Un orthésiste en procès pour pratique illégale de la médecine

L'orthésiste Richard Ostiguy, 58 ans, fait face au total... (Le Soleil, Patrice Laroche)

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L'orthésiste Richard Ostiguy, 58 ans, fait face au total à 19 infractions pénales. S'il est reconnu coupable, il risque une amende salée dépassant les 100 000 $.

Le Soleil, Patrice Laroche

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(Québec) Richard Ostiguy soigne les pieds douloureux depuis 35 ans. Ses clients dépensent des centaines de dollars en orthèses sous sa recommandation. Le Collège des médecins appelle ça du diagnostic et du traitement, bref une pratique illégale de la médecine.

L'orthésiste Richard Ostiguy, 58 ans, fait face au total à 19 infractions pénales. S'il est reconnu coupable, il risque une amende salée dépassant les 100 000 $.

Son procès, qui s'est ouvert lundi au palais de justice de Québec, lui fait visiblement vivre beaucoup d'émotions; l'accusé a même insisté pour s'expliquer devant les caméras avant de témoigner devant la juge Rena Émond de la Cour du Québec. «C'est triste d'être traité de la sorte après 35 ans de pratique», se désole le grand gaillard, la voix un peu tremblante.

Trois clients, dont deux «faux»

Trois clients, une vraie et deux «faux» - des enquêteurs engagés par le Collège des médecins - ont raconté leur consultation avec Richard Ostiguy.

Ils se sont rendus à la Clinique du pied de la rue Soumande, bel établissement d'allure soignée, aux larges fenêtres, où travaillent 25 professionnels.

Une fois entré dans le bureau de Richard Ostiguy, le patient, pieds nus, grimpe sur le piédestal lumineux appelé podoscope.

Lise Saint-Laurent affirme que Richard Ostiguy lui a aussitôt diagnostiqué une métatarsalgie (douleurs semblables à des brûlures et qui se manifestent à la marche, en station debout prolongée ou à l'appui). Il lui annonce qu'elle a besoin d'orthèses et d'une paire de chaussures adaptées.

La cliente affirme que, sans trop sans rendre compte, elle se retrouve à donner son numéro de carte de crédit. L'orthésiste, verbomoteur et enjoué, l'inonde à ce moment de détails sur sa vie de famille, se rappelle-t-elle.

La dame repart avec une prescription orthopédique. Ses orthèses seront prêtes environ deux mois plus tard, lui dit-on.

C'est donc à sa grande surprise que le lendemain, elle voit que 945 $ ont été débités de sa carte de crédit pour les orthèses et un achat de souliers auxquels elle n'a jamais consenti, dit Mme Saint-Laurent.

Furieuse, elle appelle aussitôt la clinique. Elle retourne voir Richard Ostiguy. Devant la colère et la détermination de sa cliente, l'orthésiste finit par la rembourser.

Lise Saint-Laurent se rend par la suite chez une autre clinique d'orthésistes où on lui vend une semelle sportive à 80 $ qui, dit-elle, a réglé son problème.

L'orthésiste donne une tout autre version; il affirme que sa cliente a changé d'idée et qu'il a accepté de la rembourser, «même si on avait des droits».

L'enquêteur Rénald Bergeron a eu une seule consultation avec Richard Ostiguy; ce dernier lui a recommandé des traitements au laser pour soigner des champignons sous son ongle décollé.

Le collègue enquêteur Jean Martin s'est fait diagnostiquer en février 2015 une fasciite plantaire. Les douleurs vont s'intensifier, prédit Richard Ostiguy, qui estime que des orthèses à 545 $ régleront le problème.

Le faux patient veut consulter ses assurances. À son deuxième rendez-vous, on prend l'empreinte de ses pieds. Pour accélérer les choses, Richard Ostiguy lui propose de faire affaire avec un médecin partenaire. «Le médecin ne m'a pas vu, dit M. Martin. On lui a envoyé une photo et il a approuvé les orthèses.» C'est de la télémédecine, dira la défense.

Richard Ostiguy admet qu'il a pu être «malhabile»... (Le Soleil, Isabelle Mathieu) - image 2.0

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Richard Ostiguy admet qu'il a pu être «malhabile» en remettant à ses patients des «prescriptions orthopédiques» où on pouvait lire le mot «diagnostic». Maintenant, il remet une feuille intitulée «recommandation orthopédique de l'orthésiste».

Le Soleil, Isabelle Mathieu

«Pionnier» des orthèses

Témoignant pour sa défense, Richard Ostiguy se présente comme un pionnier des orthèses du pied.

Et il se dit toujours aussi passionné qu'à ses débuts. Richard Ostiguy vient de mettre au point l'orthèse intelligente qui, avec des capteurs de pression reliés par Bluetooth avec un téléphone intelligent, permet de suivre à la trace le patient afin d'éviter les ulcères variqueux, dit-il. 

«On est très avancé au niveau de la technologie et c'est sûr que ça dérange», affirme Richard Ostiguy.

L'orthésiste affirme que chacun des 140 000 dossiers qu'il a faits en carrière était sous prescription médicale. «Il n'y a pas de diagnostic qui se pose à la clinique. On évalue le besoin, mais c'est le médecin qui a le dernier mot», affirme-t-il.

L'orthésiste admet qu'il a pu être «malhabile» en remettant à ses patients des «prescriptions orthopédiques» où on pouvait lire le mot «diagnostic». Maintenant, il remet une feuille intitulée «recommandation orthopédique de l'orthésiste».

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