axe de la santé mentale, le plan de match a aussi vu s'ajouter ces dernières années un programme de coaching des recrues, des cérémonies de reconnaissances, du soutien à l'intégration à la fonction de sergent ou encore la valorisation des liens avec la communauté.

Comme à la télé?

De 19-2 à District 31, la police a la cote à la télé québécoise. Sans compter les séries américaines ou britanniques The Wire, Broadchurch, The Killing. Ces oeuvres de fiction regorgent de personnages de policiers et policières souvent aux prises avec de sérieux traumatismes professionnels ou hantés par leurs démons personnels.

Réaliste? «Moi, je les écoute et honnêtement de ce que je vois, c'est caricaturé», lance la directrice adjointe aux affaires institutionnelles du SPVQ, Sophie Bégin. Cela dit, ajoute-t-elle, les quelque 1000 employés du SPVQ sont à l'image de la société. «Ils vont vivre des séparations, des deuils. Mais les téléromans, ce sont des téléromans», ajoute-t-elle. «Mais ça dit aussi que nos policiers sont beaucoup regardés par la société, ils doivent être plus blancs que blancs et c'est ce qu'on veut.

Et la question est comment on fait pour se prémunir de gens qui ont des déviances? Nous, on va chercher les meilleurs.» Au SPVQ, assure-t-elle, le processus d'embauche est particulièrement élaboré. La police de Québec est d'ailleurs, dit-elle, le seul service à part la Gendarmerie royale de Canada à faire passer un polygraphe au moment de l'embauche.

***

Chute des congés de maladie

La police de Québec ne s'en cache pas : avoir des employés plus équilibrés et plus heureux au boulot augmente la productivité. «Si je compare avec ce qu'on pouvait avoir comme historique de maladie en 2007, j'ai peut-être pas le chiffre exact, mais on a dû diminuer au moins de 50 % notre taux de congés de maladie», lance la directrice adjointe aux affaires institutionnelles du Service de police de la Ville de Québec, Sophie Bégin, à propos des mesures de soutien et le changement de «culture» au SPVQ depuis 10 ans. «Je ne sais pas si c'est trop gros, mais j'ai presque envie de le chiffrer comme ça.» Même son de cloche de la part de Chelsea Byers, directrice de la formation. «Si notre monde est bien au travail, qu'il est engagé, mobilisé et reconnu par les pairs, les supérieurs et les citoyens et nos supérieurs, il va être performant.»

***

Situations lourdes, suivi serré

Certaines situations sont trop lourdes pour les pairs aidants de la police de Québec qui ne peuvent pas tout prendre sur leurs épaules. Les agents en service lors d'une intervention menant à la mort d'un collègue ou d'un suspect sont par exemple pris en charge sur-le-champ. Suivi psychologique et mesures particulières aussi pour les enquêteurs de l'unité sur l'Exploitation sexuelle des mineurs, souvent soumis à des images intenables, explique Mario Vézina, capitaine de l'unité des crimes majeurs du SPVQ. Il souligne aussi que les récents programmes d'aide psychologique mis sur pied par le service de police sont complémentaires à d'autres mesures existantes à la Ville de Québec, comme le Programme d'aide aux employés.

Partager

publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

la boite:1608467:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer