La SQ a aussi espionné des journalistes

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Les journalistes de Radio-Canada Isabelle Richer et Marie-Maude Denis (photo) et Alain Gravel sont parmi les cibles de la SQ, tout comme Denis Lessard, de La Presse, et Éric Thibault, du Journal de Montréal.

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(Québec) Le scandale s'étend. La Sûreté du Québec (SQ) reconnaît avoir aussi espionné six journalistes et réclame une enquête sur elle-même. Le ministre de Sécurité publique de l'époque, le péquiste Stéphane Bergeron, jure n'en avoir rien su.

Il ne s'agit plus uniquement d'un corps de police municipale. En 2013, la SQ a obtenu des autorisations judiciaires pour connaître l'identité de tous ceux qui ont discuté avec une demi-douzaine de journalistes.

Parmi eux, les piliers de l'émission Enquête qui ont mis au jour les scandales dans l'industrie de la construction, Marie-Maude Denis et Alain Gravel, de même que la journaliste spécialisée en affaires juridiques à Radio-Canada, Isabelle Richer.

Les registres des appels entrants et sortants des journalistes Éric Thibault, du Journal de Montréal, et de Denis Lessard, de La Presse, ont aussi été accessibles aux policiers. Sans verser dans l'écoute électronique, ils pouvaient néanmoins identifier leurs interlocuteurs. Les journalistes étaient surveillés pour des «allégations criminelles de divulgations illégales de contenus obtenus dans le cadre d'une écoute électronique».

L'actuel directeur général de la SQ, Martin Prud'homme, a lui-même demandé à ce qu'un tiers indépendant se penche sur l'investigation déclenchée par son prédécesseur, Mario Laprise. Le ministère de la Sécurité publique mènera une enquête administrative, a assuré le ministre Martin Coiteux, mercredi, en début de soirée.

Il juge «curieux» que l'enquête de la SQ ait été déclenchée le jour même où l'ex-président de la FTQ, Michel Arsenault, s'est plaint auprès du ministre péquiste Stéphane Bergeron de fuites médiatiques liées à l'écoute électronique dont il a été l'objet.

«Une lettre est arrivée à son cabinet le matin et, le soir, une enquête était déclenchée, a souligné M. Coiteux. Et on comprend que le ministre d'alors a eu une communication avec le directeur de la SQ. C'est un cas particulier.»

Aujourd'hui porte-parole du PQ en matière de Sécurité publique, M. Bergeron se souvient d'avoir passé un coup de fil au patron de la SQ pour s'enquérir de la situation. La décision d'enquêter était déjà prise, jure-t-il. Et il ne pouvait pas se douter que les policiers allaient aller jusqu'à espionner des journalistes pour colmater les brèches dans leur propre organisation.

«Ça ne lui a pas traversé l'esprit qu'on fouille dans le travail des journalistes parce que c'est injustifié et injustifiable», a dit le chef péquiste Jean-François Lisée. Même si le dg de la SQ avait été nommé par le PQ, M. Lisée juge qu'il a pris une «mauvaise décision» en surveillant des journalistes.

Le ministre Coiteux soutient que cet épisode d'espionnage de journalistes est le seul qui se soit produit à la SQ au cours des 20 dernières années. Il juge que son ministère, auquel le corps policier est rattaché, a les coudées franches pour mener une enquête «totalement indépendante».

M. Coiteux martèle qu'il doit y avoir «une bonne distance» entre le gouvernement et les forces policières. Il ne contredit toutefois pas les propos de M. Bergeron qui soutient qu'un ex-ministre libéral, Raymond Bachand, a informé en 2009 le président de la FTQ qu'il était sous écoute. «Est-ce qu'une enquête a été déclenchée en 2009 visant des journalistes? demande M. Coiteux. Le seul cas qui aurait eu lieu a été déclenché en 2013.»

Trois mesures annoncées

Outre la nouvelle enquête administrative, le gouvernement Couillard estime que les trois mesures annoncées mardi pour éclaircir la situation suffiront : difficulté haussée pour la délivrance d'un mandat de surveillance d'un journaliste; mise sur pied d'un comité d'experts pour formuler des recommandations sur les meilleures pratiques à adopter; inspection par le ministère de la Sécurité publique des pratiques des principaux corps policiers.

Depuis les révélations sur les mandats de surveillance lancés à l'endroit de Patrick Lagacé, des informations circulent voulant que d'autres journalistes ont aussi été sur le radar des forces policières. Mercredi, La Presse a fait savoir qu'elle mettait en demeure le Service de police de Montréal (SPVM) pour l'empêcher d'utiliser, de copier ou de transmettre les informations obtenues grâce aux mandats de surveillance obtenus. 

«Opaque», selon Lisée

Le chef de l'opposition, Jean-François Lisée, maintient que Québec fait fausse route en n'utilisant pas le Bureau des enquêtes indépendantes pour faire la lumière sur la situation. Selon lui, le premier ministre choisit la «voie contrôlée et opaque» d'une vérification par le ministère de la Sécurité publique.

De son côté, la Coalition avenir Québec juge qu'une enquête publique serait la meilleure façon d'avoir l'heure juste sur ce qui s'est passé.

Mercredi, le député solidaire Amir Khadir s'est interrogé sur l'ampleur de l'espionnage exercé par la police. «Est-ce qu'il y a des politiciens qui sont sous écoute aussi? a-t-il demandé. «Ce genre de pratique appartient à des pays que je n'ose même pas nommer», a dit M. Khadir.

Des rappels pour la discrétion, mais pas d'enquête à Québec

Le chef de police de Québec admet qu'il doit parfois rappeler aux membres de son service leur serment de discrétion, mais assure qu'aucun journaliste n'a fait l'objet d'une enquête durant son passage à la tête du service.

Le directeur du Service de police de la Ville de Québec, Michel Desgagné, a fait cette déclaration, mercredi, en marge de la conférence de presse tenue à l'occasion de son départ à la retraite. Il confirme ainsi ce que le maire Régis Labeaume avait déclaré mardi. Il répondait à une question posée à savoir si des journalistes de la région de la capitale avaient déjà été «suivis» par la police de Québec, notamment concernant des enquêtes auprès de policiers qui auraient pu divulguer des informations aux membres des médias. 

«La réponse vient de moi, précise M. Desgagné. Dans les cinq dernières années, je n'ai jamais fait d'enquête de ce type-là. Et je n'ai jamais eu connaissance de dossiers comme ça. Par contre, on a des préoccupations sur les serments de discrétion de certains de nos collègues et on doit faire des rappels périodiques, poursuit-il. Nous [les policiers] devons avoir une certaine retenue pour la sécurité des policiers, celle de la population et pour ne pas entraver le cours de la justice. 

Peu de «coulage» 

«C'est criminel, que ce soit pour un citoyen, un policier ou un journaliste. C'est surtout au niveau des enquêtes criminelles qu'on doit avoir une certaine retenue. Et si on pense à la sécurité des citoyens [...] et s'il y avait eu ça [entrave] dans notre organisation, on aurait fait l'enquête.» 

Selon lui, il n'y a pas beaucoup «de coulage d'information» auprès des journalistes. Cependant, il dit parfois s'interroger. «Quand on arrive dans une opération planifiée depuis longtemps et que vous arrivez [sur les lieux] quasiment avant nous autres, on se questionne un petit peu.» 

Sur une note plus personnelle, M. Desgagné se donne en exemple. «Je dînais et je soupais avec un journaliste. C'était mon père. Moi, j'étais policier. On était capables de se respecter et de faire la différence entre les deux. Il avait de l'information que je ne savais pas et j'avais de l'info qu'il ne savait pas. Je suis capable de distinguer les deux.»

Sans vouloir critiquer les actions posées par le Service de police de la Ville de Montréal, prétextant ne pas connaître tous les détails de l'histoire, M. Desgagné déplore les conséquences de l'affaire sur l'ensemble des services de police de la province. «Le ministère de la Sécurité publique veut faire des vérifications. J'attends la commande, et on va ouvrir nos livres comme on l'a toujours fait. On va collaborer.»  Jean-François Néron

Snowden dénonce une attaque contre la démocratie

Edward Snowden s'est intéressé à l'actualité québécoise dans les... (Archives AP) - image 6.0

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Edward Snowden s'est intéressé à l'actualité québécoise dans les derniers jours.

Archives AP

Le lanceur d'alerte Edward Snowden a qualifié l'espionnage du journaliste Patrick Lagacé «d'attaque radicale» contre la liberté de presse.

Celui qui est devenu célèbre en dévoilant au grand jour les pratiques de surveillance de masse de l'Agence nationale de la sécurité des États-Unis (NSA) a dit que l'affaire Lagacé représente «une menace pour notre modèle traditionnel de démocratie».

Edward Snowden prenait la parole dans le cadre d'une conférence vidéo organisée par un groupe de recherche de l'Université McGill. La salle, qui avait une capacité de 600 personnes, était pleine à craquer pour l'événement.

La conférence a commencé avec un peu plus d'une heure de retard. L'événement, qui devait commencer à 19h, a été perturbé par les membres du syndicat d'employés occasionnels l'université McGill, qui avaient érigé une ligne de piquetage en face de la salle de l'événement.

Ce débrayage «est une force» qui «fait partie de la démocratie», a dit M. Snowden en commençant son intervention.

La vidéoconférence a par ailleurs dû être interrompue brièvement parce que des internautes tentaient de pirater la communication. L'allocution de M. Snowden était diffusée en direct sur YouTube.

Invité à donner son opinion sur l'élection présidentielle, l'ex-informaticien s'est dit déçu d'assister à une campagne où les arguments se résument à des «insultes» basées sur les personnalités des candidats.

«Nous devons être très prudents à ne pas fonder tous nos espoirs dans une élection», a-t-il dit, ajoutant qu'on ne peut faire confiance à personne d'autre qu'à soi-même.

M. Snowden s'est intéressé à l'actualité québécoise dans les derniers jours. La Presse a révélé cette semaine que son chroniqueur, Patrick Lagacé, avait fait l'objet de surveillance policière pendant plusieurs mois. Mercredi, la Sûreté du Québec (SQ) a confirmé avoir enquêté sur six journalistes relativement à la diffusion de contenu d'écoutes électroniques.

M. Snowden a partagé et commenté les deux nouvelles sur son compte Twitter.

Depuis qu'il a fait ses révélations explosives, en 2013, M. Snowden est exilé en Russie, étant accusé notamment d'espionnage aux États-Unis.  La Presse canadienne

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