Femme enceinte happée à mort: pas un premier accident pour le conducteur

Après avoir fauché la vie de Marie-Pier Gagné,... (Photothèque Le Soleil, Steve Jolicoeur)

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Après avoir fauché la vie de Marie-Pier Gagné, la Kia blanche était entrée en collision avec deux autres véhicules.

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(Québec) L'automobiliste qui a happé mortellement en août une jeune femme enceinte, Marie-Pier Gagné, sur le boulevard Laurier, souffre bien d'épilepsie et conduisait son véhicule contre l'avis d'un médecin donné le matin même, selon nos sources. De plus, il a déjà été impliqué dans plusieurs accidents en raison de sa condition médicale.

Dans les heures qui ont suivi le drame du 10 août, la police de Québec avançait que le conducteur dans la jeune vingtaine au volant de la Kia blanche avait été victime d'un malaise, sans en identifier la nature. Le Soleil avait évoqué la possibilité d'une crise d'épilepsie. Une hypothèse que les autorités ont toujours refusé de confirmer.

Aujourd'hui, c'est pourtant la cause privilégiée de la police au terme de deux mois d'enquête. Mais l'élément le plus troublant de cette histoire est que le conducteur fautif revenait d'une consultation médicale au moment où il a happé Marie-Pier. Le professionnel qui l'a reçu lui a alors déconseillé de conduire, a appris Le Soleil.

Pour un membre de l'entourage du jeune homme, l'accident avait quelque chose de tristement prémonitoire. «Je lui disais souvent : "Un jour, tu vas tuer quelqu'un"», raconte-t-il.

Il faut dire que l'homme possède un lourd historique de conduite. Selon ce qu'il a été possible d'apprendre, il aurait été impliqué dans trois accidents. Chaque fois, son véhicule aurait été considéré comme une perte totale. Heureusement, personne ne semble avoir été blessé sérieusement. C'était avant l'accident du 10 août.

Aucune accusation

Pour l'heure, aucune accusation criminelle ne pèse sur le conducteur impliqué. La police de Québec a mené une longue enquête parce que des expertises médicales se faisaient attendre. Le conducteur a offert une première déposition le jour de l'accident. Cependant, ce n'est que jeudi passé qu'il a été interrogé par les enquêteurs une fois rassemblés les éléments de preuve pour déterminer si un acte criminel avait été commis ou non. La police pourrait remettre prochainement le dossier à un procureur de la Couronne qui évaluera la possibilité de porter des accusations.

Le mercredi 10 août, peu avant 10h15, le destin de Marie-Pier Gagné, 27 ans, basculait. La future maman avait un rendez-vous au CHUL pour s'assurer que sa grossesse se déroulait bien malgré les deux jours de retard sur sa date d'accouchement. Elle a été heurtée alors qu'elle était sur le terre-plein du boulevard Laurier à la hauteur des feux piétons.

Dans cette tragique histoire, l'enfant qu'elle portait a été sauvée in extremis. Le lendemain du drame, un groupe Facebook nommé À la mémoire de Marie-Pier Gagné a été créé par sa cousine, Émilie Marceau, pour venir en aide au papa. Plus de 55 000 $ ont été amassés.

Le père et la petite Alexe sont maintenant de retour à la maison. Cette histoire a véritablement ému des dizaines de milliers de personnes à travers la province. De nombreux internautes témoignent encore leur sympathie et leur appui envers la famille.

Pouvoir limité d'interdiction

Les médecins et la Société d'assurance automobile disposent d'un pouvoir bien réel, mais tout aussi limité pour des raisons administratives, d'interdire sans délai la conduite automobile à un détenteur de permis qui présente une condition médicale à risque.

L'âge, une maladie ou encore une limitation physique peuvent entraîner l'imposition de conditions ou la suspension du permis de conduire. Il existe deux voies de contrôle : la SAAQ exige une évaluation médicale périodique pour une condition déjà connue ou un professionnel de la santé informe de son propre chef la Société d'État de l'incapacité de conduire d'un patient. Dans les deux cas, un délai administratif entre en jeu.

En effet, la loi exige un délai minimal de 21 jours pour appliquer une décision à partir du moment où elle en fait l'annonce au détenteur de permis. «J'hésite à dire le mot, mais les médecins trouvent ça presque ridicule parce que la personne est inapte maintenant, mais vous lui donnez trois semaines», admet le Dr Jamie Dow, conseiller médical en sécurité routière à la Société d'assurance automobile.  

Une urgence

Sans commenter les événements du boulevard Laurier, il explique que la SAAQ peut parfois invoquer une «urgence» pour agir plus rapidement. «Dans certaines circonstances, par exemple une crise d'épilepsie, le permis peut être révoqué la journée même» lorsque le médecin fait un signalement, ajoute-t-il.

«Au Québec, il y a le signalement discrétionnaire des professionnelles de la santé. D'abord, le médecin qui vient à la conclusion qu'il y a possiblement une atteinte à la capacité de conduire de son patient devrait le conseiller. "Écoute, t'as un problème, on va évaluer comment tu conduis." Il peut même aller jusqu'à lui dire : "Jusqu'au temps qu'on a la conscience claire là-dessus, tu ne devrais pas conduire".»

M. Dow insiste sur le fait que le médecin n'a jamais l'obligation «légale» de faire une déclaration d'inaptitude, même s'il juge que le patient ne suivra pas son conseil de cesser la conduite automobile. Il parle plutôt d'une obligation «déontologique». 

Dans un guide juridique sur la conduite automobile, Épilepsie, section de Québec explique l'obligation morale qu'ont les personnes atteintes de suivre les indications médicales d'interdiction de conduire, de prendre leur médication et de déclarer toute crise à leur médecin, sans quoi ils peuvent faire face à des accusations criminelles de conduite dangereuse.

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