Le Taser pour maîtriser un enfant de neuf ans

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Selon l'entreprise Taser International, le pistolet à impulsion électrique peut être utilisé sans danger sur les enfants.

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(Québec) Le Service de police de la Ville de Québec a utilisé un pistolet à impulsion électrique pour maîtriser un enfant de neuf ans en crise.

L'événement est survenu dimanche soir dans une résidence de Québec. Le 98,1 a sorti la nouvelle mercredi à son émission du midi. Les policiers sont intervenus à la demande de la mère, qui craignait pour la sécurité des autres personnes présentes dans la maison.

«L'enfant avait dans les mains un couteau de boucherie d'environ 10 pouces et un autre de 6 pouces, dentelés. Il y avait de multiples trous dans les murs», raconte l'agent Pierre Poirier.

Une fois sur place, les policiers ont tenté dans un premier temps de raisonner l'enfant, en vain. «Il a refermé la porte d'entrée et donnait des coups dans les vitres de la maison avec les couteaux», ajoute le porte-parole du SPVQ. La police serait déjà intervenue par le passé au même endroit pour des crises, mais jamais de cette intensité.

Le Taser a été utilisé lorsque l'enfant a voulu se diriger dans une pièce de la maison où se trouvaient d'autres personnes. «Il y avait une menace. Il avait la capacité de blesser quelqu'un», justifie M. Poirier, pour expliquer l'utilisation du pistolet.

Au moment de tirer, les policiers ne savaient pas que la cible était âgée de neuf ans. Par son apparence physique, elle pouvait paraître un peu plus vieille, indique la police. N'empêche, M. Poirier précise «qu'il n'y a pas de contre-indication du pistolet en vertu de l'âge [...] Les circonstances et l'évaluation de la menace dictent l'utilisation du pistolet à impulsion électrique».

Comme le garçon n'avait pas la stature d'un adulte, la décharge électrique a été coupée après deux secondes plutôt que les cinq secondes habituellement nécessaires. «Ça a suffi pour qu'il lâche les couteaux et pour permettre aux policiers de le maîtriser.»

Hospitalisé

L'enfant a été conduit à l'hôpital, comme l'exige le protocole d'utilisation du Taser. Il a reçu son congé le soir même. «La police et d'autres intervenants accompagnent la famille dans cette dure épreuve», conclut le policier. Aucune accusation ne sera déposée contre l'enfant.

En septembre, la police de Québec annonçait qu'elle fera passer d'une dizaine à 33 d'ici l'an prochain le nombre de pistolets à impulsion électrique disponibles pour les patrouilleurs. Au terme du redéploiement, près du cinquième de l'effectif utilisera ce type d'arme intermédiaire, jugé efficace pour désamorcer des situations de crise.

Sur les 41 fois où des policiers ont dégainé le Taser en date du 22 août 2016, il y a eu seulement cinq déploiements des sondes (au moins six avec celui de dimanche). Dans 33 situations, il a suffi de sortir l'arme de son étui, pointer les lasers ou encore activer l'arc électrique, un mélange de menaces visuelle et sonore, pour forcer les personnes à coopérer. À trois reprises, il y a eu contact lors de l'activation de l'arc électrique, ce qui provoque une douleur locale à la partie du corps touchée.

La Ligue des droits et libertés préoccupée

La section de Québec de la Ligue des droits et libertés et la Coalition contre la répression et les abus policiers se disent préoccupées par l'utilisation d'un pistolet à impulsion électrique (Taser) sur un enfant de neuf ans par la police de Québec.

«C'est sûr que c'est très préoccupant de voir que le Taser est utilisé dans des circonstances comme ça. Je n'ai pas tous les détails sur ce qui s'est passé, mais les gens ont tendance à oublier que le Taser peut causer la mort», a affirmé Dominique Péchard, de la Ligue des droits et libertés.

M. Péchard a rappelé les cas d'Alain Magloire, de Quilem Registre et de Robert Dziekanski, décédés après avoir reçu des décharges de pistolet à impulsion électrique. «Quand la police utilise le Taser, elle doit le faire avec ça en tête», estime celui qui considère que cette arme est utilisée avec trop de facilité sur des personnes en crise.

«Le problème, c'est que cette arme intermédiaire n'est pas utilisée pour remplacer le pistolet comme elle devrait l'être, mais plutôt comme alternative à d'autres moyens d'intervention. C'est pour ça que nous demandons son retrait», résume M. Péchard.

Alexandre Popovic, de la Coalition contre la répression et les abus policiers, abonde dans le même sens. «Ce n'est pas moi qui vais aller vous dire que ce policier-là est un héros...», a-t-il laissé tomber à propos des agents qui ont utilisé l'arme contre un enfant.

«Quand une personne est en crise, ça devient la facilité, car on a ce gadget-là entre les mains. Je crois que c'est symptomatique d'une certaine culture du risque zéro pour les policiers. On électrocute les fous et, après ça, on prétend être une société civilisée», déplore M. Popovic, qui souhaiterait voir les policiers utiliser plutôt les boucliers pour se protéger dans ce genre de situation comme c'est le cas au Royaume-Uni.

Précédents

En 2010, deux policiers de Martinsville, en Indiana, ont été suspendus après avoir utilisé un Taser sur un enfant de 10 ans. Le chef de police Jon Davis avait alors déclaré que l'enfant aurait pu être maîtrisé sans l'usage de la force et que le Taser «n'est pas vraiment fait pour les enfants de 10 ans».

À la suite de cet incident, le porte-parole de la compagnie Taser International, Steve Tuttle, avait déclaré que le pistolet à impulsions pouvait être utilisé sans danger sur les enfants, mais que la population pourrait ne pas trouver cela acceptable.

Le Bureau de l'intervenant provincial en faveur des enfants et des jeunes de l'Ontario avait de son côté réclamé en 2009 un moratoire sur l'utilisation du Taser sur les jeunes et les enfants en attendant que des études plus complètes sur la sécurité de ces dispositifs soient menées.

Ian Bussières

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