Procès de l'ex-juge Delisle: la trajectoire de la balle remise en question

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Le pathologiste expert de la poursuite, le Dr André Bourgault du Laboratoire médico-légal de Montréal, ne croit pas au ricochet; pour lui, la balle est entrée dans le crâne à partir de la tempe gauche et est allée directement se loger à l'arrière.

Le Soleil, Patrice Laroche

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(Québec) Les experts de la poursuite ont-ils commis une erreur en traçant la trajectoire de la balle dans le crâne de Nicole Rainville? C'est le doute que tentent de soulever les avocats de Jacques Delisle à l'aide de l'expertise d'un pathologiste judiciaire ontarien.

Le Dr Michael Shkrum, expert en pathologie judiciaire basé à London, en Ontario, n'a pas assisté à l'autopsie de la femme du juge Delisle. Il n'a pas eu accès au cerveau puisque ce dernier, contrairement à l'usage dans la province voisine, signale l'expert, n'a pas été conservé dans le formol pour expertise future.

D'abord pour l'émission Enquête et Fifth Estate puis pour les avocats de Delisle, Me James Lockyer et Me Jacques Larochelle, le Dr Shkrum s'est donc penché sur les radiographies du crâne et sur les photos prises lors de l'autopsie. Une seule photo du cerveau lui a été remise. Deux autres photos montrent les côtés et une autre la base du crâne. «J'étais désavantagé, constate le pathologiste expert. Il aurait été préférable d'avoir plus de photos.»

Après avoir examiné les fragments de balle trouvés dans le crâne et diverses petites fractures sur la paroi interne du crâne, le Dr Shkrum conclut que le pistolet de calibre .22 était posé de manière perpendiculaire à la tempe gauche de la victime. La balle a, selon lui, traversé complètement la tête pour percuter le côté droit du crâne et a ensuite déboulé jusqu'à l'arrière du crâne. L'expert appelle ça un ricochet intracrânial.

Le pathologiste expert de la poursuite, le Dr André Bourgault du Laboratoire médico-légal de Montréal, ne croit pas au ricochet; pour lui, la balle est entrée dans le crâne à partir de la tempe gauche et est allée directement se loger à l'arrière.

Si cette théorie était vraie, rétorque l'expert de la défense, la balle, encore suffisamment pleine de l'énergie du tir, aurait causé une fracture en frappant l'arrière du crâne. «Je ne vois pas de fracture, mais je ne peux pas dire avec une seule photo», avance prudemment le Dr Shkrum.

Après avoir eu ses premiers doutes sur la trajectoire de la balle, le pathologiste judiciaire a poursuivi ses expertises et rédigé un rapport pour le Groupe de révision des condamnations criminelles, chargé du cas de Jacques Delisle.

Le témoignage de l'expert, en anglais, mais traduit, se poursuit mercredi devant le juge Benoît Moulin, chargé d'entendre la requête en remise en liberté.

La poursuite entend aussi déposer une nouvelle expertise balistique.

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L'avocat torontois Me James Lockyer est spécialiste dans les causes d'erreur judiciaire.

Le Soleil, Patrice Laroche

«Mon père n'a pas fait de mal à ma mère»

Le fils et l'ancien associé de Jacques Delisle se disent prêts plus que jamais à cautionner l'ancien juge, qui veut reprendre sa liberté en attendant que la ministre de la Justice décide de son sort.  «Mon père n'a pas fait de mal à ma mère!» répète Jean Delisle.

L'ancien magistrat, vêtu d'un veston marine sur un t-shirt blanc, fait son entrée d'un pas lent dans le box des détenus de la grande salle où il a été reconnu coupable du meurtre de son épouse Nicole Rainville en 2012.

Il cherche ses proches du regard. Sa fille Élène et son fils Jean sont assis dans la première rangée.

L'ex-juge attend ensuite patiemment qu'une agente correctionnelle retire ses menottes. L'homme de 81 ans place ensuite l'appareil d'écoute sur ses oreilles.

L'audience sera traduite simultanément en anglais au bénéfice de l'avocat torontois Me James Lockyer, spécialiste dans les causes d'erreur judiciaire.

L'avocat Lockyer a indiqué au juge Benoît Moulin que la preuve portera majoritairement sur le témoignage du médecin légiste ontarien Dr Michael Shkrum. Après avoir examiné les photos et les radiographies du crâne de la victime, ce dernier amène des conclusions différentes sur la trajectoire de la balle et, aux yeux de la défense, valide la théorie du suicide.

L'enquête sous remise en liberté, prévue pour deux jours, a toutefois commencé sur une note plus émotive, avec le témoignage de Jean Delisle, 52 ans, fils du juge.

Le fils a visité son père une trentaine de fois depuis son incarcération en 2012. Des visites toutes plus désagréables les unes que les autres précise-t-il. Amaigri, souffrant d'un genou et d'un oeil, Jacques Delisle est «au bout du rouleau, comme n'importe qui le serait», précise Jean Delisle.

Le fils croit son père innocent comme au premier jour. « Si j'avais le 16e d'épaisseur de doute que mon père a tué ma mère, je pense que je ne serais pas ici, affirme Jean Delisle. C'est viscéral, mon père n'a pas fait de mal à ma mère.»

L'ancien associé de Jacques Delisle, Me Pierre Cimon, est tout aussi disposé à être caution que lors du procès. «J'ai beaucoup de respect pour Jacques, c'est un ami, je me sens endetté envers lui, a indiqué Me Cimon. Je ne peux concevoir qu'il puisse être coupable du meurtre prémédité de son épouse.»

Condamnation annulée en Ontario

Le travail du pathologiste judiciaire Michael Shkrum a contribué, l'an dernier, à faire innocenter un Ontarien de 75 ans, condamné injustement 45 ans plus tôt pour l'homicide de sa femme.

En 1971, les experts médicaux de la poursuite avaient conclu que John Salmon avait tué sa femme Maxine Ditchfield en lui assénant un puissant coup à la tête. L'accusé clamait son innocence, assurant que sa conjointe avait fait une vilaine chute. L'homme de Woodstock en Ontario a été condamné par un jury et a purgé trois années d'une peine de 10 ans.

Après avoir étudié le cas à la demande de Me James Lockyer, qui défendait Salmon, le pathologiste judiciaire Michael Shkrum a conclu qu'il n'y avait aucune preuve pour appuyer l'affirmation que la femme avait été victime d'une agression. Isabelle Mathieu

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