Au moins quatre agressions sexuelles à l'Université Laval

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Un message de soutien a été collé sur une porte du pavillon Alphonse-Marie-Parent, lundi matin.

Le Soleil, Patrice Laroche

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(Québec) Le bilan de la vague d'intrusions survenue dans les résidences de l'Université Laval se précise. Selon la police de Québec, au moins quatre étudiantes ont été victimes d'agressions sexuelles dans leur chambre au cours de la nuit du 15 octobre. L'établissement d'enseignement a vivement condamné les gestes commis, lundi, et maintient ses mesures de sécurité exceptionnelles.

Le Service de police de la Ville de Québec (SPVQ) a fait état lundi de 10 plaintes, dont la plus récente a été rapportée la journée même, soit 48 heures après les faits. Les autorités confirment que quatre de ces cas impliquent des gestes à connotation sexuelle. «Ça varie de l'attouchement à l'agression sexuelle», a expliqué Pierre Poirier, porte-parole au SPVQ.

La police considère pour l'instant qu'un seul homme aurait été l'auteur des présumés crimes, tous commis dans le pavillon Alphonse-Marie-Parent entre 3h et 6h. La majorité se serait produite «vers la fin de la nuit». Le SPVQ ne ferme cependant pas la porte à ce qu'il puisse y avoir d'autres suspects. «Certaines versions ont circulé à l'effet qu'il y en avait trois. Ça reste à confirmer», a indiqué M. Poirier. On ne sait toujours pas s'il pourrait s'agir d'un ou des étudiants de l'université. 

Toujours selon le SPVQ, les infractions ont «probablement» été commises «de [façon] subséquente», et non simultanément. Pour les introductions sans effraction sans agression sexuelle, il est possible, selon la police, que le responsable ait été surpris avant d'aller plus loin.

Sous les couvertures

D'après les premières constatations, l'individu qui entrait dans les chambres déverrouillées, sans utiliser la force, est allé jusqu'à se glisser sous les couvertures d'étudiantes endormies. 

En plus de s'appuyer sur les témoignages recueillis auprès des plaignantes dimanche et lundi, les enquêteurs du SPVQ ont eu accès aux images des caméras de surveillance installées dans le pavillon, autant à l'entrée que sur les étages. Le service d'identité judiciaire a procédé à leur analyse, mais le SPVQ s'est fait avare de commentaires sur le contenu étudié. 

Il reste entre autres à déterminer si on y trouve la trace du principal suspect et si les personnes avec qui il a eu des échanges avant ou après les faits peuvent être considérées comme des complices. Et encore faut-il avoir une description détaillée de l'individu pour bien l'identifier, ce que le SPVQ n'avait pas encore en main lundi. Pierre Poirier a rappelé aux potentiels témoins de communiquer avec les autorités s'ils détiennent de l'information en composant le 9-1-1 ou le 418 641-AGIR. 

Le rectorat de l'Université Laval est pour sa part sorti de son mutisme, lundi, et a vivement condamné les gestes commis sous son toit par voie de communiqué. «Nous sommes profondément choqués», y a déclaré Éric Bauce, vice-recteur exécutif. 

Le recteur Denis Brière, qui n'était pas cité dans le communiqué, et M. Bauce ne se sont toutefois pas déplacés pour participer à une conférence de presse organisée en matinée. C'est plutôt une porte-parole de l'établissement qui s'est retrouvée fin seule devant la meute de journalistes. Le Soleil a tenté d'obtenir l'horaire du recteur, en vain. Il était sur le campus et impliqué dans le dossier, selon le peu d'informations fournies par la direction des communications.

Priorité aux victimes

La priorité de l'établissement était tournée lundi vers les étudiantes agressées. Ces dernières ont été prises en charge et reçoivent du soutien psychologique. «Nous sommes de tout coeur avec les victimes. On est là pour elles», a déclaré la porte-parole de l'Université et conseillère en relations avec les medias Andrée-Anne Stewart. 

Elle a ajouté que les mesures de sécurité supplémentaires mises en place à la suite des événements de la fin de semaine sont maintenues pour une période indéterminée. Des agents du Service de sécurité et prévention patrouillent 24 heures sur 24 aux résidences. Les visites de sécurité se limitaient auparavant à une tournée générale du campus. 

Au passage du Soleil lundi après-midi, un agent filtrait les allées et venues devant les ascenseurs. «C'est une situation exceptionnelle qu'on vit aujourd'hui. C'est une vigie constante qu'on va faire. On suit la situation de très près», a dit Mme Stewart.  

L'Université Laval a défendu son système de surveillance établi «en temps normal», mais a aussi concédé que cela n'a pas été suffisant pour contrer les gestes commis dans la nuit du 15 octobre. «On va prendre tous les moyens nécessaires pour resserrer davantage. Au quotidien, s'il y a moyen de faire mieux, on va le faire.»

Un message d'espoir

En plus du soutien fourni par l'Université Laval, les étudiantes agressées dans la nuit de vendredi à samedi peuvent compter sur certaines de leurs camarades. L'une d'elles a placé un message d'espoir à l'entrée du pavillon Alphonse-Marie-Parent, lundi.

Les propos retranscrits sur une affiche apposée sur la devanture du pavillon sont ceux de la jeune femme victime d'une agression sexuelle par l'étudiant Brock Turner sur le campus de l'Université Stanford, en 2015.

Dans une lettre adressée au tribunal dans le cadre du procès pour viol et agression sexuelle, elle avait conclu son puissant témoignage par un message à toutes les femmes victimes de violence sexuelle. C'est ce court passage, traduit en français, que chaque étudiant pouvait lire avant d'entrer dans les résidences, lundi. 

«Vous êtes importantes»

«Vous êtes importantes, sans aucun doute, vous êtes intouchables, vous êtes magnifiques, on vous doit l'estime, le respect, indéniablement, chaque minute de chaque jour. Vous êtes fortes et personne ne peut y porter atteinte», était-il écrit. «Nous sommes avec vous, vous n'êtes pas seules. Tenez bon», ont ajouté les auteurs anonymes de l'affiche.

Le Soleil a intercepté quelques étudiantes sortant des résidences, lundi. «Je savais que ça pouvait être possible. Avant que j'apprenne ça [les agressions du 15 octobre], j'ai moi-même déjà été suivie par quelqu'un une fois», a raconté une étudiante qui n'a pas voulu être identifiée. Selon elle, l'homme qui l'a inquiétée «il y a deux semaines» n'était probablement pas un résident du pavillon. «C'est un visage que je n'avais jamais vu.»

Si la majorité des personnes rencontrées ont dit ne pas s'inquiéter outre mesure, des étudiantes ont aussi dit communiquer entre elles durant la nuit pour s'assurer de leur sécurité. À noter que les étages du pavillon Alphonse-Marie-Parent ne sont pas mixtes.

L'Université Laval a rappelé aux 2300 étudiants en résidence de bien verrouiller leur porte de chambre durant la nuit. L'établissement a mis en place une chaîne de communication afin de joindre chacun d'entre eux.

Ce qu'ils ont dit...

«C'est terrible que les étudiantes ne se sentent pas en sécurité à leur résidence.

Ce n'est pas acceptable pour une société comme la nôtre.»

-  Le premier ministre Philippe Couillard, qui a par ailleurs renvoyé la responsabilité de la sécurité aux dirigeants universitaires

«Ce sont des événements d'une grande tristesse. [...] J'ai parlé [lundi] au recteur de l'Université Laval et au vice-recteur exécutif. Ils prennent la situation très au sérieux.»

- Hélène David, ministre de l'Enseignement supérieur

«Il faut d'abord travailler sur la prévention [des violences sexuelles]. Ce serait une erreur de se limiter au réseau universitaire. Il faut une vision uniforme et nationale.»

- Alexandre Cloutier, porte-parole du Parti québécois en matière d'éducation

«Il y a des questions de sécurité qui vont se poser dans les résidences. Ce n'est plus seulement une fête qui dérape. Ça se passe directement dans les chambres.»

-  Jean-François Roberge, porte-parole de la Coalition avenir Québec en matière d'éducation et d'enseignement supérieur

Propos recueillis par David Rémillard

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