Espionnage de journalistes: en quête d'une sortie de crise

À l'Assemblée nationale, le premier ministre Philippe Couillard... (Le Soleil, Yan Doublet)

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À l'Assemblée nationale, le premier ministre Philippe Couillard a annoncé trois mesures pour répondre aux questions soulevées par l'affaire Lagacé.

Le Soleil, Yan Doublet

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(Québec) Alors que la liste de journalistes sur le radar de la police semble s'allonger, les autorités politiques s'activent pour apaiser les inquiétudes et proposer des remèdes à la situation.

Après les révélations sur les 24 mandats de surveillance lancés en 2016 à l'endroit d'un journaliste de La Presse, Patrick Lagacé, le patron de l'émission Enquête, Jean Pelletier, à Radio-Canada, a fait savoir qu'Alain Gravel pourrait aussi avoir été mis sous surveillance policière. 

Les noms de Félix Séguin, de TVA, de Monic Néron, de Cogeco Nouvelles, et du journaliste indépendant Fabrice de Pierrebourg auraient été recherchés dans les registres d'appels des employés du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) pour tenter de dénicher leurs sources, selon TVA nouvelles. 

Le réseau a aussi mis la main sur un enregistrement d'une réunion de direction du SPVM où un haut dirigeant insiste sur l'importance de trouver l'origine des informations «des plus privilégiées» transmises à un journaliste. «Il faut briser la culture du coulage», affirme dans l'extrait Mario Guérin, décrit comme le bras droit du chef du SPVM. 

Enquête revue

Le patron du SPVM, Philippe Pichet, a donné des mandats à son organisation pour éclaircir la situation. L'enquête dans laquelle Patrick Lagacé a été impliqué sera «revue minute par minute», a-t-il promis. D'autres vérifications seront faites pour savoir si d'autres enquêtes ont porté sur des journalistes. Le chef Pichet estime avoir la légitimité requise pour demeurer en poste.

Selon les informations du directeur adjoint à la Direction stratégique au SPVM, Bernard Lamothe, «il n'y a pas trois journalistes qui sont sous enquête». «On va établir un registre, reculer dans le temps, pour voir dans différentes enquêtes si des journalistes ont effectivement été interpellés», a-t-il indiqué. Il a invité les médias à ne pas «partir sur des tangentes». 

Mardi, le maire Denis Coderre a demandé à la Commission de la sécurité publique de Montréal de mettre son nez dans les procédures suivies par le SPVM pour obtenir un mandat de surveillance contre un journaliste. 

Elle ne sera visiblement pas la seule à poser des questions. À l'Assemblée nationale, le premier ministre Philippe Couillard a annoncé trois mesures pour répondre aux questions soulevées par l'affaire Lagacé. 

«Le mot préoccupé est faible, a dit le premier ministre. Pour moi, c'est grave ce qui se passe actuellement. Et ce n'est pas quelque chose que l'on doit banaliser. [...] Mon devoir est d'envoyer un signal très fort à la population et aux médias d'ici et d'ailleurs, qu'au Québec, cette question est traitée avec le plus grand sérieux.»

Dans un premier temps, le ministre de la Sécurité publique, Martin Coiteux, enverra «rapidement» une directive de manière à hausser les exigences nécessaires à l'obtention auprès d'un juge de paix d'un mandat de surveillance d'un journaliste. Il faudra dorénavant que la demande de la police obtienne le feu vert du Directeur des poursuites criminelles et pénales, comme dans le cas d'un juge, d'un député ou d'un avocat. 

«Des gens sont morts pour la liberté de la presse, a déclaré M. Couillard. C'est une liberté absolument fondamentale pour la démocratie. Et la liberté de presse inclut la protection des sources des journalistes.»

Groupe d'experts

La ministre de la Justice, Stéphanie Vallée, a le mandat de former un groupe d'experts, présidé par un juge respecté, qui devra recenser les meilleures pratiques en pareilles circonstances. Composé aussi de représentants des médias et des corps policiers, le groupe pourrait voir ses recommandations déboucher sur des «actions législatives», a dit M. Couillard. 

«Il serait à mon avis malvenu de commencer à corriger tout de suite des lois à la pièce sans avoir une vision d'ensemble de l'enjeu», a-t-il affirmé.

Finalement, le ministre de la Sécurité publique devra enclencher une vérification des processus en place pour des mandats contre des journalistes, non seulement au SPVM, mais aussi au Service de police de la Ville de Québec (SPVQ) et à la Sûreté du Québec (SQ). 

Le tout devra se faire dans le respect de la séparation des pouvoirs où les indépendances de la magistrature, des enquêtes policières et la liberté de presse sont non négociables, a dit le premier ministre Couillard.

Le chef de l'opposition, Jean-François Lisée, a salué en Chambre la mise sur pied d'un comité d'experts, dans la mesure où tous les partis sont consultés pour sa composition. Il croit par contre que le premier ministre trahit sa «volonté de contrôle» en confiant l'inspection des services de police aux fonctionnaires du ministère de la Sécurité publique. «Le Bureau des enquêtes indépendantes [BEI] est là, a noté M. Lisée. Ce serait une occasion en or de lui donner la crédibilité dont il a besoin.» Le chef péquiste juge aussi que le chef du SPVM devrait être suspendu le temps de l'enquête. Le premier ministre a refusé d'avancer sur le terrain du «lynchage». 

De son côté, le chef de la Coalition avenir Québec, François Legault, exige qu'une enquête publique vienne faire la lumière sur les événements pour «rétablir la confiance de la population». «C'est grave ce qui est arrivé, a lancé M. Legault. Il y a aussi des juges qui sont en cause. Ça prend une enquête publique. C'est la seule façon de forcer tout le monde à témoigner.»

Chez Québec solidaire, la députée Manon Massé exhorte Québec à modifier son projet de loi sur les lanceurs d'alerte pour leur permettre de choisir de dénoncer aux médias plutôt qu'à la police.

«Une espèce de viol», dit Labeaume

Régis Labeaume n'en revient pas que des policiers aient espionné des journalistes. «C'est une espèce de viol», dit le maire de Québec.

«Ça ne se fait pas. On ne peut pas espionner des journalistes, commente-t-il. C'est une espèce de viol, je pense que c'est insensé.»

Est-ce que vos policiers espionnent des journalistes? lui a demandé Le Soleil en mêlée de presse. «Je ne le sais pas», a-t-il d'abord répondu. Il entendait toutefois «poser la question» rapidement. «Je ne m'étais pas posé la question parce que moi, la réponse était non. Je n'ai jamais imaginé qu'ils pouvaient espionner des journalistes.»

Il a fait vite. Peu après le point de presse, le maire est revenu voir les journalistes : au cours des cinq dernières années, depuis l'entrée en poste de l'actuel chef de police, aucun scribe n'a été suivi par les agents de la capitale, assure-t-il.

Il faudrait des motifs forts pour arriver à convaincre le maire de la capitale qu'il est justifiable de suivre à la trace un reporter. «À moins que tu aies vraiment des raisons majeures...»

Le premier ministre ayant critiqué la traque lancée par les policiers de Montréal contre la faune journalistique, Régis Labeaume se sent à l'aise d'entrer dans la danse. Le premier ministre veut limiter ce type de filature, une mesure appuyée par Labeaume.  Baptiste Richard-Châtelain

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