Fâché contre sa conjointe, il agresse sa fille aînée

Patricia* savait que son conjoint était fâché qu'elle refuse de mettre un terme... (Photothèque Le Soleil)

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(Québec) Patricia* savait que son conjoint était fâché qu'elle refuse de mettre un terme à sa grossesse, six mois après le début de leur relation. Mais elle n'aurait jamais pu imaginer que pour se venger, l'homme se mette à agresser sexuellement sa fille aînée.

Début décembre, palais de justice de Montmagny. C'est au tour de la mère de la victime d'expliquer les conséquences pour Camille* et pour toute la famille de la vingtaine de gestes d'agression sexuelle commis par Rémi*, son conjoint de l'époque, l'espace d'une terrible année, il y a environ huit ans.

Patricia, qui a suivi toutes les procédures judiciaires depuis la dénonciation de sa fille, à l'automne 2015, s'avance et tente vainement de surmonter ses sanglots. Le juge Sébastien Proulx de la Cour du Québec lui offre de s'asseoir.

La mère a écrit une lettre. Malgré ses pleurs et sa douleur, elle veut la lire pour sa fille, qui a eu le courage de dénoncer son agresseur, et aussi pour elle. «J'ai besoin de sentir qu'aujourd'hui, je peux faire quelque chose.»

Durant un peu plus d'un an, Rémi a touché sa belle-fille Camille, âgée de 7, puis 8 ans. Tôt le matin, avant d'aller travailler. Le soir, en faisant les devoirs. Une fois dans la chambre des parents. Une autre fois dans la douche.

Les caresses par-dessus les vêtements ont cédé le pas aux attouchements aux parties génitales. Rémi s'est mis à réclamer des baisers sur le pénis. Il a aussi frotté son sexe près de la vulve de l'enfant.

Camille a gardé le silence longtemps; son beau-père lui disait que si elle parlait, elle allait détruire sa famille.

Elle se confiera à sa mère une fois arrivée à l'adolescence, lorsque son jeune frère atteindra l'âge qu'elle avait au moment des agressions. 

Depuis qu'elle sait, Patricia tente de remonter le fil de ses souvenirs, de voir où elle a pu échapper un signe. Elle doit, dit-elle, apprendre à se pardonner de n'avoir rien vu, elle qui avait fait tellement de prévention auprès de ses enfants. «En tant que maman, je ressentirai toujours ce vide à l'intérieur de ne pas avoir pu protéger ma fille», confie-t-elle, douloureusement.

Pas le bon moyen

Rémi a tout avoué aux policiers le jour même où il s'est fait arrêter à l'usine où il travaille depuis plus de 20 ans. L'homme de 45 ans, sans antécédent judiciaire, a plaidé coupable six mois plus tard.

Lors d'une rencontre avec Patricia en compagnie d'une intervenante de la DPJ, Rémi a voulu expliquer ce qui l'avait amené à commettre les gestes impardonnables.

Confronté à une grossesse surprise, six mois seulement après le début de leur relation, Rémi a demandé à Patricia de se faire avorter. Cette dernière a refusé. Ça a été la fin de leur couple. «Tout a coupé à partir de ça, témoigne Rémi. On est tombés distants du jour au lendemain.»

Questionné par le procureur de la Couronne, Me François Doyon-Gascon, Rémi convient qu'il était insatisfait sexuellement. «Mais ce n'était pas juste ça, ajoute-t-il. J'avais besoin d'attention, de tendresse, de savoir que j'existe.»

Rémi savait qu'il n'utilisait pas le bon moyen pour atteindre sa conjointe. Mais à ce moment-là, dit-il, il ne songeait pas aux conséquences. La petite était «un manque de tout ce que je n'avais pas». Un outil de votre vengeance? insiste le procureur de la Couronne. «Il n'y a jamais eu de violence», rétorque l'accusé.

Aujourd'hui, Rémi comprend et nomme les séquelles de sa victime : cauchemar, anxiété, perte d'estime de soi, problème de confiance avec les hommes. 

La voix brisée par l'émotion, il répète ses excuses pour Camille, pour Patricia et pour ses propres parents, affaiblis et tourmentés par son crime. «Je souhaite qu'elle ait la vie la plus normale possible et qu'elle puisse mettre le plus de choses de côté», dit Rémi. 

À ce moment, le père de la victime, assis dans la salle d'audience, lance «va chier!» à l'accusé, au grand déplaisir du juge Proulx, qui rappelle que chacun a droit au respect dans un tribunal.

Après avoir payé pour son crime et fait des thérapies pour comprendre son problème, Rémi espère regagner une partie de la garde de son fils.

Son avocat, Me  Alexandre Dufresne, sans minimiser la gravité des gestes et de l'abus de confiance, estime qu'une peine de 18 mois de prison serait adéquate. Son vis-à-vis de la Couronne, Me François Doyon-Gascon, évalue à quatre années de pénitencier la peine juste. «Si vous croyez son explication du désir de vengeance, ça en fait quasiment un psychopathe, lance le procureur au juge. Il se serait servi d'une victime innocente pour punir un tiers.»

Le juge Proulx rendra sa peine le 22 mars.

*Les prénoms de l'accusé, de la victime et de sa famille ont été modifiés. Comme dans tous les cas semblables, l'identité de la victime est protégée par une ordonnance de non-publication.

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