Alain Perreault a menti à «Mister Big» pour «assurer son avenir»

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<p>Ian Bussières</p>

(Québec) C'est parce qu'il voulait «assurer son avenir» au sein de l'organisation criminelle fictive dans laquelle il a été embrigadé par des agents d'infiltration lors d'une opération «Mister Big» qu'Alain Perreault aurait menti au grand patron en avouant qu'il avait tué Lyne Massicotte.

«C'était mon avenir qui se réglait d'un coup. La grosse job, la job à temps plein dans l'équipe, la protection du patron, le condo qui va avec», a déclaré Perreault à la deuxième journée de son témoignage lors de son procès pour le meurtre de Lyne Massicotte. Il faisait référence à l'éventuelle rencontre avec le grand patron après qu'on lui eut fait miroiter un boulot qui lui rapporterait 50 000 $ ainsi qu'un condo.

Quand le grand patron l'a interrogé sur son rôle dans la disparition de Lyne Massicotte, Perreault a d'abord raconté la version qu'il a donnée aux policiers, à savoir que Lyne Massicotte l'avait quitté parce qu'elle était déçue après qu'il eut refusé de conduire sa voiture. 

«Malheureusement, il ne m'a pas cru. Alors là, je ne sais pas vraiment quoi faire, je ne peux pas me lever et me mettre à gueuler après. Je ne peux pas faire ça au patron de la gang. Il a de l'argent en masse, des relations partout. Je me dis que mon avenir est compromis.»

Version modifiée

C'est là que Perreault dit avoir décidé de changer sa version. «Le patron veut une version, je lui en donne une, et il n'est pas content. Je n'ai pas le choix de lui en donner une autre. Je voulais assurer mon avenir», a-t-il déclaré pour justifier qu'il ait alors déclaré avoir étranglé Lyne Massicotte et jeté son cadavre dans le fleuve.

«Je me sentais de plus en plus mal quand il me demandait des détails. Il fallait que j'invente à mesure. Je sortais une histoire à peu près crédible, toujours en laissant une porte de sortie. J'ai dit que j'avais laissé le cadavre dans le fleuve. Je savais que s'ils allaient voir, il ne serait plus là, ça fait plusieurs années», poursuit-il. Par la suite, à la demande du grand patron, Perreault a amené des membres de l'organisation à quelques endroits au bord du fleuve à Lévis et dans le secteur où il aurait dit avoir laissé tomber les clés de la voiture de Lyne Massicotte dans un égout, sans jamais rien trouver. Après quelques heures, il a été reconduit au terminus d'autobus où un homme est allé le chercher pour finalement l'amener à la centrale de police du parc Victoria. 

«J'ai compris que je m'étais fait avoir par les gens avec qui je travaillais», a indiqué Perreault, ajoutant que c'est une fois dans sa cellule qu'il avait réalisé que ses «comparses» de l'organisation criminelle étaient en fait des policiers. 

Joute verbale

Perreault a été contre-interrogé de façon serrée par l'avocate de la Couronne, Me Lyne Morais, qui lui remettait sous le nez certaines contradictions entre les différentes versions des événements qu'il a données au fil des années. Il a souvent paru excédé, poussant plusieurs soupirs et perdant même patience à quelques reprises.

«Vous ne me laissez pas répondre, vous tournez tout ce que je dis en ridicule!» a lancé Perreault avant d'être ramené à l'ordre deux fois plutôt qu'une par le juge Richard Grenier. «Elle fait son travail. Si elle fait quelque chose de pas correct, je vais lui dire», a d'abord déclaré le magistrat en s'interposant. Quelques minutes plus tard, il a dû en remettre une couche : «Cessez vos commentaires à l'endroit de Me Morais et contentez-vous de répondre aux questions qu'on vous pose.»

Perreault a même poussé l'audace jusqu'à faire une remarque un peu grivoise à l'avocate, qui l'interrogeait concernant ses déclarations au grand patron voulant qu'il aurait tenté d'avoir une relation sexuelle avec le cadavre de Lyne Massicotte, mais qu'il aurait été incapable d'avoir une érection. «Jamais je n'ai dit au patron que j'avais tenté d'avoir une relation avec le cadavre, mais que je n'avais pas eu d'érection. Si je veux vous montrer que j'ai une érection quand je veux, je vais le faire...», a-t-il affirmé. «Ça ne m'intéresse pas!» a sèchement laissé tomber Me Morais. 

La joute verbale entre l'accusé et l'avocate s'est poursuivie plus tard quand Me Morais a raillé qu'elle allait offrir à Perreault un poste d'occasionnel à la Couronne. La blague a mis Perreault en furie. «J'ai demandé à mon avocat si elle avait le droit de faire des jokes comme ça durant un procès», a lancé Perreault au juge. Les hostilités ont toutefois pris fin peu de temps après, Me Morais affirmant ne plus avoir de question pour l'accusé. L'avocat de Perreault, Me Stéphane Beaudoin, poursuivra sa preuve lundi.

L'accusé prétendait s'inquiéter pour Lyne Massicotte

Alain Perreault a avoué avoir consulté le site du ministère de la Justice concernant les personnes disparues les 17 et 18 juillet 2002, mais a indiqué qu'il l'avait fait seulement parce qu'il s'inquiétait après que la soeur et l'amie de Lyne Massicotte lui eurent téléphoné pour lui dire qu'elles ne savaient pas où elle était.

Perreault poursuivait son témoignage vendredi dans son second procès pour le meurtre de Lyne Massicotte. 

«Sa soeur et son amie voulaient appeler dans tous les postes de police et les hôpitaux, alors je me suis dit qu'elle était disparue. J'étais inquiet et j'avais même écrit à Lyne pour avoir de ses nouvelles», a-t-il expliqué, ajoutant qu'il s'était «promené» pendant environ 10 minutes sur le site du ministère de la Justice.

«Je voulais voir comment ça fonctionnait quand quelqu'un est disparu. Ça m'arrive régulièrement d'aller voir quelque chose [sur Internet] et de passer autre chose. Après, j'ai écrit simplement "personne disparue" et j'ai eu les informations que je cherchais.»

Perreault a également expliqué comment s'étaient passés pour lui les semaines et les mois suivant la disparition de Lyne Massicotte. «Les policiers sont venus chez nous quelques fois, mais ça a toujours été cordial», a-t-il expliqué, indiquant que les policiers voulaient savoir ce qu'il savait de la disparition.

«Un moment donné, ils avaient un mandat pour me voir tout nu pour voir si j'avais des marques, des bleus, des grafignes. Ça a été négatif», poursuit-il.

Perreault affirme ensuite que plus tard, les relations se sont détériorées avec la police quand des agents se sont présentés chez lui pour fouiller son appartement. «J'ai pris ma fille dans mes bras et je suis sorti, mais ils avaient avisé les journalistes et m'avaient fait sortir par devant pour que je me fasse légèrement photographier...», a déclaré Perreault.

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