Le recteur de l'Université Laval défend sa gestion de crise

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(Québec) Le recteur de l'Université Laval, Denis Brière, est sorti publiquement mardi pour condamner les agressions sexuelles qui se seraient produites le 15 octobre dans les résidences de son institution, tout en félicitant son équipe de gestion de crise qui a, selon lui, travaillé de façon «extraordinaire».

Le recteur a rencontré la presse pour la première fois mardi en début d'après-midi, trois jours après la vague d'intrusions dans les résidences. Il a expliqué aux journalistes ne pas avoir voulu se mêler du dossier au départ, pour ne pas interférer avec l'enquête policière. Depuis le début de son mandat en 2007, il dit ne jamais être sorti publiquement dans de telles circonstances. «Lorsqu'il y a enquête, je ne peux pas réagir. Ce n'est pas le rôle du recteur», a-t-il justifié.

Il a toutefois accepté de parler aux médias pour expliquer sa position parce que ceux-ci ont «insisté» et parce que la ministre de l'Enseignement supérieur, Hélène David, était de passage à l'Université Laval pour rencontrer des intervenants et des étudiants et que c'est son devoir de l'accompagner.

M. Brière dit s'être préoccupé de la situation, ces derniers jours, même s'il a passé au moins une journée à Montréal. Le recteur accorde une note de 9,5 sur 10 à toute son équipe. «Tout le monde a travaillé de façon extraordinaire sur ce dossier. Je tiens à féliciter l'ensemble des intervenants de l'Université Laval en ce qui concerne cette crise-là.»

Le recteur dit avoir rehaussé la sécurité et être prêt à la rehausser «encore d'un cran» si nécessaire. «C'est sûr qu'un événement comme ça est totalement inacceptable, on va tout faire pour ne pas que ça se reproduise sur notre campus.»

Mais il concède que des mesures de sécurité ne sont jamais sûres à 100 % et qu'une personne mal intentionnée peut toujours passer à travers les mailles du filet. C'est pourquoi les universités doivent davantage travailler sur l'éducation et la prévention.

À ses côtés, la ministre Hélène David a renchéri en disant travailler sur une politique-cadre pour contrer la violence sexuelle sur les campus des cégeps et des universités. Elle dit vouloir donner plus de moyens financiers aux bureaux de prévention pour ouvrir deux chantiers : l'un sur les initiations et l'autre sur l'alcool sur les campus.

La ministre a soutenu qu'«il y a des choses sûrement à améliorer» du côté de la sécurité à l'Université Laval et a promis d'être «au rendez-vous», si les universités québécoises ont besoin de plus d'argent pour combler des «failles» qu'elles auraient détectées.

Critiques

La Coalition avenir Québec (CAQ) a déploré mardi le travail de la ministre de l'Éducation supérieure, Hélène David, qui «n'a rien fait concrètement pour rassurer la population étudiante de l'Université Laval», lors d'un point de presse «organisé à la toute dernière minute», «pour sauver les meubles». Le porte-parole en matière d'éducation Jean-François Roberge accuse même le gouvernement libéral de ne pas s'être «dissocié de la gestion de crise désastreuse du recteur de l'université, Denis Brière. 

Le maire de Québec, Régis Labeaume, s'est lui aussi montré critique à l'égard de la direction de l'Université Laval. «Je suis obligé de le dire. On travaille avec l'Université, c'est des partenaires pour nous, mais je trouve ça un petit peu tard. Il y a des filles qui se sont fait agresser. Il faut que ce monde-là sente du soutien rapidement. Et ça, ça peut juste venir des autorités», a-t-il lancé.

Avec Valérie Gaudreau

Indignation sur le campus

Réagissant à la vague d'intrusions et d'agressions sexuelles de la fin de semaine, le Comité femmes ULaval a affiché mardi matin des bannières sur lesquelles on pouvait lire : «Agressions sexuelles : violence sexiste», «Abolissons la culture du viol», et «On vous croit».

Quelques membres de ce comité ont circulé avec ces bannières près du pavillon Alphonse-Marie Parent, avant d'en installer à l'intérieur de l'agora du pavillon Alphonse-Desjardins. Le Service de sécurité et de prévention de l'Université Laval a réagi promptement en retirant une des bannières affichant un message contre la culture du viol.

Le Comité femmes ULaval a dénoncé cette situation sur son compte Facebook. «Nous dénonçons la censure de l'administration de l'Université Laval qui étouffe nos initiatives. Après seulement cinq minutes, notre bannière a été enlevée par le service de sécurité», indique le comité sur sa page Facebook.

«N'importe quelle bannière en tissu aurait été retirée à cause des risques d'incendie», a répondu en fin de journée Andrée-Anne Stewart, porte-parole de l'Université Laval, qui invite toutefois tous les étudiants à manifester leurs réactions lors du grand rassemblement de mercredi (plus de détails plus bas).

Des clés

Éric-Jan Zubrzycki, conseiller pour le Syndicat des employés de l'Université Laval (SEUL), s'est lui aussi indigné du «manque de sérieux» de l'institution devant cette situation. «Je pense que ça démontre un manque d'empathie de l'ensemble de l'institution. M. Brière se réfugie sous le drap bien mince de l'enquête en cours [...] mais il n'y a pas une étudiante qui l'a vu aux résidences au pavillon Parent», commente-t-il.

Selon M. Zubrzycki, qui représente les agents de sécurité qui travaillent sur le campus, des améliorations physiques doivent être apportées aux résidences.

«Il y a une absence de mesures de sécurité dans les résidences qui défie l'entendement. Une chose aussi simple que donner une clé à chacun des étudiants qui ouvre tant la porte d'entrée principale que leur porte, ça n'existe pas. Quand on va dans les résidences à l'Université Laval, c'est comme entrer dans un moulin, n'importe qui peut rentrer à n'importe quelle heure du jour ou du soir», dénonce-t-il.

Le conseiller syndical indique qu'entre 10 et 15 agents de sécurité patrouillent en tout temps sur la cité universitaire et qu'il n'y a pas eu d'ajout de personnel de la part de la haute direction depuis les événements de la fin de semaine. Patricia Cloutier

Une 11e plainte

La police de Québec a confirmé mardi qu'elle traitait une 11e plainte d'intrusion dans les résidences de l'Université Laval, dont quatre auraient été suivies d'une agression sexuelle. Pour l'instant, un seul homme aurait été l'auteur des présumés crimes commis dans le pavillon Alphonse-Marie-Parent entre 3h et 6h le 15 octobre dernier. La police de Québec n'a encore procédé à aucune arrestation et n'a pas de description du suspect à fournir pour l'instant. «L'enquête suit son cours», s'est bornée à dire Marie-Ève Painchaud, porte-parole de la police. Selon les premières informations recueillies par la police dimanche, toutes les plaignantes sont des femmes et ne semblaient pas connaître l'homme qui se serait introduit de façon aléatoire dans les chambres. Jean-François Néron et Patricia Cloutier

Soirée de soutien

Un grand rassemblement de soutien aux présumées victimes d'agressions sexuelles se tiendra mercredi soir, à 19h, devant le pavillon de résidences Alphonse-Marie-Parent, à l'Université Laval. C'est le professeur de sciences politiques Thierry Giasson qui a pris l'initiative d'organiser cette soirée «Sans oui, c'est non», reprenant le slogan de la campagne de sensibilisation contre le harcèlement sexuel dans les universités. Selon lui, il est temps d'«exprimer solidairement le rejet de cet acte ignoble». Plus de 160 personnes avaient confirmé leur présence sur la page Facebook de l'événement mardi après-midi. Lundi soir, M. Giasson avait été un des premiers à dénoncer sur son compte Facebook le manque de leadership des autorités de l'Université dans ce dossier. «C'est injustifiable. Nous sommes tous bouleversés par ce drame et nous avons besoin d'entendre et de voir ceux qui disent guider notre communauté s'exprimer, réagir et agir», écrivait-il. Patricia Cloutier

Aux leaders de s'engager publiquement

Le Bureau de coopération interuniversitaire (BCI) a publié mardi son rapport très attendu «Le harcèlement et les violences à caractère sexuel dans le milieu universitaire». Le volumineux document de 171 pages se veut un outil de référence sur les meilleures pratiques pour éviter les agressions sexuelles et le harcèlement, dans toutes les universités québécoises. Il suggère notamment aux directions d'université et aux leaders étudiants de «s'engager publiquement» contre cette problématique. «Comme les personnes en autorité sont celles qui donnent le ton à la culture d'un établissement [...], il semble essentiel de demander aux divers meneurs de prendre clairement position sur ces enjeux», indique le rapport. Le document suggère aussi aux universités de miser sur la sensibilisation et de former leur personnel de sécurité à recueillir des preuves lorsqu'une victime veut faire une plainte formelle à la police. Le rapport s'attarde peu au resserrement des mesures de sécurité dans les universités. Il mentionne seulement, au passage, «de s'assurer que l'éclairage est suffisant» sur les campus. Patricia Cloutier

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