«Ç'a été une agression violente», témoigne une amie de la victime alléguée d'un député

Rosalie Genest accompagnait au micro son amie Alice... (Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve)

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Rosalie Genest accompagnait au micro son amie Alice Paquet (en arrière-plan) mercredi soir lorsque cette dernière a exprimé publiquement avoir été agressée par un député qui siège à l'Assemblée nationale.

Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve

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(Québec) Rosalie Genest, bonne amie de la jeune femme qui allègue avoir été agressée sexuellement par un député libéral en fonction, raconte l'horreur vécue par la présumée victime.

Rosalie accompagnait au micro son amie Alice Paquet mercredi soir lorsque cette dernière a exprimé publiquement avoir été agressée par un député qui siège à l'Assemblée nationale. Les deux jeunes femmes participaient à la vigile tenue en soutien aux victimes des agressions sexuelles survenues dans une résidence de l'UL la semaine dernière.

Le soir même, Alice a lancé ce qui allait devenir une véritable bombe médiatique. «On a voulu protéger l'agresseur parce qu'il a un siège à l'Assemblée nationale, parce que c'est un homme important, parce que sa carrière est plus importante que ce que j'ai vécu.»

Jeudi, Rosalie a accepté de relater l'événement traumatisant au nom de son amie Alice. «Elle était serveuse et hôtesse dans un restaurant lorsque ça s'est produit. Elle s'était fait dire par son patron que c'était un client régulier et qu'elle devait faire attention [de bien le servir]. Elle s'était fait dire aussi que c'était un "croqueur de femmes".»

Après le repas, le député en question aurait invité Alice à prendre un verre pour discuter de politique et il l'a invité à sa chambre. Mme Genest dit ne pas vouloir entrer dans les détails de l'agression, mais que c'était violent. «Le lendemain, elle est allée à l'hôpital à cause de ses blessures. Elle a eu besoin de points de suture», ajoute l'étudiante du Cégep Garneau.

La victime alléguée a déposé une plainte en mars 2016. À ce propos, Mme Genest critique le travail policier. Les propos des enquêteurs auraient incité Alice à cesser ses démarches. «Elle se faisait dire : "Es-tu certaine que c'est un viol?" Ils l'ont découragée à porter plainte.» Mercredi soir, Alice elle-même faisait le même reproche à la police. «On m'a dit : "On ne te croira pas parce que c'est l'ami du patron, et ci, et ça."»

«Sans oui, c'est non»

Sur sa page Facebook, Alice écrivait un vibrant témoignage qui démontre la difficulté à faire la preuve qu'une agression a été commise. «NON, je ne suis pas certaine d'avoir dit non, effectivement. Mais sans oui, c'est non. J'ai eu peur, et à tout moment dans une relation sexuelle, on doit se sentir TOTALEMENT à l'aise de ne plus avoir envie. À l'aise d'arrêter, et de ne pas se faire blâmer pour ça non plus.

«En plus d'avoir fait du chantage pour que je n'en parle à personne, il me disait que si j'en parlais, on n'allait pas me croire, moi. Sa voix serait plus forte que la mienne. Et ç'a été le cas. Et ce l'est encore.

«L'enquête n'a pas abouti, entre autres parce qu'on me mettait beaucoup de pression puisqu'il est un personnage public, salir son image serait la pire chose à faire. Je ne voulais plus de ça sur les épaules. Ma parole ne suffit pas.

«[...] Pour ce qui est de cet homme qui a bousillé ma vie, un jour je me lèverai et j'aurai le courage de poursuivre mes démarches.»

La police de Québec a réagi à ces déclarations. «Tous les dossiers d'agression sont pris au sérieux, souligne l'agent Étienne Doyon. Nous encourageons d'ailleurs la dame à communiquer avec nous», ajoute-t-il, soulignant que l'enquête était toujours en cours.

Dans un communiqué diffusé en fin de journée, elle rappelle que «le service accorde une grande importance aux personnes qui dénoncent des gestes à caractère sexuel, sans égard au statut des individus».

Dénonciation difficile

Rosalie Genest a aussi vécu une agression sexuelle. Lorsqu'elle a pris la parole, mercredi, avec son amie Alice, c'était de façon spontanée. Malgré la tourmente médiatique, Rosalie est aujourd'hui soulagée d'avoir parlé. Elle espère que cette dénonciation publique améliorera l'aide apportée aux plaignantes.

«Moi, je pense que ça m'aide dans mon processus de guérison. C'est extrêmement difficile de dénoncer. J'ai beaucoup d'amis qui ont décidé de ne pas dénoncer parce que le processus est long», lance l'étudiante du Cégep Garneau, qui a porté plainte à la police le 3 octobre 2015 au lendemain d'une agression.

«Au départ, je me suis sentie accueillie. Mais, au fil du processus, j'avais aussi l'impression qu'on ne me croyait pas. C'est froid. Ça manque d'humanité», lance-t-elle.

Il y a deux semaines, on lui a appris au téléphone que la plainte ne serait pas retenue pour diverses raisons liées à la preuve. «J'étais déçue. Je me suis dit que je n'aurai pas justice et que je ne pourrai pas m'en remettre. Juste de me faire entendre [au tribunal], ça m'aurait fait du bien», précise Rosalie.

Dure année

La dernière année a été difficile, l'est encore. En plus d'avoir arrêté ses études pendant une session, elle vit au quotidien le douloureux souvenir de cette nuit d'octobre. «C'est présent chaque jour. Le soir quand je me couche, le matin quand je me réveille après avoir fait des cauchemars. Dans la rue, tu vois quelqu'un qui ressemble à ton agresseur et ça déclenche des émotions. Une odeur, un son, c'est tout le temps», explique celle qui trouve du soutien auprès du Centre d'aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel. 

Elle craint maintenant que l'intervention de son amie Alice et la sienne ne tombent dans l'oubli. «J'espère que ça peut inspirer d'autres femmes, faire avancer la cause contre la culture du viol, réduire le temps du processus judiciaire», conclut-elle.

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