Brière chahuté à la vigile en soutien aux victimes d'agressions sexuelles

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Le recteur de l'Université Laval, Denis Brière, tente de calmer la foule à la vigie devant le pavillon Alphonse-Marie Parent.

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<p>Ian Bussières</p>

(Québec) Le recteur de l'Université Laval, Denis Brière, a passé un mauvais quart d'heure lors de la vigile organisée mercredi soir en soutien aux victimes des agressions sexuelles survenues en fin de semaine dans le pavillon Alphonse-Marie-Parent. Plusieurs des quelques centaines de participants l'ont chahuté, allant jusqu'à demander sa démission.

Prenant la parole au début de la vigile, le vice-recteur Éric Bauce avait lui aussi subi les huées de la foule, mais ce n'était rien comparativement à M. Brière, qui a été fortement critiqué pour avoir été trop lent à réagir aux agressions rapportées par 15 jeunes femmes.

«Démission! Démission!», «Trop peu, trop tard!», hurlaient plusieurs des participants quand le recteur s'est présenté sur l'estrade. Lisant un discours écrit d'avance, M. Brière s'est dit bouleversé par les événements de la fin de semaine et a condamné sans réserve toute violence sexuelle en plus de saluer celles qui avaient dénoncé les agressions.

«Comme recteur, ma voix compte elle aussi. J'ai compris et je suis également avec vous [...] Je m'engage avec toute ma conviction à trouver des solutions», a déclaré M. Brière, qui a tout de même reçu quelques applaudissements polis enterrés par les huées lorsqu'il a quitté sa tribune.

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Plusieurs des quelques centaines de participants à la vigile, en soutien aux victimes des agressions sexuelles survenues en fin de semaine dernière, ont chahuté le recteur de l'Université Laval, Denis Brière, allant jusqu'à demander sa démission.

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Protocole

En point de presse après son intervention, Denis Brière a avoué que la partie n'avait pas été facile. «Je m'attendais à une certaine frustration. Je comprends, car eux ne comprenaient pas pourquoi je n'étais pas sorti. Je n'ai pas répondu à leurs attentes. J'espère qu'ils ont compris maintenant. Je ne suis pas fâché contre eux», a-t-il indiqué, invoquant un protocole pour justifier son retard à réagir.

«Je ne pouvais pas parler, j'étais menotté. Il y a déjà eu trois enquêtes policières sur le campus, et le protocole avait toujours été de ne pas commenter pour ne pas nuire à l'enquête policière. Mais maintenant, je me sens libéré, car dorénavant, je vais pouvoir parler. Je vais en parler au prochain C. A., je vais pouvoir m'exprimer lorsque des événements comme ça se passent sur mon campus», a-t-il enchaîné, avouant que les agressions sexuelles survenues en fin de semaine l'avaient profondément troublé.

«Ce sont des choses qui m'ont empêché de dormir la nuit samedi [...] Surtout que dans ma famille... je n'ai pas d'affaire à dire ça, mais... je suis très, très sensible à ce qui s'est passé», a-t-il résumé.

Appui et dénonciation

Lors de la vigile organisée par le professeur de science politique Thierry Giasson, plusieurs intervenants avaient dénoncé les agressions et manifesté leur appui aux plaignantes, les qualifiant de «survivantes» et dénonçant la «culture du viol».

«Je vais poser des gestes et je suis sûre d'avoir l'appui de tous mes collègues de l'Assemblée nationale. Ce soir, c'est le début d'une action d'une immense importance», a affirmé la ministre de l'Enseignement supérieur, Hélène David.

Ariane Litalien et Mélanie Lemay, qui avaient parlé des agressions dont elles avaient été victimes à l'université dimanche sur le plateau de l'émission Tout le monde en parle, étaient aussi présentes mercredi et ont été les premières à prendre la parole.

«Tant que des premiers ministres vont dire que c'est l'affaire du recteur, qu'ils vont nier le problème social qu'est la culture du viol, il va y avoir d'autres agressions sur d'autres campus, dans des bars et ailleurs», a dénoncé Mélanie Lemay. «On est avec vous, on vous croit, ce n'est pas votre faute!» a ajouté Ariane Litalien à l'intention des victimes.

Des femmes ont aussi pris la parole pour dévoiler des agressions dont elles ont été victimes par le passé. Monique Bellavance, une ex-employée de l'Université Laval, a raconté en pleurant qu'un ancien professeur l'avait déjà agressée, mais qu'elle n'avait pas été crue. Alice, une jeune femme, a pour sa part dit avoir dénoncé à la police une agression sexuelle de la part d'un député siégeant à l'Assemblée nationale, indiquant que le dossier n'avait toutefois jamais abouti.

Personne n'a défendu le recteur à la colline parlementaire

La ministre responsable de la Condition féminine, Lise... (La Presse Canadienne, Jacques Boissinot) - image 4.0

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La ministre responsable de la Condition féminine, Lise Thériault, ne croit pas qu'un témoignage de sympathie ou de compassion aurait nui à l'enquête policière en cours. Mardi, M. Brière a dit qu'il ne pouvait pas s'exprimer publiquement en raison de cette enquête.

La Presse Canadienne, Jacques Boissinot

Tous partis confondus, il ne s'est trouvé personne pour défendre le recteur Denis Brière et sa gestion de la crise des agressions dans les résidences de l'Université Laval, mercredi. 

Sans accabler le recteur ni remettre en question l'importance qu'il accorde au dossier, aucun ministre libéral n'a endossé son silence radio de trois jours avant une sortie publique. 

La ministre responsable de la Condition féminine, Lise Thériault, ne croit pas qu'un témoignage de sympathie ou de compassion aurait nui à l'enquête policière en cours. Mardi, M. Brière a dit qu'il ne pouvait pas s'exprimer publiquement en raison de cette enquête. 

La ministre de l'Enseignement supérieur, Hélène David, a éludé les questions sur la gestion du recteur. «Moi, j'ai voulu aller à l'Université Laval, a-t-elle indiqué. J'ai appelé et j'ai dit que je voulais rencontrer la communauté étudiante.» Elle a ajouté qu'elle n'était pas «responsable de l'agenda de M. Brière». 

Elles sont par contre toutes les deux rassurées quant au soutien offert aux victimes de la fin de semaine dernière. 

La porte-parole péquiste en matière de condition féminine, Mireille Jean, a plaidé en faveur d'une réaction rapide des autorités dans un cas comme celui-là. Autrement, le message envoyé donne l'impression qu'il ne s'agit pas d'un enjeu d'importance pour la direction. Son chef, Jean-François Lisée, reproche aux libéraux d'avoir sabré dans le financement d'organismes liés à la prévention des agressions sexuelles. 

À la Coalition avenir Québec, le chef François Legault considère aussi que le recteur «aurait dû être présent» plus rapidement. «Je pense qu'il faut être présent médiatiquement quand il y a des problèmes de cette ampleur», a dit M. Legault. Il reproche également aux ministres libéraux de ne pas s'être présentés plus tôt sur le campus. 

La députée solidaire Manon Massé a partagé sa préoccupation quant au retrait, il y a plusieurs années, des cours d'éducation sexuelle dans les écoles. «Est-ce que le recteur a fait tout ce qu'il pouvait? C'est sûr que c'est malheureux, a-t-elle dit. Mais, maintenant, il faut être beaucoup plus proactif et agir en amont.»  Simon Boivin

«Du jamais-vu»

Léa Clermont-Dion, coauteure du livre Les superbes et étudiante au doctorat à l'Université Laval, croit que la série d'intrusions et d'agressions de la fin de semaine marquera les mémoires. «C'est du jamais-vu dans l'histoire de l'Université Laval et probablement que c'est un précédent dans l'histoire du Québec. C'est démonstratif de la culture du viol qui est ambiante dans notre société et c'est tout à fait inacceptable comme situation», a-t-elle dénoncé devant les médias mercredi. Mme Clermont-Dion trouve également que la gestion des communications de Laval n'a pas été «digne d'une grande université». «Le "barrez vos portes", c'est une réponse digne des années 50, il faudrait un peu s'adapter», lance-t-elle. L'étudiante a fait parler d'elle en dénonçant lundi soir un gazouillis qu'elle juge «haineux» sur son compte Twitter. Un internaute a écrit que Marc Lépine (le tueur de Polytechnique) avait mis à jour sa liste avec la parution de son livre Les superbes, qui raconte l'histoire de femmes ayant eu du succès. La Sûreté du Québec a ouvert une enquête sur l'auteur de ces propos.  Patricia Cloutier

Viol-Secours débordé d'appels

L'organisme Viol-Secours est débordé d'appels depuis la médiatisation des cas d'agression sexuelle dans les résidences de l'Université Laval. «C'est frappant. Le téléphone ne dérougit pas. Ça réveille chez les gens le souvenir d'abus dont ils n'ont jamais parlé», soutient Julie Tremblay, directrice de Viol-Secours, l'organisme d'aide aux victimes d'agressions sexuelles de Québec. Elle soutient toutefois que ce type d'agression, même s'il frappe l'imaginaire, n'est pas représentatif. «Dans 85 % des cas, les agressions sont faites par des personnes connues de la victime.» Impliquée avec la police dans l'enquête de l'Université Laval, Mme Tremblay ne veut pas donner de détails qui permettraient d'identifier des victimes. Elle explique toutefois que son organisme est souvent appelé en renfort pour fournir des trousses médico-légales. Ces trousses permettent de faire des prélèvements en bonne et due forme sur la victime, de vérifier si des infections transmises sexuellement ont été contractées et d'offrir un accompagnement psychosocial. En 2015-2016, Viol-Secours a accompagné une centaine de victimes de Québec dans leur dénonciation à la police, ce qui représente une hausse de 25 % par rapport à 2014-2015. «Je ne sais pas si c'est parce qu'on est plus connus des policiers ou de la population en général, mais on sent que le message de la dénonciation passe davantage», soutient Mme Tremblay.  Patricia Cloutier

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