Refus de transfusion: le consentement était éclairé, selon Barrette

Éloïse Dupuis, une jeune mère de 27 ans... (tirée de Facebook)

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Éloïse Dupuis, une jeune mère de 27 ans qui venait de donner naissance à un bébé par césarienne, est décédée au bout de son sang après avoir refusé une transfusion sanguine pour des motifs religieux.

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<p>Ian Bussières</p>

(Québec) Le ministre de la Santé Gaétan Barrette a affirmé jeudi que c'est après avoir donné un consentement éclairé à plusieurs reprises qu'Éloïse Dupuis, décédée à l'Hôtel-Dieu de Lévis la semaine dernière, a refusé une transfusion sanguine. Il a également nié que l'accès à la chambre de la femme de 27 ans ait pu être bloqué par des membres du mouvement religieux.

«C'est dramatique, on en convient tout le monde... mais la personne en question a suivi la démarche qui est normale dans sa situation confessionnelle», a déclaré le ministre en chambre jeudi pour répondre à une question du député caquiste Simon Jolin-Barrette.

«Elle a été, avant son accouchement, informée des potentialités, c'est-à-dire la possibilité d'avoir une transfusion sanguine, et elle y a préalablement refusé. À plusieurs reprises, [...] pendant et après son accouchement, elle a été rencontrée par le personnel et les médecins de façon éclairée et indépendante, et sans pression extérieure, et elle a refusé. Il n'y a pas eu de blocus dans sa chambre. Mais il s'agit ici de gens qui ont des croyances qui... théoriquement, on est tous censés les respecter», a poursuivi le ministre.

Plus tard en point de presse, M. Barrette a précisé avoir parlé lui-même au pdg de l'Hôtel-Dieu de Lévis et avoir fait faire certaines vérifications par son personnel. «On comprend que nous sommes tous tristes, et personne ne veut voir ça. Mais il faut le regarder dans l'angle de la personne qui a fait un choix que je ne critique pas, c'est son choix. [...] La personne a été rencontrée, avisée, a signé les documents nécessaires qui font en sorte que, s'il advenait une circonstance malheureuse, elle avisait à l'avance qu'elle acceptait ou non les transfusions.»

Le ministre s'est toutefois dit heureux, même si ses informations lui indiquent qu'il y a eu consentement éclairé, que des enquêtes puissent permettre de le confirmer. «Tout ce que j'ai actuellement comme information me pointe dans cette direction-là, mais je suis content qu'aujourd'hui aussi, il y ait une enquête du coroner qui fera la lumière là-dessus, incluant une enquête policière», poursuit-il.

M. Barrette est aussi revenu sur sa déclaration selon laquelle il n'y avait pas eu de blocus de la chambre d'Éloïse Dupuis. «On me rapporte, de l'administration de l'hôpital, qu'une fois, pas pendant 24 heures, qu'une fois des gens des Témoins de Jéhovah, de leur église, sont venus faire une visite, mais, avant et après cette visite-là, il y a eu des moments où il y a eu des discussions avec la patiente à ce sujet-là dans une situation clinique qui permettait un consentement éclairé. Moi, ce que je pense, ce qu'on doit retenir ici, c'est ce qui est rapporté, le blocus, il n'y a pas eu de blocus, et il y a eu plusieurs moments et il y a eu plusieurs reprises où ce sujet-là a été abordé.»

Proches en colère

Les déclarations du ministre ont soulevé la colère des proches d'Éloïse Dupuis, qui ne sont pas membres des Témoins de Jéhovah. «Je trouve ça très ordinaire de la part de M. Barrette. Je suis en ta... après lui. Quand il dit qu'en aucun temps, l'accès à la chambre d'Éloïse n'a été refusé, je nie ça à 500 %», a déclaré sa tante, Manon Boyer, qui ne s'était pas rendue au chevet de sa nièce, mais a parlé aux soeurs Cassandra, Ariane et Sabrina Zélézen, des amies qui ont tenté de lui rendre visite.

«Le ministre ne sait pas de quoi il parle, car il n'était pas sur les lieux. Nous, on a pu entrer dans la chambre seulement quand Éloïse était morte. L'infirmière nous avait permis d'entrer avant son décès, mais, après être allés voir la famille, les parents d'Éloïse ont refusé qu'on entre», a déclaré au Soleil Cassandra Zélézen.

Selon Mme Zélézen, en plus des parents d'Éloïse, de son mari, de ses beaux-parents et d'une de ses amies Témoin de Jéhovah, trois hommes étaient présents dans la chambre. «Il y avait deux amis de son mari et un autre homme, qui était vêtu tout en noir et qui est le premier à nous avoir dit qu'on n'avait pas le droit d'entrer», a poursuivi Mme Zélézen.

Manon Boyer a rencontré la police de Lévis durant quatre heures mercredi afin de déposer une plainte à la suite de la mort de sa nièce. Un procureur et deux sergents détectives ont été mandatés pour l'enquête qui débutait jeudi matin. Cassandra Zélézen a d'ailleurs confirmé avoir été jointe par une enquêteuse de la police de Lévis, qu'elle et ses soeurs rencontreront lundi.

Pas une «police du sang» selon les Témoins de Jéhovah

Le comité de liaison hospitalier des Témoins de Jéhovah, qui compte 30 membres répartis dans cinq régions du Québec, n'est pas une «police du sang», jure le siège social du mouvement à Toronto.

«C'est malheureux, la façon dont le comité a été décrit dans les médias», a déclaré le porte-parole Simon Picard au sujet des déclarations de trois anciens Témoins qui prétendaient que son rôle était de s'assurer qu'un membre hospitalisé n'accepte pas de transfusion sanguine.

«Le comité est plutôt un service gratuit mis à la disposition du personnel médical pour l'aider dans le traitement d'un Témoin de Jéhovah. Ces gens viennent seulement si le personnel médical ou le patient le demande», précise M. Picard, ajoutant que ce sont souvent les médecins qui le demandent.

«Souvent, ils s'informent sur les façons de traiter un patient sans transfusion sanguine. Les membres du comité vont aider le personnel médical à trouver des options de traitement sans transfusion. Ils sont au courant, car ils ont accompagné plusieurs Témoins dans cette situation», explique le porte-parole canadien des Témoins de Jéhovah.

Pas de commentaires

Selon M. Picard, le comité serait formé par des membres qui se portent volontaires pour en faire partie. Il ajoute que quelques-uns ont une formation dans le domaine de la santé, mais que ce n'est pas un prérequis.

Pour les régions de Québec et Chaudière-Appalaches, le responsable du comité est Richard Dumeignil. Il a toutefois refusé de répondre aux questions du Soleil concernant le rôle qu'il aurait pu jouer auprès d'Éloïse Dupuis. «Je suis dans la confidentialité sur ce cas-là», a-t-il simplement affirmé.

Même son de cloche du côté d'un autre des cinq membres du comité pour les régions 03 et 12, Denis Lemieux. «Je ne suis pas au courant de ce dossier. Ce n'est pas moi qui étais là. Je n'ai pas autre chose à dire là-dessus», a déclaré le résident de Lévis.

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